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CRITIQUES DE CONCERTS 24 septembre 2020

Reprise de la Force du destin de Verdi dans la mise en scĂšne de Martin KuĆĄej et sous la direction d’Asher Fisch au festival d’étĂ© de Munich 2014.

Munich 2014 (2) :
Le tricorne coupé

© Wilfried Hösl

Cette reprise de La Forza del Destino au festival d’étĂ© du Bayerische Staatsoper Ă©tait l’occasion de retrouver un trio de choc qui a marquĂ© l’histoire de l’interprĂ©tation de cet opĂ©ra cette saison Ă  Munich. MalgrĂ© la dĂ©fection de derniĂšre minute de Jonas Kaufmann et les Ă©cueils de la production, il fallait Ă©couter Anja Harteros et Ludovic TĂ©zier les yeux fermĂ©s.
 

Nationaltheater, MĂŒnchen
Le 31/07/2014
Florent ALBRECHT
 



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  • Cette nouvelle production de La Forza del destino de la saison 2013-2014 au Bayerische Staatsoper de Munich a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’ores et dĂ©jĂ  de nombreuses retransmissions radiophoniques et tĂ©lĂ©visuelles. Il faut dire qu’associĂ© Ă  une nouvelle mise en scĂšne ouvrant le champ des possibles et des espoirs, le triumvirat qui y dictait sa loi avait de quoi susciter bien des attentes : Jonas Kaufmann en Don Alvaro, Ludovic TĂ©zier en Don Carlo, enfin Anja Harteros en Leonora. Comment ne pas y succomber?

    L’opĂ©ra en lui-mĂȘme demeure l’un des plus Ă©tranges de Verdi, Ă  l’image sans doute du Trovatore. Le livret y est confus et peu crĂ©dible malgrĂ© une intrigue classique : un fils venge la mort paternelle provoquĂ©e inopinĂ©ment par l’amant de sa sƓur, jolie piĂšce rapportĂ©e honnie a priori par la famille
 HystĂ©rique comme une Erinye bipolaire, le Destin se dĂ©foule sur le couple de jouvenceaux jusqu’à la tragĂ©die finale. Malheureusement, par dĂ©faut de vĂ©ritĂ© fictionnelle, le tonus dramatique en prend un coup dĂšs la premiĂšre scĂšne.

    PassĂ© la cĂ©lĂ©brissime ouverture, colorĂ©e par ces fameux trois coups du Destin, on en vient Ă  y rĂȘver un trio de solistes Ă©lectrique, un metteur en scĂšne habile jongleur et funambule Ă  la fois, sur un fil tendu mais tĂ©nu, capable de pallier les faiblesses d’un livret marquĂ© par un enchaĂźnement de sauts de puce spatio-temporels comme les trop nombreux trous noirs d’un mauvais film de Science-fiction.

    HĂ©las, premiĂšre dĂ©confiture : Jonas Kaufmann abgesagt et remplacĂ© au pied levĂ© par le germano-serbe Zoran Todorovich. HĂ©las, deuxiĂšme dĂ©confiture : on savait dĂšs le lever de rideau, finalement, que la mise en scĂšne de Martin KuĆĄej Ă©tait dĂ©cevante. Quelques jolis effets graphiques tels cet effet de scĂšne renversĂ©e au III, ou cette dĂ©bauche de croix dans l’acte final, peuvent ravir les yeux, certainement pas l’intellect.

    Comment comprendre de tels choix, si ce n’est Ă  la faveur d’arguments simplement plastiques ? Ce n’est pas que l’on recherche Ă  tout prix cette clartĂ© boileausienne chez Verdi, ce qui serait bien incongru, mais le touffu de cet opus exigeait bien que l’on veillĂąt Ă  n’en point ajouter davantage en matiĂšre d’obscuritĂ© !

    On passera sur les burgers distribuĂ©s par les moines aux mendiants au dĂ©but du IV. En revanche, rien ne peut venir justifier cette scĂšne militaire pittoresque du III, oĂč le choix dramaturgique d’une gigantesque orgie nous dĂ©montre que ce metteur en scĂšne n’a pas compris que le porno sur les plateaux lyriques Ă©tait aujourd’hui fort dĂ©passĂ© et ne choquait plus personne. Surtout, quel sens Ă  cette option?

    Que dire de la pauvre Preziosilla, dans la continuitĂ© de cette scĂšne, interprĂ©tĂ©e par une Nadia Krasteva SM en latex noir ? Elle se trĂ©mousse avec tant d’allure et de sensualitĂ© que notre Nabilla nationale passerait Ă  cĂŽtĂ© pour Nadine de Rotschild. Un peu hagarde, un peu perdue, elle passe son fameux Rataplan Ă  trĂ©bucher sur les corps allongĂ©s et inertes de ces chauds militaires un brin harassĂ©s par cette partie carrĂ©e au carré  On la comprend, elle n’a rien compris, nous non plus. Vergogna !

    Heureusement, il y a le chant. MalgrĂ© une apparition un peu douteuse dĂšs le premier air, et une voix toujours peu ouverte, Zoran Todorovich campe un Don Alvaro qui Ă©volue positivement au fil de l’opĂ©ra, et son duo Le minacce, i fieri accenti avec Ludovic TĂ©zier est un petit joyau. Las, le fantĂŽme regrettĂ© de Jonas Kaufman planait sur scĂšne tout le long de cette soirĂ©e : c’est qu’il nous manquait pour son aisance dramatique Ă  incarner des personnages peu faciles Ă  faire exister dans le rĂ©pertoire lyrique, outre une carrure vocale de Heldentenor certainement plus intĂ©ressante pour le rĂŽle. Bref, il nous a manquĂ© la troisiĂšme piĂšce de ce puzzle si parfait.

    Car s’il fallait absolument se dĂ©placer ce soir au Nationaltheater de Munich, c’était sans nul doute pour Ludovic TĂ©zier et Anja Harteros : impĂ©riaux de bout en bout, dominant l’opĂ©ra par une technique de chant parfaite mais aussi grĂące Ă  cet art consommĂ© du drame, leur permettant de donner corps aux personnages, de les habiter, d’en exprimer les ressorts intimes et tragiques. La soprano allemande entonne un Sono giunta ! Grazie o dio ! d’une sensibilitĂ© bouleversante, et Ă©puise le personnage de Leonora avec bonheur Ă  force de versatilitĂ© vocale, apanage des grands interprĂštes verdiens.

    La direction d’Asher Fisch, un peu atone, demeure celle d’un chef d’opĂ©ra techniquement au point. L’orchestre quant Ă  lui, toujours un peu lourd dans le rĂ©pertoire italien, n’est pas vraiment Ă  la traĂźne ni cependant trĂšs excitant. À cĂŽtĂ© de la mise en scĂšne, ce n’est pas lĂ  le principal Ă©cueil de cette production.

    Il conviendrait sans doute de se rendre compte ce soir que cet opĂ©ra rĂ©putĂ© maudit de Verdi n’est peut-ĂȘtre qu’un mal-aimĂ© qui, Ă  l’instar de ses protagonistes, jouit d’un destin funeste auquel ne devrait le rĂ©duire la plus mĂ©diocre des mises en scĂšne, par la magie du chant.




    Nationaltheater, MĂŒnchen
    Le 31/07/2014
    Florent ALBRECHT

    Reprise de la Force du destin de Verdi dans la mise en scĂšne de Martin KuĆĄej et sous la direction d’Asher Fisch au festival d’étĂ© de Munich 2014.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    La Forza del destino, opéra en quatre actes (1862)
    Livret de Francesco Maria Piave d’aprùs Don Álvaro o la fuerza del sino de Rivas
    Version rĂ©visĂ©e de 1869 (livret d’Antonio Ghislanzoni)

    Chor der Bayerischen Staatsoper
    Bayerisches Staatsorchester
    direction : Asher Fisch
    mise en scĂšne : Martin KuĆĄej
    décors : Martin Zehetgruber
    costumes : Heidi Hackl
    Ă©clairages : Reinhard Traub
    prĂ©paration des chƓurs : Sören Eckhoff

    Avec :
    Vitalij Kowaljow (Marchese di Calatrava / Padre Guardiano), Anja Harteros (Donna Leonora), Ludovic TĂ©zier (Don Carlo di Vargas), Zoran Todorovich (Don Alvaro), Nadia Krasteva (Preziosilla), Renato Girolami (Fra Melitone), Heike Grötzinger (Curra), Christian Rieger (Un alcade), Francesco Petrozzi (Mastro Trabuco), Rafał Pawnuk (Un chirurgo).

     



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