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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2018

Récital du baryton Bryn Terfel accompagné par l’Orchestre national de Belgique sous la direction de Gareth Jones dans la série des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.

Un Terfel hilarant et bouleversant
© Sheila Rock

Personnalité dominante du monde lyrique actuel, le baryton gallois Bryn Terfel est venu rappeler, le temps d’un concert salle Pleyel, sa suprématie dans tous les répertoires. Rien que des grands airs connus, mais projetés avec une imagination sans cesse renouvelée et un art du chant incomparable. Une soirée où se mêlent humour et grandeur.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 08/02/2014
Gérard MANNONI
 



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  • Dans la mesure où il a chanté quasiment tout ce que sa voix peut aborder, il est difficile à Bryn Terfel de proposer en concert des airs où on ne l’ait pas déjà entendu. Mais ce diable d’homme a un tel sens de la scène qu’il peut encore nous surprendre là où on ne s’y attend pas.

    Prenez par exemple l’Air du catalogue de Don Giovanni. Téléphone portable à la main, comme s’il y découvrait les statistiques des conquêtes du séducteur, s’adressant aux spectateurs des premiers rangs en de multiples occasions suivant les types de femmes mentionnés, il redonne une vie théâtrale complète à ce qui pourrait qu’un déploiement d’art vocal. C’est tout simplement très drôle… et si bien chanté !

    Il parvient de même à donner une dimension quasiment métaphysique au Veau d’or du Méphisto de Faust, tout comme il rend clair le double sens des paroles du même Méphisto dans sa Sérénade, N’ouvre ta porte mamie que la bague au doigt ! Et sans vulgarité.

    Avec l’air de Falstaff, l’Onore, qui est plus une scène presque parlée que véritablement un air, il peut à nouveau s’en donner à cœur joie dans la tradition bouffe, prenant comme partenaire son complice le chef Gareth Jones, gallois lui aussi, comme s’il s’agissait de Pistola et de Bardolfo. Aisance vocale, scénique et musicale absolue.

    Mais en seconde partie, avec Wagner, c’est tout autre chose. Il ne s’agit plus de rire, mais de passer à l’ampleur infinie d’un langage qui plonge vers les tréfonds de l’âme humaine. C’est tout d’abord l’admirable sérénité du monologue de Hans Sachs dans les Maîtres chanteurs. Poésie, calme, intériorité, simplicité apparente d’une pensée qui est en réalité chargée d’un lourd arrière plan métaphysique. Et puis, tout en demi-teintes, parfois à peine murmurée, voici la Romance à l’étoile de Wolfram dans Tannhaüser, autre moment de pure subtilité poétique, avec un phrasé mené par un souffle d’une malléabilité incroyable. Est-ce vraiment la même voix que celle qui dominait si vaillamment l’orchestre dans le Veau d’or ?

    Pour terminer, ce que l’on attendait le plus, à savoir les Adieux de Wotan de la Walkyrie. La voix n’est pas celle des Wotan les plus sombres comme Hotter ou Adam, mais elle a une capacité de projection dramatique imparable. Il y a toute l’amertume, la notion d’échec, d’effondrement d’un rêve dans la seconde partie de la phrase : Denn einer nur freie die Braut ; der freier als ich der Gott (Que seul puisse conquérir la vierge celui qui est plus libre que moi, le Dieu !).

    De même, à peine murmurées, mais avec quelle intensité émotionnelle contenue sont dites ces mesures Denn so kehrt der Gott sich dir ab, so küss ich die Gottheit von dir ! (Ainsi le Dieu se sépare de toi et te prend d’un baiser ta divinité). Et pour finir, après le large déploiement lyrique des immense phrases de ce sublime monologue, on a rarement entendu chargés d’autant de force et de rage aussi déterminée que désespérée les ultimes paroles de Wotan : Wer meines Speeres spitze fürchtet durchstreite das Feuert nie ! (Que celui qui craint la pointe de ma lance ne franchise jamais ce feu !). Impressionnant à tous égards, même quand on a entendu les plus illustres interprètes du rôle.

    Un bis et un seul : l’air du Mefistofele de Boïto, brillant, fulgurant même d’ardeur maléfique et provocatrice… et avec une évidente jubilation de l’interprète à se livrer à une brève mais splendide démonstration de sifflement deux doigts dans la bouche et où il chercha même à entraîner le public. Ne jamais oublier que l’on est, seulement, au théâtre.

    Ne pas oublier non plus tout la présence efficace de l’Orchestre national de Belgique sous la baguette habile de Gareth Jones, compagnon de route habituel de Terfel et donc capable de n’être pas perturbé par le comportement du chanteur quand il est pris comme complice, et en pleine battue !




    Salle Pleyel, Paris
    Le 08/02/2014
    Gérard MANNONI

    Récital du baryton Bryn Terfel accompagné par l’Orchestre national de Belgique sous la direction de Gareth Jones dans la série des Grandes Voix à la salle Pleyel, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni : ouverture, Air du catalogue de Leporello,
    Io ti lascio, o cara, addio (air de concert K. 245)
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine : Polonaise
    Charles Gounod (1818-1893)
    Faust : Le veau d’or ; Vous qui faîtes l’endormie
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Nabucco : ouverture
    Falstaff : L’Onore !
    Richard Wagner (1813-1881)
    Lohengrin : Prélude de l’acte III
    Les Maîtres chanteurs de Nuremberg : Was duftet doch der Flieder
    Tannhaüser : O du, mein holder Abenstern
    La Walkyrie : Chevauchée des Walkyries ; Adieux de Wotan
    Bryn Terfel baryton
    Orchestre national de Belgique
    direction : Gareth Jones

     


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