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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Première à l’Opéra de Paris de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Philippe Jordan.

Après les matelas, le gazon
© Agathe Poupeney

La source de l’inspiration serait-elle définitivement tarie pour Robert Carsen ? Afin d’effacer le souvenir des matelas de la Fura dels Baus, le metteur en scène favori du public de l’Opéra de Paris – pas l’ombre d’une huée à l’issue d’une première inopportunément dédiée à Gerard Mortier – signe une Flûte enchantée dépourvue d’esprit, mais dégoulinante de bon sentiment.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 11/03/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L’Opéra de Paris avait-il besoin d’une quatrième Flûte enchantée en moins d’un quart de siècle ? Et fallait-il alors la confier à l’incontournable Robert Carsen, qui inscrit ainsi au répertoire de la maison sa douzième production, dont quatre importées ou reprises rien que cette saison ? Troisième question – et la seule qui vaille au fond –, le compte est-il bon artistiquement ?

    Commençons par un plateau vocal assez incontestable. C’est bien simple, chacun a le physique et la voix de son rôle. Et tous chantent joliment, quand ce n’est pas mieux encore. La couleur d’ensemble étant relativement légère – mais comment savoir à la Bastille, qui pour Mozart est et demeure une hérésie ? –, la basse onctueuse de Franz-Josef Selig peut paraître pesante pour Sarastro. Mais le musicien est immense, dont chaque intervention, même parlée, est une leçon de phrasé.

    L’inquiétant Monostatos de François Piolino chuinte et siffle toujours avec brio, tandis que la Papagena de Regula Mühlemann met en dix mots et moitié moins de notes le public dans sa poche – il n’en faut guère plus pour qu’opère la magie d’un duo qui, avec trois fois rien et une bonne dose de génie, vole la vedette à la Reine de la Nuit même.

    Sabine Devieilhe n’y met pas tout à fait Paris à ses pieds – bien moins en tout cas que dans la récente Lakmé de l’Opéra Comique. Parce que dans un aussi vaste hangar, l’instrument semble moins flûté que fluet, et que dans ce rôle, l’impact du suraigu paie davantage que le délié de vocalises à la dynamique sensible et raffinée. Mais c’est Papageno qui généralement emporte tous les suffrages. Daniel Schmutzhard, déjà irrésistible oiseleur pour René Jacobs, impose d’emblée une silhouette, une bouille, un sourire tout en rondeurs. Et surtout une langue, un timbre qui respirent l’évidence.

    Un souffle parfois désordonné prive Pavol Breslik de la ligne infinie qui fait les Tamino de référence. Mais le ténor slovaque a le métal svelte d’un format qui au fil du siècle suivant deviendra authentiquement Helden, et ce frémissement juvénile aussi, qui ajoute au relief de l’incarnation. Miracle, enfin, que la Pamina de Julia Kleiter, dont la lumière concentrée, la pureté d’intonation et la finesse presque enfantine du vibrato n’est qu’aux sopranos d’école allemande, pour qui le dernier Mozart est inné.

    Comme il l’est à Philippe Jordan, qui l’a chanté peut-être lorsqu’il était petit garçon. Lui dont la baguette, à moins de quarante ans, et en dépit de l’allégement quasi obsessionnel de la texture, ployait sous le poids des traditions dans la trilogie de Da Ponte, trouve dans le Singspiel de Schikaneder la juste pulsation, parce qu’il ose enfin s’écarter de la voie tracée par les grands anciens. Et parce qu’il ne fait qu’un avec l’Orchestre de l’Opéra, qui a pour lui des délicatesses de jeune fille en fleur.

    C’est qu’il soigne le détail, sans toutefois perdre l’indispensable vue d’ensemble, mettant en valeur la moindre saillie instrumentale. Musique pure ? Mais le théâtre de Mozart n’est-il pas tout entier contenu dans ses notes ? Gare au syllogisme pourtant, qui a tendance à mener au sophisme. Car en dépit de son indiscutable métier, Robert Carsen ne s’en est pas méfié suffisamment.

    Concédons-lui une bonne idée, qui lui appartient d’ailleurs autant qu’au scénographe : le praticable qui entoure la fosse crée une proximité que l’on pensait impossible en un tel lieu et résout l’épineuse équation de l’acoustique de la Bastille dès qu’il s’agit de répertoire classique – ou du moins en donne l’illusion aux heureux spectateurs des douze premiers rangs. Pour le reste, et n’ayant pas vu la production du Festival d’Aix-en-Provence, nous ne saurions écrire ce que Carsen a à dire de neuf sur l’ouvrage, ni ce qui relève du recyclage.

    Les autocitations n’en sont pas moins légion dans ce spectacle qui manque désespérément d’esprit, d’humour, d’invention visuelle et dramaturgique, de vie en somme, sous prétexte d’une réflexion sur la mort – c’est en prenant conscience de notre finitude que nous devenons adulte – qui malgré les subterfuges du décor, ne va pas plus loin que la surface. Avec sa pelouse impeccablement tondue et percée de tombes creusées au cordeau, sa vidéo qui ne dépasse pas les tâtonnements d’un sous-Bill Viola et son finale tous en blanc les pieds nus dans le gazon, cette Flûte enchantée ne fait pas la moindre vague aux saluts.

    Voilà qui n’aurait pas été du goût de Gerard Mortier, auquel les équipes de l’Opéra de Paris ont cru bon, par la voix de son futur ex-successeur, de dédier cette représentation. Ironie du sort, celui qui était alors le directeur artistique du Teatro Real de Madrid avait été contraint de se retirer d’une coproduction qu’il n’avait d’ailleurs acceptée que pour accueillir dans la fosse Simon Rattle et ses Berliner Philharmoniker.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 11/03/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l’Opéra de Paris de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Robert Carsen, sous la direction de Philippe Jordan.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d'Emanuel Schikaneder

    Chœurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Robert Carsen
    décors : Michael Levine
    costumes : Petra Reinhardt
    éclairages : Peter Van Praet et Robert Carsen
    vidéo : Martin Eidenberger
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Pavol Breslik (Tamino), Eleonore Marguerre (Erste Dame), Louise Callinan (Zweite Dame), Wiebke Lehkmuhl (Dritte Dame), Daniel Schmutzhard (Papageno), Regula Mühlemann (Papagena), Franz-Josef Selig (Sarastro), François Piolino (Monostatos), Julia Kleiter (Pamina), Sabine Devieilhe (Königin der Nacht), Terje Stensvold (Der Sprecher), Michael Havlicek (Erste Priester), Dietmar Kerschbaum (Zweiter Priester), Eric Huchet (Erster Geharnischter Mann), Wenwei Zhang (Zweiter Geharnischter Mann), Solistes d’Aurelius Sängerknaben Calw (Drei Knaben).

     



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