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CRITIQUES DE CONCERTS 01 juin 2020

Première à l’Opéra de Lyon de Rusalka dans la mise en scène de Stefan Herheim, sous la direction de Konstantin Chudovski.

Rusalka et les maquereaux
© Jean-Pierre Maurin

Pour les fĂŞtes, l’OpĂ©ra de Lyon a choisi de programmer la Rusalka de Dvořák dans la mise en scène dĂ©jantĂ©e de Stefan Herheim, s’appuyant sur une magnifique scĂ©nographie pour multiplier ses grilles de lecture au crible de la sensibilitĂ© contemporaine. Une excellente direction et un plateau honnĂŞte concourent Ă  rendre la production grisante.
 

Opéra national, Lyon
Le 19/12/2014
Yannick MILLON
 



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  • La Rusalka de Dvořák continue de titiller l’imaginaire glauque des metteurs en scène contemporains, qui tendent tous Ă  y voir un conte cauchemardesque sur la condition fĂ©minine. Mais lĂ  oĂą d’aucuns se contentent d’un constat noir, Stefan Herheim, Ă©ternel ludion de la scène lyrique, se paie un spectacle menĂ© tambour battant, non dĂ©pourvu d’humour.

    Fidèle à lui-même, le Norvégien foisonne d’idées tant dans le concept que dans le travail d’acteurs en arrière-plan, et dans un décor unique impressionnant de possibilités dramatiques de Heike Scheele : un carrefour bordé d’immeubles et de boutiques à l’ombre d’un saule et d’une grosse église, lieu de passage se métamorphosant au fil des heures, entrée de métro sordide face à un sex-shop la nuit, fleuriste face à une enseigne de robes de mariée le jour, étal d’une boucherie le matin des noces.

    Avec son habileté coutumière à illustrer en images le caractère musical, il nous amuse d’un ballet spasmodique de poupées gonflables hystériques et de tabourets de bar animés sur le refrain orchestral de la première scène, de la même manière qu’il convoquera une orgie marine au II, ondines entre Botero et la Cour des miracles et bonnes sœurs fanatiques lutinées par des créatures des profondeurs.

    Pauvre hère persécuté par les femmes, l’Ondin revit l’humiliation subie, petit garçon, par trois filles délurées dans un bar à glaces, harassé par une épouse qui n’est autre que la Princesse étrangère, et fera payer ses frustrations à sa propre fille qu’il mettra sur le trottoir.

    Mais si la prostitution était au centre de la mise en scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito à Salzbourg, et la séquestration au cœur de celle de Martin Kušej à Munich, le proxénétisme reste périphérique dans cette approche traitant avant tout de la réminiscence, des vies parallèles, l’Ondin trouvant en la relation de Rusalka et du Prince un écho à son propre mariage. Et Stefan Herheim de présenter en lever de rideau une longue scène muette répétée à l’identique, illustrant un éternel recommencement.

    Données psychanalytiques, personnages souvent dédoublés, cette mise en scène schizophrène, impossible à décrypter du premier coup, gagnerait à être revue pour venir à bout d’une surabondance d’idées dont on peut penser, malgré une indéniable créativité, qu’elle nuit à la clarté de l’intrigue.

    Le tomber de rideau donne pourtant quelques pistes : derrière un cordon de sécurité, l’Ondin est arrêté par la police pour le meurtre de son épouse, augurant peut-être d’autres crimes commis par un personnage ayant tout du tueur en série. On regardera donc avec d’autant plus d’intérêt le DVD du spectacle capté à la Monnaie que vient d’éditer EuroArts.

    Pour servir ce joyeux et stimulant foutoir, la distribution offre de solides sinon inoubliables prestations. Camilla Nylund, souvent absorbée par l’orchestre dans le médium, a toujours cette couleur cendrée à la Karita Mattila et quelques aigus bien dardés pour composer une Rusalka crédible.

    Perdant parfois sa justesse au II, la voix tonnante de Károly Szemerédy laisse un Vodník taillé à merveille pour la mise en scène : frustré, vengeur et ombrageux, plus désespéré que père aimant, face à la Sorcière chaotique d’émission, plus large que vraiment accrochée, de Janina Baechle, dont l’engagement fait plaisir à voir.

    Harpie n’ayant que le cri comme moyen d’expression, la Princesse étrangère d’Annalena Persson fait froid dans le dos, bien mal appariée au Prince façon beau ténor russe, jamais rugissant mais très présent de timbre, de Dmytro Popov, révélation de la soirée. Enfin, les chœurs, excellents, et les Fées des bois, particulièrement les deux voies aiguës, acidulées, typiquement tchèques, offrent dans leur scène du III en poupées possédées un moment de chant parfaitement idiomatique.

    Tout ce petit monde est guidé par un Konstantin Chudovski à la battue captivante, prenant le temps d’installer un climat avec toute l’efficacité dramatique des silences, portant la trame orchestrale à ébullition dans une lecture fine et tranchante, timbres acérés, juste couleur sonore, même si la trompette de l’Orchestre de l’Opéra inviterait ce soir plutôt au désespoir. Au final un spectacle moins uniment divertissant que ceux que proposent généralement les salles pour les fêtes, nouveau bon point pour Serge Dorny.




    Opéra national, Lyon
    Le 19/12/2014
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Lyon de Rusalka dans la mise en scène de Stefan Herheim, sous la direction de Konstantin Chudovski.
    AntonĂ­n Dvořák (1841-1904)
    Rusalka, conte lyrique en trois actes (1901)
    Livret de Jaroslav Kvapil

    Coproduction avec la Monnaie de Bruxelles et l’Opéra de Graz

    Chœurs, Studio et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Konstantin Chudovski
    mise en scène : Stefan Herheim
    décors : Heike Scheel
    costumes : Gesine Völlm
    éclairages : Wolfgang Göbbel & Stefan Herheim
    vidéo : Fettfilm Berlin
    préparation des chœurs : Zsolt Czetner

    Avec :
    Camilla Nylund (Rusalka), Dmytro Popov (le Prince), Károly Szemerédy (Vodník), Janina Baechle (Ježibaba), Annalena Persson (la Princesse étrangère), Michaela Kušteková (Première fée des bois), Veronika Holbová (Deuxième fée de bois), Yete Queiroz (Troisième fée des bois), Roman Hoza (un chasseur / un prêtre), Brian Bruce (un boucher), Yannick Berne (un policier).

     



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