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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Concert autour de l’Enfant des Îles de Jean-Louis Florentz par l’Orchestre national des Pays de la Loire sous la direction d’Hubert Soudant au Palais des congrès d’Angers.

Enfants de Florentz
© Michel Crichton

Après une lumineuse introduction de l'organiste Michel Bourcier, l'Orchestre National des Pays de la Loire, en grande forme sous la direction d'Hubert Soudant, recréait l'Enfant des îles de Jean-Louis Florentz, chef-d'œuvre magique d'un compositeur universel, dix ans après sa disparition. L’occasion de faire le point sur une postérité qui fait apparaître un autre visage.
 

Palais des congrès, Angers
Le 27/04/2014
Laurent VILAREM
 



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  • Dix ans après sa mort, que reste-t-il de Jean-Louis Florentz? En premier lieu, un corpus pour orgue, sans doute le plus important depuis Messiaen, repris par toute une nouvelle génération d'organistes en France et à l'étranger. Une sublime œuvre pour chœur ensuite, Asmara, que la postérité retiendra certainement au cours de ce siècle. Et puis il existe un corpus d'œuvres symphoniques, superbe mais rarement joué.

    L'Année Florentz, organisée par l'Association des Amis de Jean-Louis Florentz, reflète implacablement cet état de fait : de nombreux concerts pour orgue sont prévus a contrario d'une toute petite poignée de concerts symphoniques, comme celui de l'Orchestre national des Pays de la Loire donné à Nantes et à Angers.

    Après deux Mozart routiniers, l'organiste Michel Bourcier prend la parole pour apporter les clefs au public angevin afin d'écouter la musique de Jean-Louis Florentz. À l'aide d'extraits musicaux, il démontre magistralement l'orchestration à multiples narrateurs inspirés des griots africains, qui rappelle certes l'orgue mais qui illustre également l'étonnante maîtrise des pupitres instrumentaux du compositeur français.

    Il suggère ensuite l'image visuelle à la source de son grand poème symphonique l'Enfant des îles, dédié à Hubert Soudant lui-même lors de sa création à Nantes en 2002 : une petite fille chantant dans un village au sud de Madagascar symbolisée par un violon solo (Ji-Yoon Park) doté d'une partie en doubles-cordes. Il présente enfin les liens qui unissaient le monde sonore de Florentz aux modes et aux sonorités coraniques et africaines.

    À l'écoute de cette œuvre de plus d'une demi-heure, on reste surpris par l'ampleur de la narration musicale, qui évoque, par la somme de ses éléments, l'ambition d'un Messiaen, le maître de Florentz. À rebours de son image de compositeur exotique et coloré, on y perçoit une gravité et une personnalité en suprême possession de ses moyens avec un orchestre suspendu (« sans pied » aurait dit Debussy) qui s'autorise des langueurs pour magnifier une instrumentation foisonnante.

    Les trouvailles de sonorités sont absolument géniales, notamment ces rideaux de cordes pépiantes représentant les rouleaux d'écume sur des récifs, ou de sublimes passages luxuriants où les règnes végétal, animal et humain fusionnent dans de grands climax rythmiques. Enfin, l'Enfant des îles se charge d'une dimension particulièrement émouvante avec la répétition obsédante de la mélodie centrale qui rappelle Britten dans sa déploration de la perte de l'innocence.




    Concluons que si ses œuvres symphoniques restent rarement jouées, Jean-Louis Florentz a probablement créé son propre purgatoire. À la fin de sa vie, il a cultivé une image d'académicien (de fait, il fut élu à l'Académie des Beaux Arts), s'affirmant comme le parangon d'une musique heureuse et ensoleillée, glorifiant l'évasion et les désirs d'ailleurs, quand les programmes presque cryptiques de ses œuvres, sa mort prématurée et la personnalité même de l'homme apportaient d'autres éléments plus sombres, et assurément plus complexes.

    Le concert de ce soir prouve, si besoin était, que ses œuvres pour orchestre sont des merveilles d'une ambition unique, qui tirent d'une orchestration française jusqu'à la quintessence, un univers sonore incomparablement personnel. Dix ans plus tard, il est enfin temps d'écouter la musique de Jean-Louis Florentz dans toute sa grandeur et sa complexité.




    Palais des congrès, Angers
    Le 27/04/2014
    Laurent VILAREM

    Concert autour de l’Enfant des Îles de Jean-Louis Florentz par l’Orchestre national des Pays de la Loire sous la direction d’Hubert Soudant au Palais des congrès d’Angers.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    La clémence de Titus, ouverture
    Symphonie n° 35 en ré majeur « Haffner »
    Jean-Louis Florentz (1947-2004)
    L'Enfant des Îles
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Boléro
    Orchestre national des Pays de la Loire
    direction: Hubert Soudant

     


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