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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Reprise de l’Or du Rhin de Wagner dans la mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2014.

Bayreuth 2014 (2) :
Al Capote et ses drôles de dames

© Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath

Dans une scénographie décapante transposée dans un motel de passe, et avec une direction d’acteurs aussi maîtrisée que la distribution est cohérente, ce Rheingold frappe très fort pour ouvrir le Ring de Castorf à Bayreuth. La direction passionnante de Kirill Petrenko transforme l’essai pour ce premier volet passionnant qui ouvre l’appétit pour la suite.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 10/08/2014
Thomas COUBRONNE
 



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  • Il y a toujours quelque chose d’excitant dans un Rheingold à Bayreuth. On sait que c’est le début d’un récit universel dans lequel on va baigner pendant une semaine d’affilée dans des conditions exceptionnelles – une acoustique, une atmosphère incomparables, de longs entractes, bref le temps et l’espace qu’il faut pour un Ring, mais aussi l’expérience sortie du laboratoire que Wagner voulait faire du Festival.

    Avec Castorf, on imagine que l’on ne va pas être déçu au moins sur ce dernier aspect : on ne devrait pas évoluer dans les clous du déjà-vu. Banco ! Dès l’ouverture de rideau, le ton est donné : les ondines en poules de luxe, on connaissait depuis Chéreau, mais filmées en gros plan toute poitrine dehors, sur la terrasse d’un motel de passe en train de se griller des chipolatas à grand renfort de téquila, c’est moins académique.

    Creux et facile ? Pas si sûr. Une vraie pensée habite cette manière de nous raconter l’histoire. Les Dieux de Rheingold sont des truands ringards. Médiocres, on le savait, malhonnêtes, on l’avait déjà vu. Mais ce sont ici de purs mafieux de bas étage. Wotan proxénète en complet pastel, Donner à rouflaquettes tout droit sorti de Dallas, Froh de Lothar Odinius façon Starsky et Hutch maladroit avec son revolver, toutes ces dames peroxydées, alcooliques et plus ou moins dépressives, sauf Erda, pulpeuse diva en fourrure dont le brushing roux n’a d’égal que l’appétit sexuel – elle se fait besogner par le Scarface de service derrière une porte vitrée pendant le meurtre de Fasolt.

    Le tout situé dans un motel miteux avec sa piscine pleine de lingots du fameux Or (du Rhin), sa station-service (déjà l’or noir), ses écrans de télé et la voiture du parrain, finalement volée par les drôles de Filles du Rhin. Les Nibelungen, relégués dans un mobile-home en rade, ne détonnent nullement, tant le Mime de Burkhard Ulrich en costume doré et en piaillements affiche de grimaces et d’hystérie, tant l’Alberich de Oleg Bryjak, surtout, propose une des incarnations les plus répugnantes que nous ayons jamais vue – de mimiques crasseuses, d’allure vulgaire, de comportements psychopathes et d’éructations.

    Dans cette galerie de portraits admirablement distribuée – car bien que personne ne ressorte de la distribution dans l’absolu, les défauts de chacun contribuent à sa caractérisation, telle l’Erda glamour de Nadine Weissmann, les Filles du Rhin du grave à l’aigu Okka von der Damerau opulente et plantureuse, Julia Rutigliano onctueuse et voluptueuse, Mirella Hagen directe et bimbo, le Wotan veulissime de Wolgang Koch – il n’y a ni gentils ni méchants, que des médiocres, et cela laisse une porte grande ouverte pour les journées à venir.

    Les Géants en mécanos sanguins très différenciés vocalement, Fasolt faussement élégant de Wilhelm Schwinghammer tellement plus sensible que le Fafner brute épaisse maquillé au pétrole de Sorin Coliban, le Loge sans grand relief de Norbert Ernst, juste opportuniste, petite frappe comme il faut, complètent un tableau dont seule émergerait la fiancée du boss, Fricka vibrante et déclamée de Claudia Mahnke, qui partage, au sens propre si l’on peut dire, Wotan avec la Freia jolie idiote très réussie de Elisabet Strid et finit presque avec son bras droit, Donner pour une fois malin de Markus Eiche.

    Dans la fosse, l’heure est à la narration, la vivacité, le kaléidoscope de textures, la rondeur et l’acuité. Pas un temps mort, pas une baisse de tension dans cette acoustique miraculeuse dont on redécouvre à chaque fois le plaisir intact d’entendre les chanteurs quand ils prodiguent des nuances – en l’occurrence pas très souvent, ce qui est regrettable.

    Dans une esthétique forcément pas du goût de tout le monde, et qui surtout nie presque totalement les dimensions allégorique et surnaturelle du Ring, le spectacle se termine cependant sur une montée au Walhalla de toute beauté, les Dieux contemplant depuis le toit du motel une vidéo en apesanteur des Filles du Rhin dans leurs jeux aquatiques, petit moment de grâce suspendu avant une Walkyrie qui suscite toute notre curiosité.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 10/08/2014
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de l’Or du Rhin de Wagner dans la mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2014.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Das Rheingold, prologue en quatre scènes au festival scénique Der Ring des Nibelungen (1869)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Frank Castorf
    décors : Aleksandar Denić
    costumes : Adriana Braga Peretzki
    éclairages : Rainer Casper
    vidéo : Andreas Deinert & Jens Cruss
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Wolfgang Koch (Wotan), Markus Eiche (Donner), Lothar Odinius (Froh), Norbert Ernst (Loge), Claudia Mahnke (Fricka), Elisabet Strid (Freia), Nadine Weissmann (Erda), Oleg Bryjak (Alberich), Burkhard Ulrich (Mime), Wilhelm Schwinghammer (Fasolt), Sorin Coliban (Fafner), Mirella Hagen (Woglinde), Julia Rutigliano (Wellgunde), Okka von der Damerau (Flosshilde).

     



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