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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Nouvelle production d’Ariodante de Haendel dans une mise en scène de Richard Jones et sous la direction d’Andrea Marcon au festival d’Aix-en-Provence 2014.

Aix 2014 (2) :
Un Ariodante seria killer

© Pascal Victor

À l’honneur d’Aix cet été, Ariodante est envisagé sous un angle original par le metteur en scène Richard Jones. Sa réalisation en revanche s’avère profondément décevante. Malgré un fort joli plateau de solistes de départ, un orchestre brillant, l’ensemble manque de cohérence et les partis pris finissent par tuer les subtilités de l’opera seria haendélien.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 05/07/2014
Florent ALBRECHT
 



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  • Chaque nouvelle production d’Ariodante est attendue comme un petit événement, tant son succès depuis environ vingt ans ne se dément plus, après son oubli durant presque deux cents ans. À l’époque de sa composition, concurrencé par la jeune garde italienne fraîchement installée à Londres, dont Farinelli, Haendel arrive à un moment de sa carrière où il doit se surpasser et défendre les couleurs de son blason.

    Son nouvel opera seria sera donc brillant, foisonnant, innovant, avec sextuor de solistes, ballet et chœur. Inspiré par l’Arioste, le livret offre les ressources dramatiques attendues du public dans la forme, et espérées par le compositeur dans son ampleur. À rebours d’une histoire du Royaume d’Ecosse où les devoirs de la couronne et les passions dévorantes s’entrechoquent les uns avec les autres, la scène devient le lieu de toutes les violences psychologiques jusqu’à l’exemplum final, c’est-à-dire le retour à l’ordre, à l’équilibre, et l’éviction de l’élément perturbateur, ici symbolisé par la mort de l’affreux Polinesso.

    La furore de l’Arioste est explicitement conservée dans le livret et permet à chacun des personnages, dans son désespoir et sa révolte, d’exprimer une très large palette de sentiments, de la complainte élégiaque à la virtuosité la plus désespérée.

    Ces jalons posés, le premier degré auquel le spectateur est confronté ici, au lever du rideau, a de quoi surprendre. C’est un cottage écossais, et on hésite où trouver l’inspiration du metteur en scène, entre Benny Hill, et, plus sérieusement, Mike Leigh ou Ken Loach : papier peint des sixties, meubles rustiques, costumes à la Deschiens.

    À vrai dire, seul le kilt du roi nous permet d’en comprendre, par la lourdeur du symbole, la géographie, comme celui de Tintin dans son Île noire : la fidélité voulue au livret d’origine s’arrête là. Le concept de réalisme social développé par un certain cinéma britannique contemporain aurait pu fournir un ressort dramatique efficace, et élargir la responsabilité morale des personnages à l’échelle d’une communauté engoncée dans ses préceptes politico-religieux. Il n’en est rien.

    La séparation du plateau en trois espaces distincts est une jolie ruse dramaturgique quant à elle, et permet de jongler entre les apparitions des personnages, chose délicate dans les opéras haendéliens, où l’artifice est roi au profit du drame psychologique qui s’y joue : au centre, le lieu public, communautaire, celui du pouvoir mais aussi l’endroit où se tend l’action ; à droite, la chambre où l’intime se tisse, les confessions se chuchotent et les intrigues se nouent ; à gauche enfin, lieu de passage permettant ces effets de réel dans les va-et-vient des personnages.

    Le reste tombe à plat : que ce soit, pendant les pages orchestrales, le jeu de marionnettes un peu bébêtes (Ginevra mimée en Pretty Woman d’autoroute), la reconfiguration du personnage de Polinesso en pasteur hagard et monté sur ressorts, la fin de l’opéra tordue, trahie, pour ainsi dire incompréhensible dans un opera seria. Le plus grave réside dans la direction scénique des chanteurs, erreur dont est aussi en partie responsable le chef d’orchestre Andrea Marcon.

    Les inconditionnels de nos deux stars sopranos nationales seront comblés : Petibon fait du Petibon, voix blanche dans les complaintes, surexcitation dans les airs de bravoure de cette pauvre Ginevra décidément au bord de la crise de nerfs permanente. Piau fait tout autant du Piau, et on regrette le quasi-systématisme de son jeu, hystérique et survolté. On a l’impression que les deux chanteuses sont livrées à elles-mêmes, et que l’on doit oublier leur personnage pour apprécier ou s’agacer de leurs tics, car elles ne semblent dirigées d’aucune manière. Elles valent bien mieux que cela !

    Sans parler de Sonia Prina, très peu en forme ce soir, et qui, outre un jeu cocaïné à la limite du supportable, n’arrive plus à vocaliser dans Se l’inganno sortisce felice. À côté de cela, Sarah Connolly campe un Ariodante mesuré, digne, nuancé… convaincant. Tout comme le fier roi d’Écosse abordé par un Luca Tittoto plein de panache et de hauteur.

    Les qualités déjà évoquées du Freiburger Barockorchester se retrouvent heureusement ici, tant sur le plan musical que technique, et permettent d’estomper la direction molle et peu imaginative d’Andrea Marcon. Sans hésiter, on décerne à la mise en scène la palme du seria killer de l’année.




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 05/07/2014
    Florent ALBRECHT

    Nouvelle production d’Ariodante de Haendel dans une mise en scène de Richard Jones et sous la direction d’Andrea Marcon au festival d’Aix-en-Provence 2014.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Ariodante, dramma per musica en trois actes (1735)
    Livret anonyme d’après Ginevra, principessa di Scozia d’Antonio Salvi (1708), inspiré de l’Orlando furioso de l’Arioste

    English Voices
    Freiburger Barockorchester
    direction : Andrea Marcon
    mise en scène : Richard Jones
    décors et costumes : Ultz
    éclairages : Mimi Jordan Sherin

    Avec :
    Sarah Connolly (Ariodante), Patricia Petibon (Ginevra), Sandrine Piau (Dalinda), Sonia Prina (Polinesso), David Portillo (Lurcanio), Luca Tittoto (Il Re di Scozia), Christopher Diffey (Odoardo).

     



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