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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Messe en si mineur de Bach sous la direction de Sir John Eliot Gardiner à la Philharmonie de Paris.

Et incarnatus est

Où commence le divin, où s’arrête l’humain ? Le Monteverdi Choir et l’English Baroque Soloists sous la direction de Sir John Eliot Gardiner, officiant en maître et servant inspiré, les ont fait Un dans la Messe en si mineur de Bach. Jamais encore une telle évidence n’avait si simplement irradié la spiritualité d’une œuvre débordante de vitalité.
 

Philharmonie, Paris
Le 03/04/2015
Claude HELLEU
 



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  • Dès le Kyrie, nous savons notre bonheur. Le Monteverdi Choir en tutti saisit l’écoute. La beauté des timbres est si riche, l’English Baroque Soloists s’y intègre avec une telle évidence, le recueillement est si naturel, nous croyons rêver cette prière qui nous introduit dans la Messe en si mineur de Bach.

    Un chef-d’œuvre dont se révèlera comme jamais la splendeur sous la direction de Sir John Eliot Gardiner. Sans estrade ni baguette ni partition de plain pied avec ses musiciens pour y communier avec eux, la souplesse des deux bras ignorant la moindre pause conduit la souplesse de leur interprétation, unique, miraculeusement portée le temps de chacune des cinq parties réunies pour cette messe qui fusionne religions catholique et protestante, Dieu est pour tous.

    Clarté de ce Kyrie, crescendo en douceur, Seigneur, ayez pitié, ferveur. Du chœur descendent discrètement les deux sopranos. Immobiles, bras le long du corps comme tous les solistes le seront, projetant par cœur leur voix double, elles unissent l’espérance. La vie l’inspire, le Christe se nuance.

    Cependant que le second Kyrie s’enchaîne elles disparaissent, se faufilant à-travers l’orchestre pour reprendre leur place dans le chœur et ce faisant ne rien troubler. L’élégance de ce comportement évite toute scansion. Il ne faillira à aucun moment, hommes et femmes se levant ou s’asseyant sans le moindre décalage quand Sir John les y invite d’une main invisible toujours intégrée à sa direction.

    Les trois trompettes, debout sur la gauche de l’orchestre, s’avanceront du même pas pour l’explosion du Gloria. L’enthousiasme s’ose alors tel un feu de joie. Sopranos, altos, ténors et basses, flûtes, hautbois, bassons, cordes fusionnent et chacun s’entend. Exceptionnellement claire, l’homogénéité de toutes ces voix se personnalise sous la grâce des gestes coulés de celui qui les guide, les porte, aime avec eux.

    Aria du violon solo et de la soprano II pour le Laudamus te, duetto du ténor et de la soprano I, aria de l’alto avec le hautbois particulièrement remarquable dans la quiétude du Miserere nobis, aria de la basse avec le cor s’insèrent avec la même fluidité dans la plénitude de cet hymne d’adoration. Jamais un faux pas ne la distrait, jamais un tempo marqué comme c’est si souvent l’usage ne l’alourdit. L’engagement des instrumentistes, leur justesse, leur expressivité témoignent du raffinement que permettent des instruments d’époque ainsi joués. Avec ce Chœur incomparable, l’assurance de la foi envahit l’Amen.

    Cette foi resplendissante, elle irradie la polyphonie du Credo, dont pas un mot, pas une ligne ne se perdent. Grandeur d’une spiritualité si humaine. Vivacité de ses élans, gravité de son émotion au moment de l’incarnation, diminuendo tel ce miracle, Et homo factus est, douloureuse crucifixion, austérité méditative du Confiteor, résurrection d’où jaillissent trompettes et jubilation du chœur dans l’attente de la résurrection des morts et de la vie des siècles à venir. Une même foi, sinon en Dieu, en la beauté de ce qu'ils ressuscitent, habite la virtuosité vocale. Sublime, son exultation élève l’esprit vers l’infini.

    Le chœur se scinde en deux groupes pour le Sanctus, hommes au centre, laissant un vide en son milieu comme pour entourer la place de l’invisible. Sanctus, l’atmosphère demeure à la joie, Osanna, acclament chœur et orchestre, toutes voix confondues. Sir John Eliot Gardiner s’assoit entre ses musiciens le temps du Benedictus déférent dont le ténor ponctue cette exubérance.

    Et c’est l’Agnus dei. L’alto chante, l’imploration lente et pénétrée d’espérance. L’affliction comme la liesse sont moments de vie. Nulle rupture entre elles, consubstantielles à nos émotions. La polyphonie vocale et instrumentale en a flamboyé au-delà de toute insistance qui aurait banalisé les contrastes de sonorité. Que la musique vienne de l’esprit ou que ce soir l’esprit naisse de la musique, l’émerveillement mérite notre action de grâces.




    Philharmonie, Paris
    Le 03/04/2015
    Claude HELLEU

    Messe en si mineur de Bach sous la direction de Sir John Eliot Gardiner à la Philharmonie de Paris.
    Johann-Sebastian Bach (1685-1750)
    Messe en si mineur BWV 232
    Esther Brazil, soprano
    Hannah Morrison, soprano
    Katie Bray, alto
    Kate Symonds-Joy, alto
    Peter Davoren, ténor
    Nick Pritchard, ténor
    Alex Ashworth, basse
    David Shipley, basse
    Monteverdi Choir
    English Baroque Soloists
    direction : Sir John Eliot Gardiner

     


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