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CRITIQUES DE CONCERTS 06 avril 2020

Première à l'Opéra national de Bordeaux des Indes Galantes de Rameau dans la mise en scène de Laura Scozzi, sous la direction de Christophe Rousset.

Des Indes lucides et facétieuses
© Fr√©d√©ric Desmesure

Des hommes et femmes nus batifolent dans un paradis perdu d'avant la chute. En passant du Capitole de Toulouse √† l'√©crin id√©al qu'est le Grand Th√©√Ętre de Bordeaux, les Indes galantes revues et d√©jant√©es par Laura Scozzi n'ont rien perdu de leur rafra√ģchissante lucidit√©. Ramistes avis√©s, Christophe Rousset et ses Talens Lyriques m√®nent toujours la danse.
 

Grand-Th√©√Ętre, Bordeaux
Le 01/03/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • ¬ę Le caract√®re de divertissement, tr√®s dix-huiti√®miste, qu'on a jusqu'√† pr√©sent attribu√© √† cette Ňďuvre, cesse d'exister dans la construction de ma mise en sc√®ne et laisse la place √† un regard plus acide sur l'avidit√© de l'Homme. ¬Ľ Sans provocation gratuite ni fausse modestie, Laura Scozzi d√©clare ses intentions, mais certainement pas la guerre.

    √Čtrenn√©e en mai 2012 au Capitole de Toulouse, sa production des Indes galantes a pourtant de quoi h√©risser le poil des tenants de la pseudo-reconstitution historique ou assimil√©e, ainsi que de la frange la plus conservatrice du public, qui n'a d'ailleurs pas manqu√© d'exprimer sa d√©sapprobation, tant √† l'entracte qu'√† l'issue de la derni√®re repr√©sentation de cette reprise √† l'Op√©ra de Bordeaux.

    Eh bien franchement, et au risque de nous les mettre √† dos, tant pis pour eux ! Altermondialiste, √©coresponsable, f√©ministe, peace and love en somme, la metteur en sc√®ne italienne enfonce des portes ouvertes, accumule les clich√©s, fait tout ce qui sur une sc√®ne d'op√©ra, et dans le meilleur des cas, nous inspire la plus vive indiff√©rence. Sans jamais prendre la pose pourtant, et avec quel brio ! Car son regard lucide et accusateur est d'abord malicieux ‚Äď et peut-√™tre m√™me plus aiguis√© que celui de son complice Laurent Pelly, pour qui elle signa les m√©morables chor√©graphies de Plat√©e, la Belle H√©l√®ne, et quelques autres loufoqueries.

    Voici donc onze danseurs batifolant en tenue d'√ąve et d'Adam, √† l'√©tat de nature donc ‚Äď car pourquoi faudrait-il toujours opposer Rousseau et Rameau ? ‚Äď, dans cet √Čden perdu que l'on aurait h√Ęte, en les voyant, de retrouver. Mais Bellone, fort virile pour une d√©esse, m√™me martiale, vient mettre fin √† l'insouciance. La plaisir attendra, ce temps est celui de la guerre. Mais l'Amour veille, qui envoie ses archers ‚Äď irr√©sistible trio ‚Äď r√©pandre leurs fl√®ches aux quatre coins du monde‚Ķ √† bord d'un Airbus A380.

    Turquie, P√©rou, Perse et Am√©rique, partout l'homme se livre √† des trafics, pi√©tine ses semblables, ou la nature. Cupide, violent, fanfaron et flagorneur : que sommes-nous devenus, broy√©s par un syst√®me qui, √† tous les √Ęges de la vie, nous rend esclaves du marketing globalis√© ? Retour donc √† la case d√©part ‚Äď ah ! mais si seulement... Pas un instant, le fil conducteur ne rompt, le rythme ne fl√©chit, et la d√©monstration n'empi√®te sur un sens du d√©calage follement r√©jouissant, qui pousse √† prendre avec la lettre du livret de Fuzelier des libert√©s impertinentes, sans pour autant subvertir l'esprit des Indes galantes. Car on peut √™tre une pasionaria et avoir un humour d√©capant.

    Dans la fosse, les Talens Lyriques continuent sur la lanc√©e d'un hiver sans r√©pit, qui les voit encha√ģner avec une rigueur et une virtuosit√© jamais prises en d√©faut Monteverdi, Haendel et Rameau sous le geste digital et cursif de Christophe Rousset. Son √©nergie cr√©pitante, qui refuse l'ostentation dont certains, pourtant sp√©cialistes √©minents ou r√©put√©s tels, ont fait, aux d√©pens du style, une fin en soi, ach√®ve de lib√©rer couleurs et carrures rythmiques dans la danse du Grand Calumet de la Paix.

    Par rapport √† Toulouse, la distribution n'a √©t√© qu'en partie renouvel√©e. Il faut donc supporter, m√™me le temps d'une seule entr√©e chacun, l'inconsistance de Vittorio Prato, Osman dont l'unique m√©rite tient √† un physique avantageux, puis les vocif√©rations de Nathan Berg, Huascar saisissant de v√©rit√© en narcotrafiquant, mais qui oublie qu'il doit chanter un minimum. Trop br√®ves, et tardives, sont en revanche les apparitions de Thomas Doli√©, qui en Adario donne √† l'ensemble du plateau une le√ßon de projection ‚Äď des mots, p√©n√©trants, et du timbre, √©clatant.

    On a suffisamment lou√© l'onctuosit√© de Beno√ģt Arnould en d'autres circonstances pour regretter qu'il ne sorte pas enfin de ses gonds, dans Bellone sans doute plus que dans Alvar. D'autant que face aux sauvages, Anders J. Dahlin exhibe un aplomb confondant malgr√© une √©toffe peu am√®ne, dont son quadruple r√īle d'amant se satisfait cependant mieux que les h√©ros de trag√©dies lyriques, qui s'y sont plus d'une fois trouv√©s √† l'√©troit.

    Si Judith van Wanroij r√©it√®re ses √Čmilie et Atalide avec la juste dose de piquant n√©cessaire pour relever son soprano galb√©, la grossesse avanc√©e d'Eug√©nie Warnier la prive ‚Äď et nous avec ‚Äď d'Amour et de Zima. C'est fort dommage, car cette Roxane a bien des charmes. Mais Olivera Topalovic joue mieux que les rempla√ßantes, un rien floue d'intonation, mais agile et pimpante. Petite merveille enfin qu'Amel Brahim-Djelloul, H√©b√©, Phani et Fatime de source chatoyante, d√©licate et non pas fr√™le comme elle a pu l'√™tre ailleurs. Ne serait-ce pas aussi parce que le Grand Th√©√Ętre de Bordeaux est le plus parfait √©crin pour les op√©ras de Rameau ? Il para√ģt qu'un Dardanus s'y pr√©pare. Mais chut, c'est un secret !




    Grand-Th√©√Ętre, Bordeaux
    Le 01/03/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l'Opéra national de Bordeaux des Indes Galantes de Rameau dans la mise en scène de Laura Scozzi, sous la direction de Christophe Rousset.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Les Indes galantes, opéra-ballet en un prologue et quatre entrées (1735)
    Version dite de Toulouse
    Livret de Louis Fuzelier

    ChŇďur de l'Op√©ra national de Bordeaux
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène et chorégraphie : Laura Scozzi
    décor : Natacha Leguen de Kerneizon
    costumes : Jean-Jaques Delmotte
    éclairages : Ludovic Bouaud
    vidéo : Stéphane Broc
    pr√©paration du chŇďur : Alexandre Martin

    Avec :
    Amel Brahim-Djelloul (H√©b√©, Phani, Fatime), Beno√ģt Arnould (Bellone, Alvar), Olivera Topalovic (Amour, Zima), Judith van Wanroij (√Čmilie, Atalide), Vittorio Prato (Osman), Anders J. Dahlin (Val√®re, Carlos, Tacmas, Damon), Nathan Berg (Huascar), Eug√©nie Warnier (Roxane), Thomas Doli√© (Adario).

     



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