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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Gurre-Lieder de Schoenberg sous la direction d’Esa-Pekka Salonen à la salle Pleyel, Paris.

À la gloire de Salonen
© Reuters

Triomphe pour Salonen et les forces de Radio France à l’issue d’une exécution des Gurre-Lieder de Schoenberg anthologique, d’une puissance tellurique autant que d’un raffinement inouï. Si les chœurs et l’orchestre se couvrent de gloire, le plateau vocal s’avère beaucoup moins irréprochable, et notamment ces dames.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 14/03/2014
Yannick MILLON
 



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  • Si certains spectateurs de la salle Pleyel doutaient encore avant ce concert de la capacité d’un grand chef à transcender un orchestre qui ne compte pas parmi le quinté de tête mondial, preuve est faite à l’issue de cette exécution d’anthologie des Gurre-Lieder de Schoenberg qu’un vrai maître aux commandes est capable de transformer une formation tout à fait honorable en un instrument de luxe.

    Fort d’une habileté à pousser les instrumentistes dans leurs retranchements, en exigeant à la fois la plus grande clarté polyphonique et une épaisseur idéalement dosée dans les effets de masse, Esa-Pekka Salonen aura littéralement décuplé le potentiel d’un Orchestre philharmonique de Radio France d’une ampleur, d’une qualité sonore et d’un impact absolument inédits.

    Dieu sait pourtant si le chef-d’œuvre monstre de Schoenberg est un animal rétif, dont maints tâcherons de la baguette ont fait les frais tant les équilibres y sont difficiles à régler, tant ce traité de post-wagnérisme peut facilement virer à l’emphase, voire à l’indigestion totale.

    Rien de tel sous la conduite experte d’un Salonen en rien froid ou bêtement analytique, traversant les deux heures de la partition comme s’il effectuait une promenade de santé, attitude décontractée sur le podium, belle vivacité des gestes d’un bout à l’autre, fraîcheur de gardon aux saluts et maîtrise absolue de l’alchimie sonore et des strates instrumentales d’une partition fleuve donnée ici dans tout son souffle postromantique.

    La plus grande source d’hébétude demeure ce soir la capacité du Philhar’ à creuser des soubassements dignes des meilleures phalanges germaniques, avec ces violoncelles et contrebasses présents comme jamais et portant le flux musical sur un soutien permanent, rehaussée par la clarté proverbiale des bois français – la clarinette de Nicolas Baldeyrou, les piccolos et sifflets du Vent d’été et leurs tenues aux limites de l’injouable.

    États d’âme constamment sur la brèche, exaltation des feux du romantisme arrivé à son crépuscule, petites touches acérées chez Klaus, modernité d’un mélodrame aiguisé comme rarement, grande envolée finale portée par des chœurs (Radio France et Radio Leipzig conjugués, et avec quel impact !) dans la lignée de la Huitième de Mahler, difficile de ne pas ressortir de Pleyel étourdi, après un crescendo final absolument dantesque.

    Il ne sera donc qu’un regret ce soir, celui d’un plateau de voix solistes pas exactement à la hauteur. La Tove de Katarina Dalayman, voix dure, au vibrato prononcé (Nun sag ich dir zum ersten Mal), dont seul l’éclat de l’aigu impressionne, propose une incarnation sommaire, là où l’on attendait les nuances opalescentes d’Angela Denoke initialement annoncée, instrument moins solide mais musicienne ô combien plus passionnante.

    La distinction, on la trouvera chez le Waldemar racé de Robert Dean Smith, antithèse des poids lourds barytonants trustant souvent cet emploi, et qui malgré des aigus à la limite du craquage et un format souvent submergé par la masse orchestrale, conserve l’émission fière, haute, l’éclat purement ténorisant de son Tristan aristocratique.

    Michelle DeYoung, avec un vibrato assommant, distille dans le Chant du ramier sa puissance dramatique habituelle, mais tant de mezzos la dépassent sur le pur plan de la modulation expressive de l’émission (la Waldtaube tétanisante de Petra Lang en tête) qu’elle en est disqualifiée d’office.

    Un Paysan parfait (Gábor Bretz, halluciné), un Klaus-Narr merveilleux de déclamation (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, entre Mime et le Tanzmeister) laissent une empreinte nettement plus positive que l’omniprésente récitante Barbara Sukowa, qu’on n’a jamais aimée dans ses excès frôlant le grand-guignol, diseuse maniérée, saturant systématiquement dans le cri. Une soirée d’anthologie tout de même, à la gloire de Salonen.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 14/03/2014
    Yannick MILLON

    Gurre-Lieder de Schoenberg sous la direction d’Esa-Pekka Salonen à la salle Pleyel, Paris.
    Arnold Schoenberg (1874-1951)
    Gurre-Lieder
    Katarina Dalayman (Tove)
    Robert Dean Smith (Waldemar)
    Michelle DeYoung (Waldtaube)
    Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Klaus-Narr)
    Gábor Bretz (le Paysan)
    Barbara Sukowa (récitante)
    Chœur de Radio France
    Chœur de la Radio de Leipzig
    préparation : Matthias Brauer & Denis Comtet
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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