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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2019

Première au festival d’été de Salzbourg de la Cenerentola de Rossini mise en scène de Damiano Michieletto, sous la direction de Christophe Spinosi.

Salzbourg 2014 (8) :
Le triomphe de la bonté

© Silvia Lelli

Loin du décevant jeunisme de sa Bohème, Damiano Michieletto propose une Cenerentola maîtrisée, actualisée, fouillée, sans interprétation plaquée artificiellement. Portée par une équipe proche de l’idéal, la production abonde en gags redoutablement efficaces et atteint parfaitement les objectifs de Rossini et son librettiste. Comme quoi la relecture n’est pas tout.
 

Haus für Mozart, Salzburg
Le 29/08/2014
Thomas COUBRONNE
 



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  • Assumant un merveilleux qui n’était pas tout à fait dans l’air du temps à l’époque de la création de Cenerentola à Rome, Damiano Michieletto respecte surtout l’optique privilégiée par le livret de Ferretti, et la fable allégorique d’une morale bien réelle, le « triomphe de la bonté ». Alidoro est donc tout naturellement un ange gardien qui passe la représentation, invisible quand il ne chante pas, à observer, manigancer, manipuler, déclencher l’orage, bref à récompenser Angelina pour sa bonté.

    Non loin de l’esprit du remake de 2011 du Così fan tutte de Claus Guth, cette thématique de l’ange donne la portée humaniste que le livret à lui seul pouvait avoir pour le public de Rossini, sans pour autant essayer de faire dire à la pièce ce que ses auteurs n’ont jamais imaginé. L’efficacité, la modernité dramatique reposent plutôt sur quelques personnages bien ficelés, quitte à accepter beaucoup d’aspects conventionnels du livret qui alimentent le comique du spectacle.

    Ainsi Don Magnifico tient vraiment son rôle central voulu par Rossini (seul à avoir deux airs) de par l’immédiateté et la cohérence qu’Enzo Capuano confère à cet homme violent, brisé, sorte de bandit déchu, pas du tout ridicule, italianità magnifique et prestance passionnante, dont la maturité de la voix, par-delà les limites techniques, apporte du pur théâtre et de l’épaisseur.

    Ses filles sont les sacrifiées de la production, tant vocalement – Lynette Tapia vinaigrée, sans médium ni matière, Hilary Summers en castrat fantomatique – que scéniquement : rien d’inattendu ne vient nuancer la méchanceté toute manichéenne de leur duo façon Laurel et Hardy.

    Si l’Alidoro d’Ugo Guagliardo s’empâte dans une émission souvent avalée, il propose en revanche un personnage gracieux, farceur, et apporte une vraie légèreté de lutin à un philosophe souvent austère, ici rayon de lumière qui connaît le mot de la fin ; on n’est pas si loin de cette subtile ambiguïté entre dramma et giocoso d’Alfonso chez Mozart.

    Savoureuse leçon d’autodérision d’un Nicola Alaimo idéal, gourmand, joueur, cabotin, qui apporte de l’eau à notre moulin sur le physique des chanteurs. Trop souvent, on leur reproche une corpulence manquant de crédibilité dans des rôles dramatiques (Siegmund cet été à Bayreuth) et de verser dans le ridicule ; mais ce Dandini hilarant, caricatural juste comme il faut quand il est travesti en Prince, est en réalité subtil, touchant, clairvoyant et dynamique. Qu’importent alors un aigu spontané pas toujours très fignolé, une agilité inégale ?

    Touchant et sympathique, le Ramiro de Javier Camarena est à tout point de vue un modèle : tantôt héroïque tantôt ductile, sa voix souple et gorgée de soleil est un enchantement à la hauteur d’une technique précise et d’une vraie sincérité en scène. La Bartoli n’a qu’à bien se tenir… Ce qu’elle fait avec le brio qu’on imagine, plasticité caméléon du chant, ici brillant, là androgyne, soudain à fleur de peau. Quelques prises par dessous abusives et un vibrato un rien encombrant sur certains aigus ne tempèrent en rien l’engagement d’une personnalité généreuse dans l’humour comme dans l’intériorité, qui interprète à chaque seconde.

    Reste l’Ensemble Matheus et son chef Jean-Christophe Spinosi, qui pèchent par excès de bonnes intentions. Soulignant chaque gag – et ils sont nombreux, le summum étant sans doute la dispute des choristes hommes travestis en prétendantes –, qui par un grincement, qui par un trille, ils insufflent une belle fantaisie au détriment d’une mise en place souvent approximative, d’un volume parfois excessif, d’un son discutable – pas un pianissimo de cordes qui ne soit sur le chevalet. Le chef affiche une vraie difficulté à synchroniser tous les passages cadentiels, et à gérer de problématiques prises de tempo.

    Vidéos drolatiques omniprésentes, scénographie de fast-food miteux transfiguré d’un coup de baguette magique en palace, habileté à rebondir sur chaque sous-entendu du livret, dont ces avances impayables de Dandini à un Magnifico pas loin de se prostituer pour revenir dans la cour des grands, poudre à récurer pour tout le monde en lieu de cadeau de mariage, on rit beaucoup dans cet opera buffa parfaitement maîtrisé et d’une redoutable efficacité.




    Haus für Mozart, Salzburg
    Le 29/08/2014
    Thomas COUBRONNE

    Première au festival d’été de Salzbourg de la Cenerentola de Rossini mise en scène de Damiano Michieletto, sous la direction de Christophe Spinosi.
    Gioacchino Rossini (1792-1868)
    La Cenerentola, ossia la Bontà in trionfo, dramma giocoso en deux actes
    Livret de Jacopo Ferretti

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Ensemble Matheus
    direction : Christophe Spinosi
    mise en scène : Damiano Michieletto
    décors : Paolo Fantin
    costumes : Agostino Cavalca
    éclairages : Alessandro Carletti
    vidéo : Rocafilm
    chœurs : Huw Rhys James

    Avec :
    Cecilia Bartoli (Angelina), Javier Camarena (Dandini), Enzo Capuano (Don Magnifico), Nicola Alaimo (Dandini), Ugo Guagliardo (Alidoro), Lynette Tapia (Clorinda), Hilary Summers (Tisbe).

     



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