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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Reprise de Wozzeck dans la mise en scène de Mark Lamos, sous la direction de James Levine au Metropolitan Opera de New York.

Wozzeck en demi-mesure
© Cory Weaver

On attendait avec gourmandise cette reprise de Wozzeck, notamment pour ces deux prises de rôle simultanées par deux géants du chant américain, le baryton Thomas Hampson et la soprano dramatique Deborah Voigt. Malgré la baguette souple de James Levine, le résultat reste en demi-teintes dans un opéra qui ne peut se contenter de demi-mesure.
 

Metropolitan Opera, New York
Le 17/03/2014
Florent ALBRECHT
 



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  • Assister à une production de Wozzeck au Met demeure une expérience riche en enseignements. Concentré de stars de la scène lyrique internationale, programmation parfois un peu grise où s’enchaînent les tubes, mises en scène régulièrement tarte à la crème : au Metropolitan Opera, il semble parfois falloir assurer un bon taux de remplissage avant tout, et surtout plaire aux patrons, opulents mécènes, pas forcément grands mélomanes.

    Le charme opère cependant, et cette institution demeure l’un des modèles du genre en matière d’auto-financement – en témoigne l’extraordinaire et mérité succès des opéras du MET-HD retransmis en direct dans les cinémas du monde entier, et produits à coup de moyens cinématographiques époustouflants. Le Met pourrait être le Hollywood de l’opéra.

    Que vient donc y faire le Wozzeck d’Alban Berg, créé à Berlin sous la baguette d’Erich Kleiber en 1925 ? D’aucuns le considèrent comme le plus grand chef-d’œuvre opératique du XXe siècle, et il apparaîtrait presque naturel que l’ouvrage, presque un manifeste expressionniste, soit un classique des plus belles maisons lyriques.

    Pourtant, Wozzeck n’est pas un blockbuster, il se situe même très loin d’un quelconque rêve hollywoodien : cet antihéros n’a pas l’odeur de soufre et de sueur facile de Carmen. Encore moins le romantisme diaphane et accessible d’une héroïne puccinienne, ni la glotte aguerrie d’une Walkyrie. Ses mélodies sont âpres et inchantables. En revanche, la composition de cet opéra témoigne d’une exceptionnelle maîtrise mettant en œuvre sur le plateau l’étau épouvantable, infernal, qui se resserre autour du héros éponyme jusqu’à sa ruine.

    Mark Lamos a signé la mise en scène de cette production de 1997 souvent reprise au Met depuis, notamment en 2010 avec un plateau ébouriffant : s’y retrouvaient alors Waltraud Meier et Matthias Goerne. Sur le proscenium, de hauts murs sans fin scellent les personnages dans l’isolement, de grands aplats d’une obscure couleur, comme disséqués par un éclairage trop vif, achèvent de sectionner l’espace de manière résolument dramatique.

    On aura compris d’emblée le tragique de l’œuvre, et le premier degré efficace de cette mise en scène, s’il met en valeur l’absurdité tragique du destin du héros comme dans cette scène du III où le crime de Wozzeck est découvert en plein cabaret burlesque, est parfois irritant tant chaque symbole est lisible et voulu.

    La distribution alléchante met à l’honneur deux immenses stars américaines, entretenant des relations familières avec l’opéra allemand : Deborah Voigt et Thomas Hampson abordent pour la première fois les rôles respectifs de Marie et de son bourreau Wozzeck.

    Porté pâle en raison d’une bronchite et remplacé par le viril Matthias Goerne lors des deux premières représentations, Thomas Hampson, encore fragile, donne beaucoup d’humanité au rôle-titre. Son psalmodiant Sprechgesang – outre un accent impeccable, contrairement à la majorité de ses collègues –, jusqu’aux pianissimi de ses chants, enfin un léger essoufflement vocal, parfont les contours psychologiques d’un Untermensch largué, pantin déshumanisé et victime titubante, jouet inerte de la fatalité.

    Face à lui, toute blonde, toute fringante, Deborah Voigt figure une Marie presque trop réelle et distante : comment croire à son vœu de rédemption au début du III ? La voix, un peu forte, un peu trop parfaite, est sans contraste, son jeu presque dérangeant de naïveté : quelle place alors pour l’expressionnisme dramatique voulu par le compositeur autrichien, ses faux semblants, ses jeux d’ombre et de lumière ?

    Ce qui donne finalement corps et cohérence à l’ensemble, c’est la direction musicale de James Levine : simplement claire, un peu lisse, mais toujours fidèle, elle offre quelques moments de grâce tel le fameux interlude musical du III, et permet d’unifier un ensemble qui pèche par défaut de cohérence et de profondeur. Comme si l’on n’avait pas compris ici que le chef-d’œuvre expressionniste d’Alban Berg, nourri justement par ce système d’oppositions, de clair-obscur, d’ambiguïtés subtiles, n’en avait pas eu besoin de plus pour exister.




    Metropolitan Opera, New York
    Le 17/03/2014
    Florent ALBRECHT

    Reprise de Wozzeck dans la mise en scène de Mark Lamos, sous la direction de James Levine au Metropolitan Opera de New York.
    Alban Berg (1885-1935)
    Wozzeck, opéra en trois actes (1925)
    Livret du compositeur d’après le Woyzeck de Büchner
    Chorus and Orchestra of the Metropolitan Opera
    direction : James Levine
    mise en scène : Mark Lamos
    décors & costumes : Robert Israel
    éclairages : James F. Ingalls

    Avec :
    Thomas Hampson (Wozzeck), Deborah Voigt (Marie), Russell Thomas (Andres), Peter Hoare (le Capitaine), Clive Bayley (le Docteur), Simon O’Neill (le Tambour-major).

     



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