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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Concert Wagner de la soprano Anja Kampe et du ténor Robert Dean Smith accompagnés par l'Orchestre national de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadesus au Nouveau Siècle, Lille.

Tristan und Sieglinde
© Ugo Ponte

Bien que l'année Wagner soit désormais révolue, Jean-Claude Casadesus célèbre le compositeur avec des extraits de la Walkyrie et de Tristan et Isolde. Après une étape à la salle Pleyel dans la série des Grandes Voix, l'Orchestre national de Lille regagne le Nouveau Siècle, où l'art du chant de Robert Dean Smith éclipse la flamme d'Anja Kampe, balayée par la déferlante sonore.
 

Nouveau Siècle, Lille
Le 17/02/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Et si Robert Dean Smith était, malgré son air de premier de la classe et son brushing toujours impeccable, par les seules vertus donc d'un art de maître chanteur comme il ne s'en révèle qu'un ou deux par génération de ténor wagnérien – mais pas nécessairement Helden –, le meilleur Tristan du moment ? Avant, certes, que Jonas Kaufmann, attendu ici autant qu'ailleurs comme le Messie, ne se mesure enfin au rôle des rôles, et surtout depuis la semi-retraite imposée à Ben Heppner par les défaillances sans cesse plus fréquentes d'une voix de colosse aux pieds d'argile.

    Bien sûr, il n'a pas au III – c'était flagrant à Madrid il y a dix jours encore dans la production de Bill Viola et Peter Sellars, que la Bastille reprend au mois d'avril avec une distribution sensiblement identique, mais sous la direction de Philippe Jordan – cette fêlure que, même durant la glorieuse décennie où il terminait la soirée plus frais encore qu'il ne l'avait commencée, le Canadien laissait sourdre d'une ligne châtiée dans les abîmes suffocants de sa très lente agonie.

    Mais qu'importe ici, puisque son Tristan se résume au duo du II, et même à la seule extase de O sink hernieder, Nacht der Liebe. Passées les quelques minutes nécessaires pour s'accoutumer à une texture fortement laryngée, l'instrument frappe par une pureté et une stabilité tout bonnement miraculeuses chez un quasi sexagénaire au répertoire aussi éprouvant. D'un impact maximal pour une ouverture de mâchoire minimale, l'aigu ne trahit jamais l'effort, ou cette désagréable impression de saturation qui, pour tant de ténors, est le point de non-retour au-delà duquel débute le calvaire.

    Parce qu'un souffle inépuisable garantit l'équilibre des harmoniques, dont l'assise grave s'avère bien plus dense que ne l'avait laissé croire un Siegmund neutralisé par l'acoustique de la Bastille, Robert Dean Smith ne sacrifie jamais la plasticité du timbre à la quête d'une puissance superfétatoire. D'abord musicien, si ce n'est authentiquement poète, il nourrit subtilement la ligne, qui puise ses éclats dans sa sérénité même. Peut-être est-ce pour cette raison qu'en dépit de Wälse ! intarissables et d'un phrasé déjà admirable, il convainc moins en première partie, dans des extraits de la Walkyrie qui le précipitent immédiatement après la tempête dans la fièvre du désespoir.

    C'est aussi qu'il lui manque cette aura mythique, sacrificielle dont irradie la Sieglinde d'Anja Kampe. Davantage cependant par la présence, d'une intense féminité, et le sens du récit, relevé de consonnes qui non sans bousculer parfois le flux vocal ancrent un idiome censément percutant, que par la relative ampleur du matériau. Car la couleur, ni braise, ni lave en fusion, et finalement assez floue, se distingue d'autant moins que le vibrato s'affole, exposant une technique empirique, sinon chaotique, jusqu'à noyer l'aigu, et une bonne partie de la Liebestod, dans la masse orchestrale.

    Alors que son partenaire résiste, éclipsant une Isolde qu'elle connaît, certes, et maîtrise moins, la soprano a manifestement besoin, non seulement de la scène, mais aussi d'un chef à l'écoute, qui lui ménage des suspensions du son et du souffle. Jean-Claude Casadesus n'a malheureusement pas – ou plus – ce type de préoccupation, le plus souvent à la traîne des solistes, et sans jamais partager leur exaltation.

    L'acoustique enveloppante du Nouveau Siècle récemment rénové accuse il est vrai la pesanteur d'une direction générique et bruyante, qui d'un geste exaspéré tente soudain d'intimer aux musiciens de la phalange lilloise de jouer moins fort. Rien d'étonnant à ce qu'ils n'y répondent qu'en ordre dispersé, ne faisant qu'ajouter à l'impression de bricolage qui menace immanquablement les enchaînements plus ou moins abrupts de morceaux choisis wagnériens.




    Nouveau Siècle, Lille
    Le 17/02/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Concert Wagner de la soprano Anja Kampe et du ténor Robert Dean Smith accompagnés par l'Orchestre national de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadesus au Nouveau Siècle, Lille.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Extraits de Die Walküre et Tristan und Isolde
    Anja Kampe, soprano (Sieglinde / Isolde)
    Robert Dean Smith, ténor (Siegmund / Tristan)
    Orchestre national de Lille
    direction : Jean-Claude Casadesus

     


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