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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Récital de Nikolaï Lugansky dans la série Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Lugansky tout simplement
© Marco Borggreve

Le grand pianiste russe Nikolaï Lugansky, jeune quadragénaire, poursuit sa route tranquillement. César Franck, Sergei Prokofiev ou Sergei Rachmaninov, aucun de ces univers contrastés ne lui est étranger. Une leçon sans esbroufe dans la série Piano aux Champs-Élysées tant pour la nature du rapport au clavier que pour la lecture des œuvres.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 07/03/2014
Gérard MANNONI
 



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    Il a en effet gravé de nombreuses pages du compositeur et en joue beaucoup au concert. Son affinité est certaine avec cet univers romantique tardif, dans la mouvance de la création russe si riche des décennies faisant la transition entre le XIXe et le XXe siècle. Et puis, comme avec Liszt ou Chopin, c’est du piano de pianiste, d’un créateur qui sait lui-même le plaisir d’explorer toutes les possibilités techniques, digitales et sonores de l’instrument qu’il pratique en virtuose. Et ce n’est pas un hasard si Lugansky a connu aussi certains de ses plus incontestables succès avec Liszt et Chopin.

    Mais quand on est russe, Rachmaninov est encore plus passionnément attirant. Aucune surprise, donc à entendre l’éblouissement des 13 Préludes op. 32 qui constituaient la deuxième partie de ce récital. Liberté d’écriture, même si Rachmaninov complète ici l’ensemble de ses 24 Préludes couvrant la totalité des totalités majeures et mineures, et surtout liberté d’expression émotionnelle caractérisent ces pages, même si elles peuvent paraitre moins diversifiées que leur équivalent dans l’œuvre de Chopin.

    C’est large, généreux, lyrique, parfois un peu excessif, mais totalement russe. Lugansky y est chez lui, c’est vrai, par nature, assumant tous les états d’âme exprimés, dominant fièrement toutes les difficultés techniques accumulées. On écoute en se laissant porter par ce flot musical. Quand on aime le piano, c’est extrêmement jouissif.

    Juste avant, la Quatrième sonate de Prokofiev, autre reflet de la sensibilité et de la pensée russe, était traduite avec une sobriété virtuose remarquable. Toute la nostalgie du deuxième mouvement s’exprime avec cette propension au plus profond cafard si présente dans tant d’œuvres de la littérature et de la musique russe. Beaucoup de retenue avant les déchainements sonores du troisième mouvement.

    Mais avant tout cela, en début de programme, Lugansky avait donné une interprétation personnelle très passionnante de Prélude, choral et fugue de César Franck. Dans un équilibre parfait entre les rigueurs voulues par la forme et l’esprit de cette fin du XIXe siècle fait d’une certaine pesanteur et de tant d’ébullition intellectuelle et politique, conscient d’un contexte culturel bien éloigné des flamboiements de la passion russe et relié à la grande tradition classique symphonique et organistique, le pianiste a su tracer un chemin où le charme assez mystérieux de la thématique de ces pages et de ses développements était traité avec une extrême délicatesse, une sorte de respect inspiré, juste rompu parfois d’élans comme irrésistibles.

    Beaucoup de grandeur aussi, de hauteur de pensée, une approche belle et hors du commun, car le style étrange de Franck, sa personnalité sont sans doute moins spontanément dans les doigts du grand virtuose. Cinq bis éclatants achevés par un inattendu et délectable Jésus que ma joie demeure ont remercié le public de son enthousiasme.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 07/03/2014
    Gérard MANNONI

    Récital de Nikolaï Lugansky dans la série Piano aux Champs-Élysées au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    César Franck (1822-1890)
    Prélude, Choral et Fugue
    Sergueï Prokofiev (1891-1953)
    Sonate n° 4 en ut mineur op. 29
    Sergueï Rachmaninov (1873-1943)
    13 Préludes op. 32
    Nikolaï Lugansky, piano

     


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