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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Rafael Payare au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La peur n’évite pas le danger
© Luis Cobello

Grosse affluence ce mardi soir au Théâtre des Champs-Élysées pour accueillir le nouveau poulain du vivier vénézuélien de musiciens formés par El Sistema. Le jeune chef Rafael Payare, aussi austère que son compatriote Gustavo Dudamel est flamboyant, ne parvient pas à faire sortir de ses gonds un Philharmonique de Vienne étrangement terne.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 20/01/2015
Yannick MILLON
 



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  • On en est sans doute au tout début de l’émergence sur la scène internationale de nouveaux jeunes chefs vénézuéliens formés par José Antonio Abreu, fondateur du fameux Sistema dont les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar et leur charismatique leader Gustavo Dudamel sont les plus éminents ambassadeurs.

    À l’origine confiée à Lorin Maazel, disparu en juillet dernier et à qui est dédié le concert, cette soirée symphonique est finalement l’occasion de découvrir un nouveau talent de la baguette issu d’un vivier pour le moins prometteur. C’est donc dans un TCE plein comme un œuf, où l’on se bouscule pour passer le contrôle en raison du raccord tardif de l’orchestre et des fouilles Vigipirate à l’entrée, que les Parisiens découvrent ce Rafael Payare précédé par une solide réputation et par un pedigree pour le moins enviable à tout juste 34 ans.

    Le programme de ce concert est en outre exactement celui qu’avait choisi un Zubin Mehta à son meilleur en avril 2001 dans la même salle et avec le même orchestre, petite stimulation supplémentaire pour le spectateur avide de prestations orchestrales d’exception. Mais dès les mesures introductives de la Symphonie inachevée de Schubert, on s’interroge face à cette battue autonome, déconnectée, dont l’orchestre semble ne pas vouloir suivre l’allure.

    Sérieux, un peu raide même, le jeune maestro, avec ses petites lunettes sévères, son épaisse tignasse et sa manière de saluer sans baisser le regard, distille d’emblée un sentiment d’indétermination qui ne nous quittera plus de la première partie. Tempo mal assuré, incapacité à tenir une ligne interprétative, entre une volonté manifeste d’alléger les textures et de faire avancer le discours et le son tranquillement assis, presque rondouillard, des Wiener, l’art du Vénézuélien laisse perplexe.

    Tout particulièrement dans un Andante con moto sans ossature, mettant en valeur çà et là quelques détails jamais cruciaux, préférant noyer le choral des vents, parfaitement indistinct, sous des cordes omniprésentes, visiblement très à l’aise de phraser à plein archet. Mais à aucun moment ne se dégage un vrai climat, une vraie angoisse ou un quelconque questionnement.

    Sans faute de goût, Payare déroule vingt-cinq minutes de musique probes mais tout à fait insipides, à la tête de Viennois somptueux de cordes mais fragiles d’embouchure, et au son plutôt dur dans des tutti un peu mats. On s'imagine alors que ce tour de chauffe prélude à une deuxième partie enflammée, qui aurait focalisé toute l’attention et tout le travail du jeune chef.

    Mais dès l’appel de cuivres liminaire de l’Andante sostenuto ouvrant la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski, on ressent comme un malaise face à une battue lourde, trop lente, poussive dans les crescendi, qui à trop vouloir éviter tout clinquant garrotte des Wiener Philharmoniker souvent en terre d’élection dans ce répertoire.

    Docte, le jeune chef, sans ligne directrice ou visée claire, se perd dans les transitions et développements, ne parvenant qu’in extremis à rattraper un climax assez mal engagé, discours sans lignes de force, accompagnements de cordes mécaniques sous des solos pas toujours irréprochables. Surtout, l’orchestre expose ce soir une vilaine saturation dans la masse assez inédite.

    De nouveau trop tangent quant à la stabilité du tempo, le mouvement lent reste pourtant le plus beau moment de cette exécution, grâce notamment aux violoncelles dans le médium, d’une fragilité et d’une finesse sans équivalent, et à des bois touchants par leurs nuances risquées, notamment chez l’impérial Daniel Ottensamer, digne héritier de son clarinettiste de père.

    Et si dans les premières mesures du Finale, on trouve enfin l’électricité, la fougue qu’on avait imaginées d’un bout à l’autre de cette partition tout sauf tiède ou professorale, l’enthousiasme retombe à la même vitesse que la nuance dans des épisodes secondaires un peu ânonnés. Et l’on n’est guère plus convaincu par cette coda qui fait admirablement monter la tension avant de poser lourdement un dernier accord coupé avec un amorti un rien baveux. Preuve que la peur de trop en faire au pupitre n’évite en rien le danger d’accoucher d’une interprétation sans hauteur dramatique.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 20/01/2015
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Rafael Payare au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Symphonie n° 8 en si mineur, « Inachevée »
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36
    Wiener Philharmoniker
    direction : Rafael Payare

     


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