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CRITIQUES DE CONCERTS 28 mai 2017

Première au Théâtre du Capitole de Toulouse de Castor et Pollux de Rameau dans la mise en scène de Mariame Clément, sous la direction de Christophe Rousset.

Esprit(s) d'escalier
© Patrice Nin

Après les bonheurs inégaux des productions parisiennes et lilloises, on retrouve Castor et Pollux sur la scène du Théâtre du Capitole. Mariame Clément joue la carte d'une scénographie sobre tandis que Christophe Rousset et ses Talens Lyriques emportent vers les sommets un plateau dominé paradoxalement par… les deux figures féminines.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 29/03/2015
David VERDIER
 



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  • Il y a tout d'abord cet escalier monumental trônant au milieu d'une vaste demeure bourgeoise. Entre Splendeur des Amberson et Psycho, en quelque sorte… Mariame Clément dit de cet imposant décor qu'il « pose toujours la question de l'espace… d'où vient-il ? Où conduit-il ? C'est une métaphore assez simple de l'existence ! » Présent d'un bout à l'autre de l'ouvrage, cet escalier se révèle assez encombrant et réduit les mouvements scéniques à des circulations répétitives. Seuls l'espace immaculé des Enfers ou l'irruption de Jupiter (littéralement deus ex machina) viendront apporter une touche d'originalité à ce contraignant décor.

    La scénographie s'appuie sur l'idée d'une transposition du drame dans une modernité bourgeoise, soulignée par la présence de figurants qui viennent doubler les rôles principaux à des âges différents. Le croisement narratif sur le mode prolepses-analepses présente l'avantage d'occuper l'attention durant les innombrables intermèdes dansés. On voit se nouer les fils qui scelleront le sort des dioscures, dont la légende nous dit qu'ils sont nés de deux pères différents : Castor le mal aimé, habillé sportwear est tenu à l'écart de l'impressionnant bureau où pénètre Pollux, arborant l'impeccable costume trois pièces de son divin paternel.

    Dans ce huis-clos dominé par les tableaux des ancêtres, la mort apparaît sous un jour très cru et réaliste, sitôt les guirlandes de fleurs remplacées par des couronnes mortuaires. Les Enfers ont des allures de morgue ou de salle de dissection, tandis que rien ne nous est épargné de la mise en bière de Castor. Que penser enfin de la réunion finale des deux frères, symbolisée par la si peu platonicienne image des deux parties d'une pièce montée que l'on assemble ?

    Bien supérieure au carton-pâte de Schiaretti au si mal nommé Théâtre des Champs-Élysées, cette production héritée du Theater an der Wien apparaît cependant moins percutante que la proposition de Barrie Kosky à Lille. La fidélité au livret et la présence in extenso des musiques de ballet jouent parfois à rebours de l'intérêt.

    La belle énergie de Christophe Rousset à la tête de ses Talens Lyriques maintient au plus haut tension rythmique et couleurs orchestrales. La précision de l'articulation est remarquable et jamais didactique ou démonstrative. C'est assurément l'un des meilleurs ensembles entendus dans ce répertoire. Si le Chœur du Capitole parvient à se couler avec brio dans les exigences de ce répertoire, le plateau connaît, quant à lui, des fortunes diverses.

    Largement dominé par les deux figures féminines, on serait tenté de substituer au nom des dioscures celui de Phébé et Télaïre. La présence dévorante de Gaëlle Arquez oblige à mesurer les autres protagonistes à l'aune de ses (trop rares) interventions. La projection et la densité des couleurs élèvent le modeste Mon cœur n'est point jaloux d'un sort si glorieux au rang d'air de bravoure. Les invocations aux esprits ont la noirceur des plus grandes tragédiennes… La jeune mezzo confirme la talentueuse incarnation lilloise et l'on se réjouit déjà de pouvoir la retrouver à la Komische Oper pour la reprise de la production Barrie Kosky en 2016.

    Hélène Guilmette est une Télaïre touchante et sensible. On lui pardonne volontiers les acrobatiques ornementations et changements de registres pour tirer le Triste apprêts, pâles flambeaux de l'ordinaire. Ni Antonio Figueroa (Castor), ni Aimery Lefèvre (Pollux) ne donnent l'impression de brûler à ce point les planches du Théâtre du Capitole. Le premier pèche par l'étroitesse et la linéarité de ses aigus, le second par l'absence de registre grave et une incarnation en demi-teinte. Le sonore Jupiter d'Ashton Burton réconcilie tout ce beau monde dans la scène finale et le rideau tombe sur des applaudissements bien mérités.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 29/03/2015
    David VERDIER

    Première au Théâtre du Capitole de Toulouse de Castor et Pollux de Rameau dans la mise en scène de Mariame Clément, sous la direction de Christophe Rousset.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Castor et Pollux, tragédie en cinq actes
    Livret Pierre-Joseph Bernard dit Gentil-Bernard

    Chœur du Capitole
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset.
    Mise en scène : Mariame Clément
    décors et costumes : Julia Hansen
    vidéo : fettFilm.
    préparation des chœurs : : Alfonso Caiani

    Avec :
    Antonio Figueroa (Castor), Aimery Lefèvre (Pollux), Hélène Guilmette (Télaïre), Gaëlle Arquez (Phébé), Hasnaa Bennani (Cleone), Dashton Burton (Jupiter), Sergey Romanovsky (Mercure), Konstantin Wolff (le Grand prêtre).

     



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