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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Liederabend Schumann du baryton Matthias Goerne, accompagné au piano par Christoph Eschenbach à la salle Pleyel, Paris.

Le chant de l'intime
© Marco Borggreve

Véritable leçon de chant, cette soirée en compagnie de Matthias Goerne et Christoph Eschenbach est à marquer d'une pierre blanche. Jamais le baryton allemand n'aura paru si maître de ses moyens, tandis que l'accompagnement tout en retenue et en ombres portées forme un écrin incomparable à l'écriture schumanienne.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 26/10/2014
David VERDIER
 



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  • Le Liederabend exige autant de l'interprète que du public. C'est sans doute la raison qui explique la confidentialité d'un genre dans les programmes – une raison bien mauvaise à considérer l'affluence qui répond à ce récital de lieder de Schumann par Matthias Goerne et Christoph Eschenbach. Le vaste vaisseau de Pleyel n'a pourtant rien du cadre intimiste qui sied volontiers à ces musiques intérieures qui n'ont besoin que de quelques vers et d'un piano pour s'exprimer.

    Un surtitrage bienvenu permet d'éviter toutes les scories bruiteuses qui perturbent immanquablement ce genre de récital. On aura même à plusieurs moments de la soirée l'impression que l'espace et l'attention se concentrent dans un silence de bon augure.

    La première partie joue sur l'alternance de deux cycles (Frauenliebe und –leben et Dichterliebe), dont le premier est si souvent dévolu à une voix féminine qu'il nous faut un certain temps avant de s'accoutumer à l'entendre dans la lumière sombre d'un baryton. Chamisso dessine en creux les méandres d'une vie sentimentale féminine, depuis les premiers émois jusqu'à la mort de l'époux en passant par les fiançailles et la maternité. La naïveté de la prosodie est rendue par l'entre-deux distancié qu'entretient la voix masculine.

    Obstinément dans le masque, Goerne nasalise excessivement son Seit ich ihn gesehen, très retenu par un clavier précautionneux. Le flux se libère progressivement dans Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben, tandis que les suspensions de l'accompagnement exposent davantage le chant, le contraignant à grossir la ligne et creuser dans les soubassements.

    Les efflorescences du piano travaillent la couleur au détriment de l'impact rythmique (Du Ring an meinem Finger) mais au fond, qui s'en plaindrait ? Cet art de l'accompagnement touche au sublime et séduit par l'immédiateté des intentions qu'il parvient à rendre sensible. Un pur mauvais esprit viendrait ici rappeler que Christoph Eschenbach réussit au piano ce qu'il manque trop souvent au pupitre.

    Dans Dichterliebe, Goerne se joue avec brio des étirements maximalistes de son diable de pianiste. La flexibilité des phrases est sans cesse attentive aux inflexions du chant, sans jamais contrarier les respirations – si difficiles à dissimuler dans ce cycle. On admire ce Wenn ich in deine Augen seh’ qui s'élève et s'arrête sur une déclaration d'amour chuchotée avant de reprendre son cours.

    Ich grolle nicht est livré dans une rage non feinte, escamotant au passage la montée à l'aigu mais sans perdre de vue le message à délivrer. Maître de ses moyens comme rarement, le baryton allemand se livre à une véritable leçon de parlando expressif dans un Ich hab’ in Traum geweinet d'anthologie, si proche du Doppelgänger schubertien.

    Difficile de redescendre après de tels sommets. Les Kerner-Lieder op. 35 ne relâchent pas la pression ; au contraire même, ils prolongent le désespoir déjà exprimé dans Dichterliebe. L'usage des tonalités bémol y est quasi généralisé (Wanderlust et Wanderung), si bien que les trouées d'espoir qui ramènent à un do majeur apaisé finissent par surprendre tant on ne les espérait plus. Matthias Goerne fait ici entendre la leçon qu'il donnait déjà dans son Schwanengesang et sa Schöne Mullerin.

    La voix se fait paysage et balaie d'un regard une nature parcourue à l'imitation d'un voyage sentimental. Erstes Grün est superbe d'énergie et d'élan, tandis que Stille Tränen nous cloue littéralement sur notre fauteuil. Une immense soirée.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 26/10/2014
    David VERDIER

    Liederabend Schumann du baryton Matthias Goerne, accompagné au piano par Christoph Eschenbach à la salle Pleyel, Paris.
    Robert Schumann (1810-1856)
    Frauenliebe und -leben op. 42
    Dichterliebe op. 48
    Zwölf Gedichte von Justinus Kerner op. 35
    Matthias Goerne, baryton
    Christoph Eschenbach, piano

     


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