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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de Tristan et Isolde de Wagner dans une mise en scène de Giuseppe Frigeni et sous la direction de Paul Daniel à l’Opéra de Bordeaux.

Le monde de nos désirs
© Frédéric Desmesure

Après l’Opéra du Rhin, c’est au tour de l’Opéra de Bordeaux de monter une nouvelle production de Tristan, donnée dans une installation scénique analogue à celle du Festival Wagner du Mupa de Budapest, où le décor mange la scène, tandis que l’ONBA est enfoncé dans les profondeurs d’une fosse qui n’est pas sans rappeler celle de Bayreuth.
 

Grand-Théâtre, Bordeaux
Le 29/03/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Dès le prélude, on distingue un orchestre méticuleusement préparé par son directeur musical Paul Daniel, qui conduit les forces de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine à une chaleur et une précision rare grâce à un flux continu de près de quatre heures, interrompu seulement par deux entractes d’une trentaine de minutes à peine.

    Si cette lecture ne fait pas ressortir un excès de personnalité de la part du chef anglais, elle n’occulte jamais l’élan ni la tension et retient le souffle du public jusqu’à une Liebestod d’une grande maîtrise. Des entrailles de la fosse, les cordes ouatées répondent à des cuivres parfaitement nets (même lorsqu’ils sont surexposés en haut du second balcon) et à des bois sans faille, dont ressortent les soli impeccables du cor anglais. Soutenue par l’ensemble symphonique, une distribution plus que solide porte le poème de Wagner à un haut niveau. La voix du Jeune Marin (Simon Bode) qui émerge du silence n’a pas encore eu le temps de chauffer mais se rattrape dès sa seconde intervention, et plus encore par la suite dans le rôle du Pâtre, auquel la couleur convient parfaitement.

    Déjà entendue à Paris, Janina Baechle (Brangäne) livre des aigus serrés et rate certaines notes de passage en début de représentation, avant de gagner en douceur au II et de s’ouvrir complètement au III. Le texte clairement prononcé et le personnage bien maîtrisé de Kurwenal (Brett Polegato) compense un timbre nasal, même si la voix semble se déployer lorsqu’il faut sauver Tristan mourant, tenu par le ténor américain Erin Caves – il y a quelques mois dans le rôle déjà à Stuttgart. Avec une technique issue des écoles d’outre-Atlantique, il déçoit dans un II trop retenu, où les intonations du héros font plus penser à Mime qu’à Tristan, mais se rachète dans son agonie, préférant comme Clifton Forbis avant lui (à Lyon et Paris), sacrifier l’extase de l’acte médian pour transcender sa mort.

    L’Isolde en force d’Alwyn Mellor lance de puissants aigus qui masquent certains manques dans les graves et les bas-médium et sa diction est parfois aléatoire, mais l’engagement est irréprochable. Le Timonier (Jean-Marc Bonicel) intervient efficacement, tandis que Guillaume Antoine aborde pour la première fois et avec éclat le rôle de Melot. La palme de la soirée revient toutefois au roi Marke de Nicolas Courjal, dont les graves profonds et l’ampleur hors normes sont accompagnés d’une forte présence scénique, renforcée par un bel habit doré inspiré des tableaux de Gustav Klimt.

    Grâce à des décors sobres, Giuseppe Frigeni parvient à rhabiller la scène de l’Auditorium en y plaçant des panneaux de bois ouverts par trois hublots chacun, et au centre un tunnel conduisant vers un au-delà lumineux. Au I, le décor mural fait penser par certains aspects à l’intérieur du bateau de Christoph Marthaler pour Bayreuth ; Tristan y dort dès le prélude sur un bloc de bois qu’il retrouvera au finale pour mourir. Ensuite, six cages de verres dans lesquelles sont disposés des bouleaux verticaux sont dispersées sur scène afin d’y représenter une forêt ; elles seront collées aux parois du fond au dernier acte, créant les fenêtres d’un château maquillé de lumières bleutées discrètement inspirées des mises en scène de Wieland Wagner.

    La dramaturgie se veut relativement classique malgré un traitement déshumanisé et rapporté au mythe, dans lequel l’amour substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. Tristan est l’histoire de ce monde.




    Grand-Théâtre, Bordeaux
    Le 29/03/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de Tristan et Isolde de Wagner dans une mise en scène de Giuseppe Frigeni et sous la direction de Paul Daniel à l’Opéra de Bordeaux.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, action dramatique en trois actes (1865)
    Livret du compositeur

    Chœur d’hommes de l’Opéra National de Bordeaux
    Orchestre National Bordeaux Aquitaine
    direction : Paul Daniel
    mise en scène, scénographie & éclairages : Giuseppe Frigeni
    costumes : Lili Kendaka

    Avec :
    Erin Caves (Tristan), Alwyn Mellor (Isolde), Nicolas Courjal (König Marke), Brett Polegato (Kurwenal), Janina Baechle (Brangäne), Guillaume Antoine (Melot), Simon Bode (Ein Hirt / Ein junger Seemann), Jean-Marc Bonicel (Ein Steuermann)

     



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