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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2018

Récital de Rafał Blechaz dans la série Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

Baisse de tension
© Felix Broede

On attend toujours beaucoup de Rafał Blechaz. On est donc facilement déçu. Dans un programme Piano*** salle Pleyel à la fois éclectique et traditionnel, le pianiste polonais qui approche la trentaine s’est montré inégal et comme en baisse de tension, souvent plus concerné par l’exhibition que par un travail en profondeur.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 10/06/2014
Gérard MANNONI
 



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  • Le comportement d’un pianiste sur scène ne révèle pas forcément tout, mais il n’est pas non plus à négliger. Trop d’amplitude dans la gestuelle tourne vite à un excès d’exhibition, de même que des poses trop prolongées entre les mouvements d’une sonate. Si l’interprétation ne quitte pas le sublime, on oublie vite. Quand ce n’est pas le cas, on se dit qu’un peu plus de concentration aurait bien remplacé tant de ronds de bras.

    Rafał Blechaz commençait ce programme par la Sonate en ré majeur KV 311 de Mozart. On serait tenté de dire : rien à signaler. Une lecture peu imaginative, proprette, jolie, mais sans travail sur la sonorité ni sur la dynamique. Une mise en route pour se chauffer les doigts. Venait ensuite la Sonate Pathétique de Beethoven. Une attaque violente, agressive qui annonce une tentative d’oppositions entre fortissimo et pianissimo.

    Là où la géniale Lily Kraus commentant l’œuvre se contentait de dire « douleur amère », on a une violence plus appassionata que pathétique, généralement plus intellectuelle que sensible. On a un peu l’impression de passer à côté de l’œuvre, ou tout au moins d’être confronté à des intentions formulées de manière contradictoire, plutôt confuse.

    Après l’entracte, Partita n° 3 en la mineur de Bach. Plaisir d’y retrouver un piano qui chante avec un lyrisme adéquat pour jouer habilement des contrastes de climat de ces pièces magistralement agencées par le compositeur. La Sarabande est notamment déroulée avec sensibilité, sans atteinte à la rigueur, et tout cela est animé d’une vie certaine qui parle.

    Et puis, on passe, forcément, à Chopin dans un contraste absolu, car tout est traité ici en pièces de concert pour briller, sans grand souci d’aller chercher plus loin. Des deux Polonaises op. 40, la première est matraquée avec un maximum d’effets de manches, la seconde, plus rare, baigne dans des couleurs plus intéressantes aux lueurs sombres porteuses d’angoisse et pas seulement d’étincelles. Un Nocturne assez indifférent précède le Troisième Scherzo effectivement abordé sous l’angle « je suis un grand virtuose car je joue très vite et très fort ».

    Bien sûr que Rafał Blechaz sait jouer du piano, bien sûr qu’il a un talent de grande envergure et une personnalité qu’il a souvent révélée, mais il nous avait jusqu’ici montré plus de puissance, d’imagination et une sensibilité plus sincère, plus subtile, moins brimée par le désir de plaire et la quête aux applaudissements.

    On se demande si ces jeunes virtuoses tellement doués ne cherchent pas trop à jouer tout et son contraire, avançant de manière souvent imprudente dans toutes les musiques à fois, sans échapper aux pièges qui guettent ces carrières qui s’annoncent longues, à savoir la routine, la perte de lucidité sur soi-même, les risques de la navigation dans cet immense répertoire qui contient toutes les séductions mais aussi tous les dangers.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 10/06/2014
    Gérard MANNONI

    Récital de Rafał Blechaz dans la série Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Sonate n° 9 en ré majeur KV 311
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 8 en ut mineur op. 13 « Pathétique »
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Partita n° 3 en la mineur BWV 827
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Deux Polonaises op. 40
    Nocturne en lab majeur op. 32 n° 2
    Scherzo n° 3 en ut# mineur op. 39
    Rafał Blechacz, piano

     


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