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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Concerts de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Youri Temirkanov, avec la participation du violoniste Vadim Repin et du pianiste Boris Berezovski au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Russes corps et âme

Yuri Temirkanov et l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg poursuivaient leur tournée triomphale à Paris avec deux concerts exclusivement russes pour le meilleur d’un répertoire dont ses interprètes partagent l’atavisme. Vadim Repin dans Prokofiev et Boris Berezovski dans Tchaïkovski en furent les solistes habités.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 13/11/2014
Claude HELLEU
 



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  • La profondeur des sonorités saisit l’écoute dès les premières notes du Concerto pour violon n° 2 de Prokofiev. À celle du Guarneri del Gesu (Lafont, 1736) de Vadim Repin, celles de l’orchestre se mêlent idéalement. Sous la direction de Yuri Temirkanov, leur expressivité entoure, rehausse celle du soliste qui semble aussi bien l’entraîner que s’y fondre.

    Éloquence des violoncelles, personnalité des bois au sein de pupitres remarquables, tous et chacun exaltent le même engagement à relever les provocations diaboliques de la partition et leurs forces intérieures. Il porte l’Allegro ben marcato à ses sommets. Une sorte de fureur en exacerbe les témérités. La folie ainsi maîtrisée est acclamée et bissée dans l’ivresse de ses prouesses.

    Tchaïkovski, Berezovski, Temirkanov et l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg nous invitent le lendemain à leur Concerto pour piano n° 1. Au point de perfection technique et de maîtrise atteintes par les interprètes du compositeur, leur identification devient palpitante. Une évidence, sans une faille.

    Dès les premiers accords arrachés à l’orchestre puis au piano, la complicité du chef et du soliste s’impose. Rigueur et liberté, puissance et légèreté, calme et virulence relèvent de la même inspiration, la même impulsion, la même respiration. Les échanges fusent.

    Hérault impérial, éblouissant d’aisance, le jeu aussi souple que percutant, le piano sait aussi bien répondre à la flûte, accompagner le violoncelle, se fondre aux cordes, s’accorder aux vents. Le lyrisme règne, grandiose, exalté, maîtrisé. L’écoute réciproque révèle des prodiges d’harmonies dans la partition ainsi pénétrée. Bonheur absolu et partagé de tous.

    La Sixième Symphonie de Tchaïkovski, celle que le compositeur disait la plus sincère et sa préférée, chef et orchestre la transcendent le premier soir. Sa gravité nous recueille dès la première minute, basses somptueuses, méditation du basson telle une prière. Intensité calme encore, et ravage d’une explosion de colère. Imperturbable, Temirkanov, petit homme sec enraciné dans le sol, jambes légèrement écartées, géant musical du répertoire russe, souffle le feu et l’angoisse au cœur de l’inspiration de Tchaïkovski.

    Trombones hallucinés, cuivres plongeant dans des profondeurs abyssales, émergence, changement de lieu mais à peine de climat sous d’autres cieux, nous nous retrouvons au bal, le climat s’alourdit, s’épaissit, l’évocation du plaisir d’une valse à cinq temps se rigidifie, vents et cordes exacerbant tour à tour leur éloquence.

    Et c’est le Scherzo. Dionysiaque ? Rythmes et virtuosité impérative, leurs forces suffocantes élèvent cet Allegro molto vivace unique en son genre vers on ne sait quel triomphe, colossal, morceau de bravoure devenu gageure gagnée sur l’homme et ses faiblesse. La plénitude atteinte ne saurait durer.

    Le désespoir et la résignation retrouvent dans l’extrême grave le recueillement d’où était monté ce souffle d’émotions. Le silence du Théâtre des Champs-Élysées, archicomble, un long temps, lui répond. C’est le visage encore marqué que Temirkanov se retourne vers un public en extase.

    En revanche, sourire radieux le dernier soir face aux acclamations qui saluent l’éblouissante suite du Lac des cygnes dans la version que le chef a tirée du ballet de Tchaïkovski, ballet qu’il a dirigé pendant des années au Bolchoï et que son orchestre ressuscite. Les musiciens remplacent les danseurs.

    La grâce succède aux envolées, entrechats, portées, les évocations vivent, les bois tels des petits rats sur les pointes, la harpe en solo rejointe par le premier violon, leur pas de deux, l’entrée du premier violoncelle, son duo avec le premier violon, ici la trompette, là le hautbois, et ce vol de tous les oiseaux pour finir, devenu lourd, dramatique, on pense au film de Hitchcock, on s’émerveille de la cohésion de l’orchestre.

    La perfection existe, Temirkanov et le Philharmonique de Saint-Pétersbourg le prouvent. Grâces leur soient rendues !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 13/11/2014
    Claude HELLEU

    Concerts de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg sous la direction de Youri Temirkanov, avec la participation du violoniste Vadim Repin et du pianiste Boris Berezovski au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    12 novembre :
    Sergueï Prokofiev (1891-1953)
    Concerto pour violon n° 2 en sol mineur op. 63
    Vadim Repin, violon
    Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 6 en si mineur op. 74, « Pathétique »
    13 novembre :
    Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur op. 23
    Boris Berezovsky, piano
    Le Lac des cygnes (suite d’orchestre)
    Version de Yuri Temirkanov
    Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg
    direction : Yuri Temirkanov

     


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