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CRITIQUES DE CONCERTS 18 août 2018

Reprise de Crépuscule des Dieux de Wagner dans la mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2014.

Bayreuth 2014 (5) :
Point (d’interrogation) final

© Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath

Un Ring qui ne pose pas de questions est sans doute un Ring raté. Mais la dernière journée de celui de Castorf laisse une impression d’inaboutissement assez frustrante. Pas de catharsis, des thèses délaissées en cours de route, des interrogations sans réponse, un certain détachement, voire un certain ennui. Warum ?
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 15/08/2014
Thomas COUBRONNE
 



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  • Point final en forme de point d’interrogation, ce Götterdämmerung de Castorf parachève avec une certaine cohérence un Ring intelligent, décalé, mais assez frustrant. Dès une scène des Nornes sanguinaire aux allures d’envoûtement vaudou dans un squat, l’hémoglobine coule à flots, comme tout au long de cette ultime journée : le figurant renversé par la voiture de Wotan conduite par les Filles du Rhin, puis en cuisinier saignant à profusion dans son râpé de pommes de terre, le serment fraternel de Siegfried et Gunther.

    Mais c’est presque un ressort comique, désacralisé. De même que le metteur en scène refuse le formidable vecteur expressif qu’est la mémoire – le rocher de Brünnhilde entièrement différent à chaque journée estompe l’attachement au personnage, la densité temporelle de son vécu, l’impression qu’il attend depuis longtemps –, il refuse aussi la fonction cathartique de la violence.

    Alors il reste les mêmes idées, l’avidité – voracité des Nornes sur des restes animaux sanglants, images de gloutonnerie, vaste orgie de kebab au II –, le pétrole, le matérialisme – Gutrune plus préoccupée de traces de doigt sur les vitres de sa voiture de poche que de son honneur. Un savoir-faire aussi, et une scénographie toujours d’un gigantisme écrasant où le prosaïsme occupe la place centrale.

    Un goût de l’ironie enfin que Castorf renvoie à la fibre anarchiste de Wagner : la critique des contrats comme moyen non de coexister mais d’assujettir l’autre. Et si nous le suivons sur cette voie pour cultiver un regard critique sur les personnages et les enjeux du Ring, il nous semble cependant discutable de nier une des composantes fondamentales de la dramaturgie wagnérienne : la catharsis.

    C’est ce qui nous pose problème au final dans cette production. Émaillée de belles images, de bonnes idées, de citations – le cinéma muet, le gore, les images satellites militaires, le rôle-clé des Filles du Rhin, les vidéos malsaines d’une poupée frottée et souillée pendant le travestissement de Siegfried en Gunther –, elle se perd dans une dissolution systématique des situations critiques.

    Pendant le récit de Waltraute (Claudia Mahnke, toujours impériale, pourtant quelque peu huée), c’est Brünnhilde que l’on regarde. Au II, le kebab supplante Hagen ; pendant la mort de Siegfried, c’est Gunther que l’on regarde, puis les Filles du Rhin pendant l’immolation de Brünnhilde, enfin Hagen sur la chute du Walhalla. Le reste du temps, la vidéo fait diversion. On en rate souvent des éléments importants de l’intrigue, étourdi par une vidéo énigmatique, et on en oublie souvent d’écouter la musique.

    On regrettera aussi l’hermétisme de certains choix, telles ces images finales de Hagen emporté dans un canot gonflable, ou l’évocation superficielle de Wall Street où les Filles du Rhin iront décrocher un Picasso. Car les chanteurs sont plutôt honorables, à commencer par un Lance Ryan à tout prendre meilleur que dans Siegfried, et qui au moins prend des risques dans la demi-voix, sans que cela paye toujours. Catherine Foster étonne également, dans le II et à l’Immolation, après un prologue trop grave et malgré des aigus souvent bas.

    Le Gunther voyou d’Alejandro Marco-Buhrmester serait passionnant s’il ne braillait pas, ou s’il avait davantage la voix du rôle, seul truand d’envergure de ce Ring, et sa sœur (Allison Oakes) semble bien abimée à l’intérieur sous des dehors de potiche – sa manière de ravaler son amour-propre quand Siegfried la pelote pour qu’elle n’annule pas le mariage. Reste le Hagen postillonnant d’Attila Jun, caricature de basse wagnérienne, émission d’évier bouché avec des moyens qu’on imagine bien plus légers.

    Saluons enfin la prestation d’un chœur et d’un orchestre fabuleux de bout en bout, précis, subtils, variés. On pouvait tout entendre, des derniers détails aux masses les plus écrasantes, avec une dramatisation idéale, et le travail de Kirill Petrenko mériterait un éloge plus abouti. Mais la mise en scène de Castorf sollicite tant d’attention et de réflexion qu’elle laisse peu de temps pour se laisser aller à écouter la musique. Encore un coup de l’ironie (du sort)…




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 15/08/2014
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de Crépuscule des Dieux de Wagner dans la mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2014.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Götterdämmerung, troisième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Frank Castorf
    décors : Aleksandar Denić
    costumes : Adriana Braga Peretzki
    éclairages : Rainer Casper
    vidéo : Andreas Deinert & Jens Crull
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Lance Ryan (Siegfried), Alejandro-Marco Buhrmester (Gunther), Oleg Bryjak (Alberich), Attila Jun (Hagen), Catherine Foster (Brünnhilde), Allison Oakes (Gutrune), Claudia Mahnke (Waltraute / 2. Norn), Okka von der Damerau (1. Norn / Flosshilde), Christiane Kohl (3. Norn), Mirella Hagen (Woglinde), Julia Rutgliano (Wellgunde).

     



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