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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2020

Concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen à l’Auditorium Maurice Ravel, Lyon.

Un réalisme hallucinatoire
© Kasskara / DG

Dans une saison symphonique lyonnaise très axée sur les chefs venus de l'Europe septentrionale, l'Auditorium Ravel accueille peut-être le plus célèbre d'entre eux en la personne d'Esa-Pekka Salonen, pour un concert d'une intensité exceptionnelle à la tête de la grande machine britannique qu'est le Philharmonia Orchestra.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 25/03/2014
Benjamin GRENARD
 



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  • On doit l'avouer : sans contester son immense talent, on n'avait guère aimé Salonen dans Mahler. Ici et là, trop de subjectivité et d'extériorité l'emportaient au détriment d'un réel vécu musical. L'interprétation de la Quatrième Symphonie de Chostakovitch, aux multiples références mahlériennes, renverse complètement cette impression.

    C'est qu'en dépit de la profonde admiration de Chostakovitch pour le compositeur viennois et de leur place de premier plan dans la grande tradition symphonique, les deux personnalités s'opposent sur bien des points essentiels. Les citations parfois quasi littérales de Mahler dans la Quatrième Symphonie de Chostakovitch n'y changent rien : Salonen fait parfaitement le distinguo entre les deux compositeurs et restitue pleinement la musique de Chostakovitch dans sa nature : le réalisme du compositeur soviétique, en particulier dans cet ouvrage, s'oppose fondamentalement au romantisme exacerbé du compositeur viennois.

    La musique glacée et objective de Chostakovitch, décrivant de manière quasi clinique les tréfonds du drame soviétique, convient à l'évidence parfaitement au chef finlandais. Impulsant un temps implacable et mécanique, coulé dans un seul souffle dramatique, il plonge sans une hésitation dans l'enfer des purges staliniennes. Nulle place possible ici pour l'apitoiement sur soi et l'égocentrisme sublimes de Mahler, le chef finlandais joue clairement la carte de l'intensité d'un réalisme trempé dans l'acier.

    Connaissant sa prédilection pour le répertoire contemporain, on pouvait s'attendre à une magnifique performance orchestrale. Comme en 2009 à Lucerne, il démontre qu'il a fait de la phalange londonienne un joyau de toute beauté. Les masses orchestrales, explosives à la Varèse, fascinent par leur beauté froide et furieuse, pour rendre des climax d'une incroyable intensité, tandis que l'ensemble des solos se distingue par leur expression concentrée autant que par leur parfaite image sonore.

    Enfin, on apprécie la cohérence de la programmation, la soirée ayant été ouverte de manière très pertinente par la version originale, tellement plus dérangeante que l’arrangement ô combien plus répandu de Rimski, d’Une nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski. Interprétés dans le même esprit, les deux ouvrages prennent une intensité quasi hallucinatoire, s'insérant dans cette même tradition du réalisme russe. Une grande expérience artistique et intérieure, pour qui accepte de sombrer dans un abîme infernal.




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 25/03/2014
    Benjamin GRENARD

    Concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen à l’Auditorium Maurice Ravel, Lyon.
    Modeste Mourssorgski (1839-1881)
    Une nuit sur le Mont Chauve, version originale (1867)
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 4 en ut mineur, op. 43 (1936)
    Philharmonia Orchestra
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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