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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2019

Nouvelle production de Fierrabras de Schubert dans une mise en scène de Peter Stein et sous la direction d’Ingo Metzmacher au festival de Salzbourg 2014.

Salzbourg 2014 (6) :
Un Schubert de légende

© Monika Rittershaus

Rareté y compris en terre germanique, le Fierrabras de Schubert s’offre pour sa première programmation à Salzbourg un plateau de ceux qui ont fait la légende du festival, pas un rôle distribué de travers. Une soirée d’absolue qualité musicale, où la mise en scène très belle mais ultra conservatrice de Peter Stein passe au second plan.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 19/08/2014
Yannick MILLON
 



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  • Si depuis le dĂ©but de son mandat Ă  Salzbourg en 2012, Alexander Pereira avait rĂ©ussi Ă  très habilement mĂ©nager la chèvre et le chou concernant ses metteurs en scène, le cru 2014 du festival, son dernier, donne l’impression de tomber le masque (Charlotte Salomon pesante et didactique de Luc Bondy, Chevalier Ă  la rose rĂ©tro de Harry Kupfer et surtout Trouvère faussement moderne d’Alvis Hermanis).

    Dans le cas d’un ouvrage rare comme le Fierrabras de Schubert, on peut mieux comprendre la nécessité du premier degré face à une narration compliquée, même si l’on doit au même Pereira la production psychanalytique zurichoise de Claus Guth que le Châtelet avait présentée en 2006. Ajoutons qu’il y a ici nettement moins tromperie que dans le cas du Trouvère : le nom de Peter Stein sur une affiche laisse peu d’illusions.

    Le visuel de ce Fierrabras pourrait donc être celui de la création, décors avec frontispices et gravures en noir et blanc façon livre d’images, costumes naïfs, on se croirait dans la Cenerentola de Ponnelle exhumée par Nicolas Joel à Garnier. Reste que l’on croit au moins à cet univers de légende, façon Table ronde, jusqu’à même une scène de captivité dans la tour en trompe l’œil vraiment réussie.

    Remède imparable pour les allergiques à l’opera seria, l’ouvrage, qui ne compte que deux ou trois véritables airs, multiplie les duos, trios et ensembles plus larges et laisse une place de choix au chœur, commentateur permanent de l’action, tantôt à la manière des fileuses du Vaisseau fantôme, tantôt façon Chant des esprits sur les eaux ou chasseurs du Freischütz.

    Et si l’on se sent vraiment à Salzbourg ce soir, c’est que la musique a rarement été aussi royalement servie. Remplaçant Harnoncourt initialement programmé, Ingo Metzmacher, qu’on associe plus facilement aux répertoires moderne et contemporain, soigne la couleur et les équilibres, les rythmes afin de donner une belle continuité à une partition où les répétitions, l’absence de développements peuvent facilement virer au sur place.

    Et dès le premier accord en trémolos de cordes crescendo-decrescendo de l’ouverture, aux contrebasses présentes et délicates, on sent que le Philharmonique de Vienne est dans un grand soir, subtil et coloré, léger comme la plume, véritable manteau d’Arlequin traquant les moindres influences avec un art consommé qu’il partage avec des chœurs absolument somptueux, voix féminines idéales de rayonnement, impact du texte constant.

    Un écrin de rêve pour une distribution qu’on ne pourrait imaginer plus cohérente. Julia Kleiter est l’exact soprano blond en devenir qui convient à Emma, pureté de Pamina, aigus d’une radiance, d’une grisante facilité. Plus chaotique techniquement, Dorothea Röschmann est l’incarnation du théâtre, y compris dans le mélodrame, d’une intensité au moins aussi forte que le chant, Florinda d’une énergie du désespoir qui captive à chaque seconde.

    Majesté faite basse, le Charlemagne de Georg Zeppenfeld est l’incarnation même du plus haut rang social, rayonnement naturel du timbre, émission haute, sans écrasement aucun, l’inverse du Boland excellemment caractérisé de Peter Kálmán, aussi noir et charbonneux que son Fierrabras de rejeton est éclatant, Michael Schade idéal dans cet emploi semi-héroïque qui semble l’étape naturelle d’une émission de moins en moins mozartienne.

    Et si Markus Werba, égal, souverain, captive en Roland tellement plus qu’en son Papageno, la palme revient sans doute à l’Eginhard de Benjamin Bernheim, passé en un an du très modeste Comte de Lerme de Don Carlo (où le brillant de sa voix avait été un baume à nos oreilles en rade d’italianità) au deuxième ténor (qui chante pourtant nettement plus que le rôle-titre) de Fierrabras.

    Rien ne manque au jeune Français, excellent germaniste (les dialogues, impeccables), capable d’une demi-teinte à la Wunderlich (la sérénade, en état de grâce) comme d’éclats cuivrés et mordants, projetés avec insolence. Grandes s’ouvrent les portes d’une carrière d’exception, où il lui faudra juste veiller à ne pas systématiser les prises par-dessous. Une soirée de celles qui ont fait de Salzbourg un festival mythique.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 19/08/2014
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Fierrabras de Schubert dans une mise en scène de Peter Stein et sous la direction d’Ingo Metzmacher au festival de Salzbourg 2014.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Fierrabras, opéra héroïco-romantique en trois actes
    Livret de Joseph Kupelwieser

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Annamaria Heinrich
    Ă©clairages : Joachim Barth
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Michael Schade (Fierrabras), Julia Kleiter (Emma), Benjamin Bernheim (Eginhard), Dorothea Röschmann (Florinda), Markus Werba (Roland), Georg Zeppenfeld (König Karl), Peter Kálmán (Boland), Marie-Claude Chappuis (Maragond), Manuel Walser (Brutamonte), Franz Gruber (Ogier), Secil Ilker, Wilma Maller (Zwei Jungfrauen), Helmut Höllriegl (Ein maurischer Hauptmann), Michael Wilder (Ein Ritter).

     



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