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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2018

Récital Beethoven du pianiste Andreï Korobeinikov au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Beethoven pour toujours
© Irene Zandel

La Sonate Hammerklavier et l’Opus 111 de Beethoven tiennent en haleine un public fasciné par la personnalité de l’interprétation d’Andreï Korobeinikov. Les choisir pour un récital témoigne déjà de l’engagement du pas encore trentenaire prodige russe, sorti du Conservatoire de Moscou à 19 ans avec la distinction spéciale du Meilleur musicien de la décennie.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 26/03/2015
Claude HELLEU
 



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  • Violence et douceur. Le contraste ne cessera. Ainsi Andreï Korobeinikov tend-il sans la rompre l’immense Sonate Hammerklavier, dont sommets et profondeurs dédaignent toute demi-mesure. Maître de ses stupéfiants excès, l’articulation infaillible, il nous donne tout à entendre de son audace. Harmonies renouvelées et chants se confrontent et se pénètrent. La volonté immanente des attaques, parfois dures, sèches, brutales, toujours pénètre ce clavier d’où monte la passion d’un Beethoven tel un lion encagé dans sa surdité mais vainqueur de toute contrainte.

    Andreï Korobeinikov arrache les silences, ruptures impatientes vers l’apaisement de pauses dont la détermination n’est pas moindre que les indignations qui soulèvent le compositeur alors âgé de 48 ans et que son interprète ressuscite. Les octaves syncopées, les accords en crescendo furieux affirment l’indignation, les protestations triomphent, se brisent, coupées net, disparaissent, renaissent, les pianissimi prennent leur temps. Jusqu’aux deux fameux accords pour conclure les défis de l’immense Allegro assénés impatients et fortissimo.

    Le Scherzo fragmente ses conflits aussi techniques qu’expressifs, nerveux, soudain radieux, impératif et prémonitoire d’on ne sait quel Adagio. Sostenuto, ô combien. Korobeinikov ose étirer sa lenteur à l’extrême. Densité de chaque note prolongée vers un infini où se dilue sa résonnance. Plus que sa profondeur, c’est cette résonnance qui habite un parcours au-delà du temps. L’univers s’en découvre peu à peu, gravement, dédaigneux de tout élan qui en romprait le mystère. L’incomparable beauté de la phrase infinie s’épanouit dans la pureté de sa ligne, grandeur et noblesse de sa nudité étonnamment transcendées par l’immobilité du jeu.

    Surnaturelle transition d’un Largo qui interroge après cette fascinante, inhabituellement lente trajectoire de l’Adagio sostenuto. Réponse de l’Allegro risoluto emporté à toute allure par sa fugue folle. Sur le champ d’intervalles étendus à la conquête de l’espace, les décalages rythmiques, les dissonances provocantes, les luttes intérieures se bousculent, magistralement percutées se fondent, s’étreignent. Le cataclysme ravageur de cette rage dépasse son dramatisme. L’Opus 106 nous laisse abasourdis.

    L’introduction majestueuse, rythmes doublement pointés, devient vite l’Allegro con brio ed appassionato. La Sonate op. 111, la trente-deuxième et dernière de Beethoven, affirme aussitôt sa volonté. Le pianiste souligne ses tumultes avec la même décision qu’avant l’entracte. Ruptures, accords arrachés, silences au couteau, appuis provocateurs étayent l’architecture monolithique. Aucun lyrisme n’en affaiblit l’énergie. Impérative, l’impétuosité de ce premier mouvement va droit vers le royaume qui l’attend, l’Arietta sublime, « effigie de l’idéal » selon Schiller.

    Korobeinikov entre, recueilli, dans sa chapelle ardente. La simplicité de son jeu épouse le cheminement de la sérénité conquise au fil des variations. Dans une sorte d’immobilité émerveillée, il nous suspend à leur progression. La courbe des métamorphoses ignore la moindre pause. Leur flux ne s’arrête ni ne se gonfle ou diminue, impose sa tranquille assurance dépassant toute nuance, lumineux de sa vérité. Notes hautes, basses profondes, l’égalité du toucher révère la paix qu’il contemple et rejoint.

    L’ascension vers les registres les plus élevés, le trille éternel sur la pulsation de la main gauche relèvent de la même tension épurée, rarissime à ce degré d’inaltérable intériorité. Un prélude au silence. Après un tel aboutissement, qu’on nous pardonne de n’être pas restés pour les bis.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 26/03/2015
    Claude HELLEU

    Récital Beethoven du pianiste Andreï Korobeinikov au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 29 en sib majeur op. 106 « Hammerklavier »
    Sonate pour piano n° 32 en ut mineur op. 111
    Andreï Korobeinikov, piano

     


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