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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Hippolyte et Aricie ou La Belle-mère amoureuse sous la direction de Mira Glodeanu au Midsummer Festival 2014.

Midsummer 2014 (1) :
Rameau parodié

© Brunet CG62

Depuis 2009, le Château d’Hardelot est en pleine révolution. Étape décisive, l’inauguration ce 4 juillet d’un intérieur néo-gothique et d’un jardin de style Tudor. Avant de prendre possession du théâtre élisabéthain dont la construction débutera cet été, le Midsummer Festival continue de célébrer l’Entente cordiale. Avec une exception le temps d’un week-end consacré à Rameau.
 

Château d'Hardelot, Condette
Le 27/06/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • La parodie d’opéra, genre florissant au XVIIIe siècle, se fonde sur un art à la fois savant et fantasque du décalage et du télescopage. La faire revivre aujourd’hui, pour un public non moins divers que celui qui, à l’époque, « y courait en foule, depuis le petit peuple qui n’avait pas vu l’opéra parodié, jusqu’aux grands de la Cour », comme l’écrit Françoise Rubellin, spécialiste des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne, suppose donc une connaissance approfondie des codes qu’elle s’ingéniait à détourner, autant qu’une certaine distance englobant dans un même geste le premier degré du comique de situation et le plaisir de la reconnaissance.

    Le spectacle conçu par Jean-Philippe Desrousseaux, et produit par le Centre de Musique Baroque de Versailles, qui se livre par-là même à un acte d’autodérision délicieusement cocasse, joue sur ces deux niveaux, et bien plus encore. Hippolyte et Aricie ou La Belle-mère amoureuse puise ainsi à la source de la parodie de Charles-Simon Favart, représentée au Théâtre Italien un mois après la première reprise, en septembre 1742, de la première tragédie en musique de Rameau, victime, dès sa création en 1733, des facéties de messieurs Jean-Antoine Romagnesi et Antoine-François Roccoboni, également mis à contribution pour certains fragments.

    Mais c’est moins l’œuvre du compositeur que l’on moquait à l’époque, que les travers du livret de l’abbé Pellegrin, qui eut à se défendre de la « noble hardiesse » d’avoir mis une Phèdre au théâtre après Racine. Phèdre, donc, qui domine de sa stature de marionnette – l’adaptation pour comédiens de bois allait en quelque sorte de soi, eux qui furent la meilleure arme des forains contre les interdictions auxquelles ils devaient constamment faire face – les autres personnages de la parodie, sculptés et peints par Petr Řezač et Katia Řezačová.

    Manipulateurs virtuoses aux voix multiples – éraillées, grinçantes, maniérées, ahuries –, Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Jean-Philippe Desrousseaux leur donnent vie depuis le sommet d’un castelet en forme d’hommage – pas si – miniature à la machinerie baroque, et devant les toiles peintes d’Antoine Fontaine, comme un clin d’œil à la production d’Ivan Alexandre, dont ce maître de la scénographie à l’ancienne avait aussi signé les décors. De ce divertissement à l’esprit ravageur, il faudrait en vérité citer le texte dans son entier, tant il parvient, en suivant l’intrigue originelle, à la rendre constamment dérisoire.

    D’autant que, contrairement à la pratique de l’époque, la musique de Rameau s’y invite –magnifiquement restituée malgré l’effectif minimum de l’Ensemble Philidor dirigé par Mira Glodeanu, dont la verve et l’expressivité irradient les traits autant que l’archet – qu’elle soit tirée d’Hippolyte et Aricie ou d’autres œuvres, comme Platée ou les Indes galantes, dont la Danse du Grand Calumet de la Paix ponctue l’ultime monologue de Phèdre.

    En caricature de tragédienne – ce qu’elle est au fond d’elle-même, ou dont elle cultive l’apparence –, Marie Kalinine s’en donne à cœur joie, bien que la trémulante ardeur du timbre paraisse plus subie que voulue, eu égard du moins à nos précédentes impressions, tant dans Atys de Piccinni que dans Renaud de Sacchini. De Thésée, qui entonne aux Enfers l’air Divinités du Styx emprunté à l’Alceste de Gluck, Philippe-Nicolas Martin trace un portrait plus neutre, mais le fils de Neptune n’est-il pas le dindon d’une farce où Hippolyte confie son désarroi à une poule…




    Château d'Hardelot, Condette
    Le 27/06/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Hippolyte et Aricie ou La Belle-mère amoureuse sous la direction de Mira Glodeanu au Midsummer Festival 2014.
    Hippolyte et Aricie ou La Belle-mère amoureuse, parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau et Pellegrin (1733) d’après les parodies de Riccoboni et Romagnesi (1733) et Favart (1742).
    Marie Kalinine (Phèdre)
    Philippe-Nicolas Martin (Thésée)
    Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Jean-Philippe Desrousseaux (marionnettes)
    conception et mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux
    décors : Antoine Fontaine et Edith Dufaux-Fontaine
    éclairages : François-Xavier Guinnepain
    scénographie et sculptures des marionnettes : Petr Řezač
    peinture et costumes des marionnettes : Katia Řezačová
    conseiller théâtral : Françoise Rubellin
    adaptation et transcriptions musicales : Benoît Dratwicki
    Ensemble Philidor
    violon et direction : Mira Glodeanu

     


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