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CRITIQUES DE CONCERTS 18 août 2018

Concerts hommage à Pierre Boulez par le SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg sous la direction de François-Xavier Roth au Théâtre et au Festspielhaus de Baden-Baden.

Un hommage exemplaire

Durant toute une journée, Baden-Baden a fêté Pierre Boulez à l’occasion de ses 90 ans. Musiciens français et le SWR Sinfonieorchester de Baden-Baden/Freiburg ont parcouru toute la carrière du compositeur à travers trois concerts sous la férule d’un François-Xavier Roth qui réalise l’exploit de diriger pas moins de six œuvres du maître dans la journée !
 

Festpielhaus, Baden-Baden
Le 18/01/2015
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • Si Paris fêtera ses 90 ans en mars à travers un Week-end Boulez à la Philharmonie et une exposition à la Cité de la Musique, c’est Baden-Baden qui offre l’hommage le plus puissant à cette personnalité phare du XXe siècle. Pourquoi Baden-Baden ? Parce que c’est là que le Français dirigea son premier orchestre (Radio du Südwestfunk, celui-là même qui joue en ce dimanche) et, accessoirement, car c’est aussi à Baden-Baden que réside le compositeur, à quelques pas du Festspielhaus. Pour autant, souffrant, Pierre Boulez n’a hélas pu se présenter au public pour cet hommage.

    La fête n’en a pas moins tourné au feu d’artifice du fait d’une programmation exemplaire, qui couvrait tous les genres et toutes les périodes de l’œuvre boulézien, et surtout, magnifiquement interprétés non seulement par les musiciens aguerris du SWR Sinfonieorchester (de longue date l’orchestre allemand le plus spécialisé en musique contemporaine) mais aussi par une superbe brochette de musiciens français fidèles du compositeur.

    Trois concerts sont donnés entre l’adorable petit théâtre de la ville et le Festspielhaus, plus grande salle d’Europe après l’Opéra Bastille. La journée commence à 11 h avec un impérial Jean-Guihen Queyras offrant une lecture très éloquente de Messagesquisse pour violoncelle solo et six violoncelles. Alain Billard lui succède pour une interprétation tout aussi magistrale de Domaines pour clarinette et 21 instruments, où l’instrument soliste s’adresse tour à tour aux différents groupes instrumentaux. Le clarinettiste impressionne par son immense palette de couleurs et de nuances.

    Le concert de l’après-midi nous plonge dans les sonorités électroniques créées en temps réel à partir des sons instrumentaux grâce à une technologie que Boulez développa à l’IRCAM dès les années 1980. Anthèmes 2 est un exemple particulièrement représentatif de cette esthétique fascinante où le geste instrumental est prolongé par l’électronique offrant ainsi un espace démultiplié et un kaléidoscope de couleurs totalement fascinant et hypnotisant. La violoniste Hae-Sun Kang, jouant par cœur, se montre renversante par sa virtuosité, son assurance et sa sérénité.

    Le Marteau sans maître nous fait revenir plus de trente ans en arrière, et il faut avouer que le choc est un peu rude. Nulle recherche de séduction sonore ici en effet mais une certaine aridité dans cette musique « de porcelaine » avec un traitement de la voix qui, avouons-le, a un peu vieilli. Pourtant, la soprano Donatienne Michel-Dansac, très investie, est impeccable, tout comme les solistes du SWR dont il faut distinguer l’excellente flûtiste Anne Romeis.

    Le concert de la soirée nous replonge dans l’électronique avec ...explosante-fixe... pour flûte MIDI, jouée par une Sophie Cherrier impériale, deux flûtes acoustiques (Anne Romeis de nouveau et Dagmar Becker, exemplaires l’une comme l’autre) et ensemble instrumental. Là encore, les sons instrumentaux et les couleurs de l’électronique fusionnent dans un maelström tout à fait fascinant donnant presque le vertige.

    Comme dans le concert de l’après-midi, nous revenons ensuite en arrière avec la Première Sonate pour piano, une œuvre de 1946 anguleuse, nerveuse mais également pleine d’un lyrisme ardent et fougueux. Pierre-Laurent Aimard la joue avec une aisance confondante et captive de la première à la dernière note. Dérive 1 qui suit hypnotise tout autant par son écriture harmonique et le travail sur la résonance, donnant presque l’illusion que l’électronique est toujours présente. On reconnaît des climats voire des traits virtuoses proches de Répons.

    Cette journée exceptionnelle se termine avec les 12 Notations, sorte de synthèse de l’art boulézien puisqu’il s’agit au départ d’une œuvre de jeunesse pour piano seul (1945) révisée dans les années 1980 puis orchestrée, en partie hélas, pour une énorme formation d’environ cent vingt musiciens et donc gorgée de couleurs.

    Avant d’être superlativement interprétées par le SWR Sinfonieorchester de Baden-Baden und Freiburg, les Notations sont tout d’abord entendues au piano par la remarquable Tamara Stefanovich. Huit d’entre elles font l’objet d’une chorégraphie réalisée par Yasha Wang et destinée à une trentaine d’élèves d’école primaire. Ce pont jeté entre les générations est, d’emblée, extrêmement émouvant.

    Il faut enfin amplement féliciter François-Xavier Roth, directeur de l’orchestre, qui, véritable exploit, a dirigé en cette seule journée par moins de six œuvres de Boulez. La tranquille assurance du chef, arborant une gestique sobre et précise (très boulézienne) n’a cessé d’impressionner. On connaît certes des lectures plus tranchantes et flamboyantes (notamment des Notations), mais le chef sait donner une parfaite lisibilité aux partitions et mettre en valeur la luxuriance de cette musique fascinante.

    Cette journée d’hommage ne comportait pas que de la musique mais également des entretiens, causeries et même une saynète drolatique de Loriot (sorte de Gerard Hoffnung allemand) intitulée Die Opernsorengung fondée en partie sur les propos de Boulez lorsqu’il affirmait qu’il fallait « faire sauter les maisons d’opéra » (clin d’œil au Boulez radical et polémiste des années 1950-1960).

    Un immense bravo en tout cas au Festspielhaus de Baden-Baden et à son intendant Andreas Mölich-Zebhauser pour avoir programmé cette journée exceptionnelle, et bon anniversaire Monsieur Boulez ! Nous nous permettons un souhait : que le compositeur poursuive l’orchestration des Notations afin de nous offrir l’une des plus magistrales compositions orchestrales d’aujourd’hui.




    Concert du soir visible sur CONCERT ARTE TV jusqu’au 18 avril.




    Festpielhaus, Baden-Baden
    Le 18/01/2015
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Concerts hommage à Pierre Boulez par le SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg sous la direction de François-Xavier Roth au Théâtre et au Festspielhaus de Baden-Baden.
    Pierre Boulez (*1925)
    Messagesquisse
    Domaines
    Anthèmes 2
    Le Marteau sans maître
    ...explosante-fixe...,
    Première Sonate pour piano
    Dérive 1
    Notations I, IX, VII, V, XII, IV, II et VIII pour piano
    Notations I, VII, IV, III, II pour orchestre

    SWR Sinfonieorchester de Baden-Baden und Freiburg
    direction : François-Xavier Roth

     


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