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CRITIQUES DE CONCERTS 03 avril 2020

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Simon McBurney et sous la direction de Pablo Heras-Casado au festival d’Aix-en-Provence 2014.

Aix 2014 (1) :
Une Flûte solaire

© Pascal Victor

En dépit des caprices du temps et des tensions autour du régime de l’intermittence, la Flûte enchantée ne nous a pas fait faux bond en ce premier week-end du festival lyrique d’Aix-en-Provence cru 2014. Sans être historique, cette production concentre les qualités et perpétue avec justesse l’esprit enthousiaste du Singspiel.
 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 04/07/2014
Florent ALBRECHT
 



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  • Ni la fureur du temps ni celle d’une conjoncture dĂ©favorable pour les festivaliers, confrontĂ©s Ă  la problĂ©matique des intermittents, n’auront eu la peau de Mozart. Pour que la production ait lieu, l’abri du Grand Théâtre de Provence aura Ă©tĂ© providentiel, tout comme la solidaritĂ© de l’équipe du festival, quand, au mĂŞme moment, le Turc rossinien dĂ©clarait forfait au Théâtre de l’ArchevĂŞchĂ©, mu avec ses spectateurs en de malchanceux boat-people noyĂ©s sous de funestes trombes d’eau.

    Il faut prendre à bon augure de ce que la fortune nous permit d’assister au spectacle ! De bout en bout, la cohésion de l’ensemble, la justesse de la distribution, la qualité musicale, la mise en scène avec ses fragilités et ses sensibles partis-pris poétiques, figurent autant de qualia qui nous font oublier que le ciel eût pu nous tomber sur la tête en début de soirée.

    Assurément, c’est la qualité de la direction et de l’orchestre qui donne un cadre à la fois très solide et solaire à l’ensemble. On se souvient de son interprétation éclatante d’Idomeneo, de celle, non moins réussie et dramatiquement bluffante des Nozze di Figaro, toujours sous la baguette de René Jacobs : le Freiburger Barockorchester se révèle décidément l’orchestre mozartien du moment.

    Techniquement parfait, l’orchestre concentre le fleuron des musiciens sur instruments anciens, notamment dans les vents, et l’enthousiasme qui se dégage de leur jeu est simplement communicatif. Le jeune chef Pablo Heras-Casado, musicien créatif et généreux, à la gestique précise et gracieuse, emporte orchestre et chanteurs dans un bel élan commun, justement dosé. C’est sans nul doute l’un des grands chefs de demain.

    Homogène sans être extraordinaire, le plateau offre quelques belles surprises, comme la touchante Pamina de Mari Eriksmoen ou le jubilatoire Papageno campé par Josef Wagner, plein de verve et assumant à la perfection son statut de zanno. Mention spéciale aux facétieux Knaben et à Stanislas de Barbeyrac dont la voix continue à s’ouvrir, à s’épanouir, pour donner à Tamino l’épaisseur poignante d’un personnage juvénile porté à la maturité.

    La mise en scène, quant à elle, déploie mille subterfuges, tire mille ficelles, pour faire de cette Flûte un spectacle total et renouer avec l’écriture même de l’œuvre : par cette grande diversité des moyens techniques employés, entre projections vidéos ultrasophistiquées et jolies naïvetés poétiques constituées par ces oiseaux de papier s’agitant autour de l’Oiseleur, la mise en scène de Simon McBurney réserve des surprises et abolit les frontières du genre, jusqu’à faire interagir musiciens, plateau et public.

    Était-ce pourtant utile de faire par exemple intervenir Sarastro dans la fosse, micro en main, et de créer du discours, au risque de sortir du livret, pour une apostrophe du public tel un émissaire des intermittents au début du spectacle ? Où est l’intérêt en outre de faire lever le public du premier rang pour y faire passer Papagena et Papageno, et finalement gêner tout le monde, chanteurs compris ?

    Si le dispositif dramaturgique ne manque pas d’intérêt – une grand plaque centrale oscille et donne du relief à l’action –, on comprend aussi les diverses influences du metteur en scène, ici mêlées avec plus ou moins de bonheur, et un peu trop de déjà-vu aussi : inscriptions vidéo sur le vif à la Pierrick Sorin, vidéos esthétisantes et monumentales à la Robert Lepage, froideur minérale à la Peter Mussbach, impressions en ombre portée à la William Kentridge…

    Le résultat est esthétiquement en clair-obscur, à tout point de vue, mais la poésie demeure en filigrane pour y laisser étonnamment suspendre son vol : c’est d’ailleurs une image prégnante que celle d’une Pamina et d’un Tamino, lors de l’épreuve de l’eau, suspendus en apesanteur au milieu d’un déluge d’effets vidéos.

    Certaines lourdeurs résiduelles, quelques hasards malheureux (comme cette Reine de la nuit collée à sa chaise roulante, et qui fait des quasi-saltos arrière somme toute étonnants durant son Hölle Rache) n’entachent pas le plaisir simple et heureux du spectacle : réjouis, on ne se rend compte qu’à la fin, lors du salut final, que tous les costumes sont d’une laideur sans nom !

    La Flûte était donc bien magique et nous a fait oublier ce soir les affres du temps et de l’époque pour nous mener, comme Tamino, sur de simples et réjouissants chemins de lumière.




    Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
    Le 04/07/2014
    Florent ALBRECHT

    Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Simon McBurney et sous la direction de Pablo Heras-Casado au festival d’Aix-en-Provence 2014.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d’Emanuel Schikaneder

    Coproduction avec De Nederlandse Opera et English National Opera

    English Voices
    Freiburger Barockorchester
    direction : Pablo Heras-Casado
    mise en scène : Simon McBurney
    décors : Michael Levine
    costumes : Nicky Gillibrand
    Ă©clairages : Jean Kalman
    vidéo : Finn Ross
    son : Gareth Fry
    préparation des chœurs : Tim Brown & Richard Wilderforce

    Avec :
    Stanislas de Barbeyrac (Tamino), Mari Eriksmoen (Pamina), Albina Shagimuratova (Königin der Nacht), Josef Wagner (Papageno), Regula Mühlemann (Papagena), Christof Fischesser (Sarastro), Andreas Conrad (Monostatos), Ana-Maria Labin (Erste Dame), Silvia de La Muela (Zweite Dame), Claudia Huckle (Dritte Dame), Maarten Koningsberger (Sprecher), Krzysztof Baczyk (Erster Priester / Zweiter Geharnischter), Elmar Gilbertsson (Zweiter Priester / Erster Geharnischter), Knabenchor der Chorakademie Dortmund (Drei Knaben).

     



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