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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Nouvelle production de la Finta Giardiniera de Mozart dans une mise en scène de David Lescot et sous la direction d’Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Lille.

Emmanuelle Haïm en son jardin
© Opéra de Lille

Longtemps négligée, la Finta Giardiniera serait-elle désormais à la mode ? Défrichée par René Jacobs à Vienne puis en studio, reprise à la Monnaie de Bruxelles dans la production pionnière des époux Herrmann, montée en décor naturel par le Festival d’Aix-en-Provence, elle plante ses caractères sur la scène de l’Opéra de Lille avec une réjouissante fantaisie botanique.
 

Opéra, Lille
Le 17/03/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Première satisfaction, et d'autant plus agréable qu'inattendue, la direction d'Emmanuelle Haïm. Une vue plongeante sur la fosse permet – tout en s'émerveillant du jeu habité du violoncelliste Felix Knecht, qui en tandem avec le pianoforte volubile de Philippe Grisvard, anime, mieux, électrise les récitatifs – de s’étonner du geste toujours aussi peu académique de la claveciniste devenue chef. Celui-là même – qu'elle nous pardonne de remuer ainsi le couteau dans la plaie – qui lui valut d'être récusée par les musiciens de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris, à la tête desquels elle devait débuter dans une reprise d'Idomeneo.

    Quatre ans ont passé depuis cet affront somme toute inévitable, que la présente production de la Finta Giardiniera vient opportunément laver – à coups de fouet et de sécateur ! C'est dans Mozart en effet, le jeune du moins, et bien plus que dans Charpentier, Rameau ou Haendel – mais là encore, l'avenir pourrait nous donner tort – qu'Emmanuelle Haïm semble avoir le plus à raconter. Grâce d'abord au Concert d'Astrée, dont elle a fait, en quatorze ans, l'instrument infaillible de sa volonté.

    L'ensemble, qui en son jardin de l'Opéra de Lille jaillit avec une verdeur roborative, est tout bonnement étourdissant de réactivité, d'alacrité, de poésie enfin. Car si elle cravache le I, et une partie du II, succession d'arie ne tolérant pas la moindre baisse de tension dans la mesure où les finales ont tendance à s’y faire désirer, la maestra sait aussi, à la nuit tombée, alors que la raison sommeille, suspendre le son et le rythme. D'autant qu'elle peut compter sur la souplesse d’un plateau vocal dont l'homogénéité, condition nécessaire et presque suffisante à la floraison d’un esprit buffo éminemment XVIIIe, est loin d'être la seule qualité.

    Pour le Mozart giocoso, non moins que serio d’ailleurs, les ténors latins – évacuons d'emblée le cas Villazón, anomalie passagère qui ne recueille dans ce répertoire que les fruits usurpés d'une reconversion forcée –, et qui plus italiens, devraient relever de l’évidence. Deux sont dès lors une aubaine. Carlo Allemano, dont on rêve depuis longtemps, et au fil de ses trop rares prestations, d’entendre le Tito et l’Idomeneo – il en a plus que nul autre aujourd’hui la stature, l’agilité et l’ampleur barytonnante –, se livre en Don Anchise à un numéro d’autodérision sans excès ni mauvais goût, qui culmine dans la solitude moins ridicule qu’attendrissante de celui qui a passé l’âge…

    Fanfaronnant tout son soûl en caricature de bellâtre, Enea Scala – quel joli nom, à retenir assurément ! – n’est pas moins réjouissant que son malheureux aîné, épinglé non sans cruauté par un compositeur de dix-huit ans. Qu’importent donc une émission curieuse et un timbre qui peut être affaire de goût, puisqu’ils révèlent l’une et l’autre, et sur tout l’ambitus de Belfiore, un panache déjà rossinien. Pour Nardo, Nikolay Borchev est presque trop beau, car châtié et velouté, et irrésistiblement apparié à Maria Savastano, qui nasille à plaisir la pulpe fine et gourmande d’une Serpetta plus peste que nature, avec ses Dr. Martens rose vernies et ses effets de poitrine affriolants.

    D’Arminda, Marie-Adeline Henry a la couleur corsée et le profil cinglant – qui va de pair avec une virtuosité certaine dans le maniement du fouet –, mais rendus univoques, sinon forcés, par une tessiture abrupte. À l’inverse, Marie-Claude Chappuis compense les limites d’un instrument à court de chair et de séduction, même pour ce pleurnichard de Ramiro, par un phrasé frémissant, que les écarts de Va pure ad altri in braccio portent à ébullition. Merveille de chant pur, la Sandrina d’Erin Morley s’ouvre en corolle et s’irise dans un aigu en état de grâce – de quoi se réjouir de retrouver la jeune soprano dès octobre prochain au Palais Garnier en Konstanze de l’Enlèvement au sérail, et même d’en être impatient.

    Consignée dans une note d’intention à la prose limpide, enlevée, voire adepte du calembour, la dramaturgie de David Lescot pourrait se résumer à un mur, un peu triste sur son endroit, qui s’abat sur un plateau progressivement obscurci et dénudé de ses plantes en pot, pour révéler une forêt entre arbres effeuillés et herbes folles. L’expérience du désordre, donc, comme rite de passage nécessaire à la régénérescence de sentiments meurtris. Mais cela ne serait-il pas un peu trop sérieux pour une fausse jardinière ? Usant d’une vis comica parfois appuyée, mais jamais pesante, ni surtout prévisible, le metteur en scène ne se laisse heureusement pas prendre à ce piège, et plante ses caractères en s’égayant des archétypes avec la fantaisie d’un botaniste.




    Prochaines représentations les 20, 22, 25, 27 et 30 mars à l’Opéra de Lille, les 9 et 11 avril à l’Opéra de Dijon.




    Opéra, Lille
    Le 17/03/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de la Finta Giardiniera de Mozart dans une mise en scène de David Lescot et sous la direction d’Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Lille.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    La Finta Giardiniera, dramma giocoso en trois actes, K. 196 (1775)
    Livret de Giuseppe Petrosellini

    Le Concert d’Astrée
    direction : Emmanuelle Haïm
    mise en scène : David Lescot
    décors : Alwyne de Dardel
    costumes : Sylvette Dequest
    éclairages : Paul Beaureilles

    Avec :
    Carlo Allemano (Don Anchise), Erin Morley (La Marchesa Violante Onesti/Sandrina), Enea Scala (Il Contino Belfiore), Marie-Adeline Henry (Arminda), Marie-Claude Chappuis (Il Cavaliere Ramiro), Maria Savastano (Serpetta), Nikolay Borchev (Roberto/Nardo).

     



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