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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Récital d’Elena Bashkirova dans le cadre de la série Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

L’art de l’accentuation

Fille du maître Dimitri Bashkirov, grande pianiste et professeur qui a formé plusieurs génération de virtuoses illustres, Elena Bashkirova , élève de son père, issue du conservatoire Tchaïkovski de Moscou, est un exemple de l’école russe la plus raffinée et la plus complète. Un art puissant mais subtil, dans un répertoire hors du commun.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 10/03/2014
Gérard MANNONI
 



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  • Aussi habituée à pratiquer le répertoire romantique que les compositeurs d’aujourd’hui, Elena Bashkirova avait choisi un programme panaché pour ce récital dans le cadre de Piano**** salle Pleyel. Une première partie toute romantique avec Liszt et Schumann, et une deuxième partie toute russe avec une sonate de Galina Ustvolskaia et les Saisons de Tchaïkovski.

    De Liszt, la Vallée d’Obermann, extraite des Années de pèlerinage, est une entrée en matière un peu indécise. C’est une page peu facile à présenter sous tous ses aspects. Il y a de la poésie, de la méditation bien intériorisée, du descriptif et de la virtuosité violente, dans une unité de pensée et de sensibilité qui sont celles du premier romantisme.

    Imposant d’emblée un somptueux rapport au clavier, avec une sonorité profonde, qui a du poids sans être lourde ni pesante, une agilité digitale brillante dans la légèreté, Elena Bashkirova s’appuie davantage dans son interprétation sur l’écriture purement pianistique que sur l’arrière-plan littéraire et même métaphysique de l’œuvre inspirée à Liszt par le roman d’Étienne Pivert de Senancour autant, sinon plus, que par la contemplation des paysages suisses. Il manque un rien de vie intérieure, de volonté peut-être d’aller s’y engloutir… ou simplement un peu concentration en tout début de concert.

    Difficile à dire face à une artiste de cette expérience et de cette dimension, mais il manque quelque chose, ce qui ne sera pas le cas dès le deuxième morceau de Liszt, la Prédication aux oiseaux de Saint-François d’Assise. Là, c’est un émerveillement technique et sonore, avec justement une dimension autre que purement descriptive.

    Vient ensuite l’Humoresque de Schumann, autre page redoutée des pianistes tant son écriture est complexe et tant les humeurs qu’elle contient sont multiples, variables et insaisissables. Il n’y a pas de personnage pour incarner couleurs et mouvements, mais c’est toujours dans l’esprit du Carnaval, sans logique intérieure ni construction harmonique aussi méticuleuse, juste pour le plaisir de sauter d’un état d’âme à un autre.

    Superbe traduction de cette sensibilité fragile et éprouvée du compositeur encore jeune par les doigts d’Elena Bashkirova, capables de jouer avec les couleurs les rythmes les climats de manière fascinante et surtout très parlante. Car l’une des qualités majeures de cette grande interprète est de maîtriser l’art de l’accentuation avec tant d’habileté et d’imagination qu’elle donne à toute phrase musicale la teneur d’un récit, d’un propos qui nous concerne dans l’immédiat. Rien ne se déroule jamais de manière linéaire ou indifférente. Cela avance toujours, parle sans cesse.

    La Sonate n° 5 de Galina Ustvolskaya, compositrice contemporaine amie de Chostakovitch et ayant subi les mêmes brimades et souffrances, est une œuvre rude, angoissante. D’une forme très particulière, elle ne comporte pas plusieurs mouvements, mais dix épisodes, assez brefs, aux écrasants accords répétés comme des coups frappés sur les murs d’un cachot, avec de courtes poses aussi douloureuses et furtives qu’une plainte désespérée. Ce sont les angoisses des cellules rythmiques beethovéniennes multipliées par dix. Ce n’est pas réjouissant mais magnifique d’âpreté, de drame et de force.

    Les Saisons de Tchaïkovski sont un peu dédaignées des pianistes. C’est pourtant une partition pleine de poésie, teintée de folklore, évocatrice de la vieille Russie, avec ses campagnes, ses travaux des champs, ses soirées au coin du feu, ses danses populaires saisonnières. Douze pièces correspondant aux douze mois de l’année et autant de tableaux vivants, sensibles, attachants.

    Certaines d’entre elles ont été efficacement orchestrées pour servir à des scènes du ballet Onéguine de John Cranko, concrétisant leur étroite relation avec la vie d’un temps révolu où les amours et leurs drames se déroulaient à l’orée des champs de blé ou à l’ombre des bouleaux. Elena Bashkirova en donne une traduction idéale, vivante, directe, dans de belles couleurs sonores. Un vrai régal musical et purement pianistique aussi.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 10/03/2014
    Gérard MANNONI

    Récital d’Elena Bashkirova dans le cadre de la série Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Franz Liszt (1810-1886)
    La Vallée d’Obermann
    Saint François d’Assise (la Prédication aux oiseaux)
    Robert Schumann (1810-1856)
    Humoresque pour piano op. 20
    Galina Ustvolskaïa (1919-2006)
    Sonate n° 5 en dix épisodes
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Les Saisons, op. 37a
    Elena Bashkirova, piano

     


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