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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Version de concert de Niobe de Steffani sous la direction de Paul O’Dette et Stephen Stubbs au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Steffani ressuscité
© Simon Fowler

Avec cette production de Niobe, œuvre aux multiples facettes créée à la toute fin du XVIIe siècle, le public parisien a enfin l’occasion de découvrir un opus lyrique intégral d’Agostino Steffani. Portés à l’incandescence par les musiciens de l’orchestre du Boston Early Music Festival, les chanteurs s’en donnent à cœur joie.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 24/01/2015
Yves JAUNEAU
 



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  • La Niobe de Steffani a déjà connu à trois reprises les honneurs de la scène à l’étranger, notamment au Royal Opera de Londres en 2010. En France, après Mérignac et Versailles, c’est Paris qui découvre enfin l’œuvre, dans une production venue d’outre-Atlantique et qui fait écho à un enregistrement intégral tout juste paru (Erato). Si le récital Mission de Cecilia Bartoli avait en 2012 révélé au grand public le nom d’Agostino Steffani et quelques pépites de sa plume, il restait à confirmer qu’une intégrale parviendrait à soutenir l’intérêt nouveau porté à ce compositeur longtemps demeuré dans l’oubli.

    C’est chose faite ce soir au Théâtre des Champs-Elysées, comme en atteste l’extrême concentration du public tout au long des trois heures de représentation. Présentée en grande pompe à la cour de Munich en 1688, Niobe repose sur le mythe grec de la reine de Thèbes, autour duquel se greffent de multiples intrigues secondaires.

    Elle constitue aujourd’hui une fascinante passerelle entre l’opéra vénitien du XVIIe siècle (succession de passages chantés très brefs, incursion du comique dans le drame via le personnage de Nerea la nutrice), l’opéra seria du début du XVIIIe siècle (avec des arias déjà structurés sous la forme de capo) et la tragédie lyrique (ouverture à la française, danses). Pour autant, même raccourcie d’une heure pour le concert, la version de Niobe proposée ce soir, reconstituée par le tandem Paul O’Dette-Stephen Stubbs à partir de nombreuses éditions autographes et livrets, ne tombe jamais dans le pasticcio indigeste.

    Quant à la distribution, honneur à la reine Karina Gauvin, dont l’incarnation est prodigieuse à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la déclamation, du style, de la virtuosité ou encore de la projection. Toujours juste dans l’expression, que ce soit celle de la fureur ou de la désolation, la soprano n’est jamais mise en défaut par l’écriture, ni par la tessiture relativement centrale du rôle – au contraire de Mozart ou Haendel, où elle est parfois poussée dans ses retranchements. Son Funeste immagini final, tétanisant d’intensité, a semble-t-il glacé le sang de nombre de spectateurs.

    La renommée de Philippe Jaroussky est pour beaucoup, on s’en doute, dans le fait d'avoir pu mener à bien un tel projet. A posteriori, on comprend l’acharnement du contre-ténor tant le personnage du roi Anfione lui permet de briller en termes de virtuosité (délirantes coloratures dans Tra bellici carmi au II) et de faire valoir le délicat maniérisme de son chant. Créé par le castrat Clement Hader (il Clementino), véritable star de la cour de Bavière, le rôle a sans doute particulièrement intéressé Steffani, qui il lui offre les passages les plus stupéfiants de l’œuvre, notamment à la mort du personnage au III, où les chromatismes très osés sont rendus à merveille.

    Dans le rôle de Creonte, roi de Thessalie, on regrette le relatif manque de présence du contre-ténor Maarten Engeltjes, notamment dans son air du III où il doit vocaliser dans un déluge de trompettes. D’une équipe de chanteurs par ailleurs bien distribuée, on retiendra un couple Manto/Clearte tout en délicatesse (Teresa Wikim et Colin Balzer) ou encore le panache des deux basses : Jesse Blumber en Poliferno et Christian Immler (ancien alto Tölzer Knabenchor) en Tiresia, tous deux percutants dans l’incarnation et limpides dans la vocalise.

    Porté par un continuo (clavecin, orgue, harpe, guitare, luths) toujours inventif, l’orchestre du Boston Early Festival dirigé par le premier violon Robert Mealy, soutient à merveille cette équipe vocale. En témoignent un rythme toujours parfait (pas de temps mort, de subtils enchaînements entre les nombreux morceaux) et une ivresse sonore de tous les instants, qu’elle soit festive (trompettes et percussions s’en donnent à cœur joie) ou plus intimiste (accompagnement des duos tel T'abbraccio, mia Diva, ou encore cet ensemble de violes dans l’air d’Anfione au Palais de l’Harmonie au I).

    Aux luths, très discrets, les deux initiateurs de cette résurrection, Paul O’Dette et Stephen Stubbs semblent éblouis, comme nous, par le trésor musical ce soir ressuscité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 24/01/2015
    Yves JAUNEAU

    Version de concert de Niobe de Steffani sous la direction de Paul O’Dette et Stephen Stubbs au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Agostino Steffani (1654-1728)
    Niobe, dramma per musica en trois actes (1688)
    Livret de Luigi Orlandi d’après les Métamorphoses d’Ovide
    Karina Gauvin (Niobe)
    Philippe Jaroussky (Anfione)
    Teresa Wakim (Manto)
    Christian Immler (Tiresia)
    Aaron Sheehan (Clearte)
    Maarten Engeltjes (Creonte)
    Jesse Blumberg (Poliferno)
    José Lemos (Nerea)
    Colin Balzer (Tiberino)
    Orchestre du Boston Early Music Festival
    direction : Paul O’Dette & Stephen Stubbs

     


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