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CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

Nouvelle production de la Clémence de Titus dans une mise en scène de Katharina Thoma et sous la direction d’Andreas Spering à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.

Tout est pardonné ?
© Alain Kaiser

Cette Clémence de Titus strasbourgeoise expose avec brio la palette sémantique qui relie chez Mozart, le pouvoir tyrannique à la démocratie. La raison d'Etat triomphe difficilement des aspirations du peuple à vouloir se venger des criminels. Un opera seria de la politique, une injonction à la tolérance et au respect signée Katharina Thoma.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 08/02/2015
David VERDIER
 



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  • L'idĂ©e d'un dĂ©cor tournant n'est pas une nouveautĂ© en soi, et rĂ©pond gĂ©nĂ©ralement Ă  l'impĂ©ratif de reprĂ©senter plusieurs espaces en un seul. Katharina Thoma l'utilise dans le but de montrer la proximitĂ© et la mobilitĂ© psychologiques ainsi que les rĂ©seaux relationnels entre les personnages. Cette ClĂ©mence de Titus s'ouvre sur cette vertigineuse rotation d'images et de lieux. On passe librement d'un espace Ă  un autre en poussant une porte ou en pĂ©nĂ©trant entre deux cloisons. Le regard intrusif du spectateur circule dans l'intimitĂ© des situations Ă  la manière du système de surveillance des prisons-panoptiques dĂ©crit par Michel Foucault.

    Cette manière de combiner décors et personnages ouvre des perspectives intéressantes à une scénographie par ailleurs basée sur la violence des caractères et les enjeux politiques de cette soi-disant clémence. Trois situations combinent le personnage à son rôle dans l'action : Titus en son palais de marbre, Vitellia dans le bureau-antichambre et Annius et Servilia dans un jardin isolé propice aux rencontres.

    La question du pouvoir et de ses limites plane sur des personnages placĂ©s Ă  la limite d'un tournage de Pasolini ou de Fassbinder. C'est Ă©galement la problĂ©matique de l'autoritĂ© et du peuple qui s'installe progressivement Ă  travers des allusions Ă  l'actualitĂ© souvent explicites : « tout est pardonnĂ© Â» Ă©crira Titus en guise de rĂ©ponse Ă  ceux qui viennent rĂ©clamer vengeance. L'action semble tourner autour de Servilia, son autre point de rotation.

    Posé sur l'étagère où trône l'imposante collection de bustes des prédécesseurs de Titus, le miroir dans lequel elle se regarde en dit long sur ses intentions. Elle ne donne pas excessivement dans la castration et la domination pour imposer son statut d'amoureuse ivre de pouvoir. Le désarroi de Sesto apparaît naturellement par la crédibilité du jeu et des situations, le résultat est très fin et très convaincant. Interrompant le happy end consensuel, Sesto s'empare d'un fusil et file se suicider en coulisse – geste fort en réponse à une clémence qui a tout du geste politique face à la colère du peuple.

    Jacquelyn Wagner est une Vitellia parfaitement en phase avec les intentions de la mise en scène de Katharina Thoma. La voix déliée et enjôleuse se mêle à la plastique d'une vamp hitchockienne. Un registre grave un peu retrait ne suffit pas à gâcher notre plaisir, surtout dans les agilités (Deh se piacer) et le legato furibond (Non piú di fiori).

    Le Sextus de Stéphanie d'Oustrac se hisse sans difficulté parmi les plus belles satisfactions de cette soirée. Déployant une énergie féline et un timbre très dense, la mezzo séduit jusque dans cette infime fêlure dans l'aigu (Parto). Des lauriers également pour le Titus de Benjamin Bruns, ténor anti-héroïque qui porte sur ses épaules tout le poids des trahisons et des destins. Négociant au mieux son redoutable Se all'impero, il s'inscrit durablement dans la lignée des interprètes qui ne sacrifient pas la précision virtuose aux effets faciles. David Bizic (Publius) et Chiara Skerath (Servilia) s'illustrent avec les honneurs, tandis qu'Anna Radziejewska campe un Annius de toute beauté.

    En fosse, la direction d'Andreas Spering imprime aux instrumentistes de l'Orchestre symphonique de Mulhouse des tempi très vifs. Un peu trop sur les pointes dans les ensembles et les parties chorales, mais il en faudrait davantage pour risquer de compromettre la ligne générale. Une admirable soirée.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 08/02/2015
    David VERDIER

    Nouvelle production de la Clémence de Titus dans une mise en scène de Katharina Thoma et sous la direction d’Andreas Spering à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    La Clemenza di Tito, opera seria en deux actes KV621 (1791)
    Livret de Caterino Mazzola d’après Metastasio

    Chœur de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Andreas Spering
    mise en scène : Katharina Thoma
    décors : Julia Müer
    costumes : Irina Bartels
    Ă©clairages : Olaf Winter
    préparation des chœurs : Sandrine Abello

    Avec :
    Benjamin Bruns (Titus), Stéphanie d'Oustrac (Sesto), Jacquelyn Wagner (Vitellia), Anna Radziejewska (Annio), David Bizic (Publius), Chiara Skerath (Servilia).

     



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