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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Création française de Au Monde de Philippe Boesmans dans une mise en scène de Joël Pommerat et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra Comique, Paris.

Création au sommet
© Elisabeth Carecchio

Sous la direction de Patrick Davin, qui possède la partition de Au Monde dans ses moindres détails, le Philharmonique de Radio France, les sept chanteurs dont Yann Beuron et Patricia Petibon, investis dans l’œuvre lyrique de Philippe Boesmans et de Joël Pommerat, gardent notre écoute captive tout le temps de sa représentation.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 22/02/2015
Claude HELLEU
 



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  • Au Monde est un opéra d’une rare humanité. Sept chanteurs, une comédienne, un orchestre nous gardent à leur écoute deux heures sans une faille. C’est peu de dire que l’attention ne faiblit pas, elle ne cesse de s’intensifier. La collaboration de Philippe Boesmans et de Joël Pommerat à partir de la pièce éponyme de ce dernier et le fait que celui-ci assure la mise en scène de ce spectacle conçu et créé dans une étroite connivence entre compositeur et librettiste réussit cette alchimie, superbement dirigée par Patrick Davin.

    Complice de longue date de Boesmans et connaissant parfaitement les subtilités de la partition, le jeune chef d’orchestre en suscite la dramaturgie tant sur le plateau que dans la fosse, où l’Orchestre philharmonique de Radio France participe dans ses moindres nuances au huis-clos de Au Monde.

    L’œuvre s’ouvre sur une scène où l’économie des mots et l’ambiance musicale rappellent Maeterlinck et Debussy. Un homme âgé, la basse Frode Olsen, son fils aîné, Werner van Mechelen, baryton-basse, son gendre, le ténor Yann Beuron et ses filles, la mezzo soprano Charlotte Hellekant et la soprano colorature Patricia Petibon, attendent le retour d’Ori, le fils cadet, le baryton-basse Philippe Sly, et se questionnent sur sa détermination de quitter l’armée.

    La succession du père, grand industriel, l’adoption d’une petite sœur (la soprano Fflur Wyn) aux deux aînées sont le fil d’une intrigue aussi dépouillée que perturbée par les énigmes d’un quotidien familial ponctué des passages d’une femme étrangère (la comédienne Ruth Olaizola) venue là on ne sait pourquoi.

    Noir est le dépouillement des différentes pièces d’un appartement où ils se rencontrent, se croisent, s’affrontent, s’aiment ou se fuient. Une table et des chaises ou des fauteuils de cuir ou un lit caractérisent le décor éclairé de deux immenses rais verticaux de lumière blanche. Les hommes sont en costume cravate noir, les femmes en robe, la même chaque jour pour la fille aînée enceinte, noire.

    La maladie, la mort, le questionnement sur l’identité, l’inquiétude peu à peu devenue angoisse progressent avec la même sobriété de paroles que de jeu cependant que la musique se dramatise, se rapproche ou s’éloigne, fluide, nerveuse, active. La clarté des réminiscences revendiquées çà et là par le compositeur parachève la séduction immédiate de son écriture riche et libre de toute doctrine.

    Verbe et musique se nourrissant l’un l’autre, le temps musical pénètre ces échanges d’hommes et de femmes aussi ordinaires qu’énigmatiques. Les chanteurs n’ont pas à briller mais à imposer chacun son rôle, ce qu’ils réalisent avec une justesse exemplaire. Les voix sont droites, précises, timbrées. Celle de Yann Beuron, au mieux de sa forme, y prend la résolution de son personnage avec l’intelligence de l’homme qu’il incarne.

    Au texte dont la simplicité voile la recherche, Joël Pommerat donne toute sa portée en l’insérant dans sa mise en scène. Face à nous, bien visible en grandes lettres blanches sur le fond noir des pièces tels des tableaux, il s’intègre à l’expressivité du chant et de l’orchestre, permettant d’en suivre chaque nuance.

    Le rapport incertain de ce qui est montré à ce qui est caché, l’alternance de tendresse, violence, nervosité ne cessent de solliciter l’écoute. Où mènent les variations des relations de l’un à l’autre, aux autres ? Connaissons-nous nos proches ?

    Dans cette histoire de non-dits, la deuxième fille, celle qui travaille à la télévision et sort et revient, impose à tous son omniprésence. Patricia Petibon l’habite, remarquable de vérité quelles que soient les hauteurs que doivent atteindre ses sautes d’humeur. Mais Ori garde son mystère, auquel la retenue de Philippe Sly adhère parfaitement. Et la vie continue, avec ses peines et ses rires, mélange de réalisme et d’étrangeté.

    Créé le 30 mars 2014 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles en coproduction avec l’Opéra Comique, Au Monde bénéficie des mêmes interprètes (à l’exception de Philippe Sly qui reprend Ori créé par Stéphane Degout). Leur intimité avec ce « spectacle d’opéra », pour reprendre les termes de Joël Pommerat, offre une réussite à ne pas manquer.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 22/02/2015
    Claude HELLEU

    Création française de Au Monde de Philippe Boesmans dans une mise en scène de Joël Pommerat et sous la direction de Patrick Davin à l’Opéra Comique, Paris.
    Philippe Boesmans (*1936)
    Au Monde (2014)
    Livret de Joël Pommerat, d’après sa pièce créée en 2004

    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : Patrick Davin
    mise en scène : Joël Pommerat
    décors et éclairages : Éric Soyer
    costumes : Isabelle Deffin

    Avec :
    Frode Olsen (le père), Werner van Mechelen (le fils aîné), Philippe Sly (Ori), Charlotte Hellekant (la fille aînée), Patricia Petibon (la seconde fille), Fflur Wyn (la plus jeune fille), Yann Beuron (le mari de la fille aînée), Ruth Olaizola (la femme étrangère).

     



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