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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Alexander Vedernikov, avec la participation du pianiste Boris Berezovsky à la Philharmonie de Paris.

Paroxysmes russes

Pour le public comme pour l’Orchestre de Paris, galvanisé par la direction d’Alexander Vedernikov et subjugué par le jeu de Boris Berezovsky, ce voyage en Russie a cumulé les paroxysmes. Prouesses et légèreté sous les doigts du pianiste, dramatisme, véhémence, déflagrations, orgie orchestrale, mysticisme se succèdent et s’imposent avec assurance.
 

Philharmonie, Paris
Le 09/04/2015
Claude HELLEU
 



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  • Sombre commencement. Sous la direction d’Alexander Vedernikov, Hamlet, ouverture-fantaisie d’après Shakespeare, atteint ses paroxysmes de noirceur. Le chef russe empoigne la musique de Tchaïkovski sans craindre d’en alourdir le dramatisme. Après les percussions et les cordes graves, l’autorité des vents, le tutti orchestral se brouille quelque peu sous la véhémence dont on le charge, fortissimi uniformisés. Quelques éclaircies permettent aux pupitres d’individualiser les moments de lyrisme dont se double ici et là la culpabilité du roi d’Elseneur. Ils n’en atténuent pas pour autant la violence de l’éclairage qui découvre une partition rarement programmée et mériterait plus de popularité.

    Vedernikov ne craint aucun paroxysme. Son interprétation du Poème de l’extase en exalte l’expressivité dès les premières mesures de l’œuvre de Scriabine. Les visions grandioses, les transports, les effusions, les éblouissements demeurent sur leurs sommets. Surenchère de puissance des cuivres et percussions, houles dévastatrices des tutti, fracas des vagues de cette masse musicale, raz-de-marée, les cuivres planent tels des albatros au-dessus de cette mer déchaînée aux couleurs incendiées.

    La tension ne cesse, la transe est au rendez-vous, enivrée de ses orgasmes, peu soucieuse de langueur. L’exultation vaut toutes les nuances de la sérénité. Cette énergie charnelle plus que sensuelle, le bras gauche levé à la verticale du chef russe en commande l’apothéose : un cataclysme triomphal précède le silence et son suspense… avant la reprise crescendo de l’orchestre sous les deux bras qui s’écartent à l’horizontale en appelant, dos cambré, à l’embrasement cosmique final.

    Entre Tchaïkovski et Scriabine il y a eu Prokofiev. Et pour ses deux premiers concertos pour piano, Boris Berezovsky. Ceux qui le connaissent savent le bonheur exceptionnel que peut donner ce pianiste. L’éblouissement n’en est pas moindre quand on le revit. Dès l’incroyable solo du piano après l’éclat fusionnel de son entrée avec l’orchestre dans le Concerto n° 1 en réb, les rythmes pointés légers, ciselés, fluides, les prouesses techniques jubilatoires se jouent des difficultés, alliant virtuosité enchanteresse et sensibilité toute en finesse.

    L’orchestre revenu consacre son entente avec le soliste. Rêveuse un doux moment dans l’Andante assai, elle retrouve bientôt les défis d’une jeunesse trépidante. Vedernikov et Berezovsky sont deux Russes complices du Russe qu’ils interprètent, âgé de vingt ans à peine quand il compose ce premier concerto ; les demi-mesures ne sont pas pour eux, en revanche l’audace leur est commune. L’Orchestre de Paris n’a qu’à les suivre, le fait au mieux et s’en ravit. Le plaisir, l’enjouement irriguent l’aisance de leur volubilité. Annoncée aux cuivres, la liberté conquérante de la dernière cadence exalte tout simplement les vertiges qu’y suscite le pianiste avant de retourner dans l’orchestre, une voix parmi les autres pour le crescendo final.

    Rupture de l’entracte et rupture du climat né des premières notes du Concerto n° 2 en sol mineur. Douceur d’un pianissimo rêveur. Poésie d’une atmosphère d’où s’élève une calme cadence. Peu à peu se gonfle, s’amplifie, s’intensifie son crescendo sur tout le registre du clavier. Arpèges fulgurants, accords provocateurs d’une richesse harmonique étonnamment limpide au plus fort de déchaînements à couper le souffle, à l’impossible Boris Berezovsky parvient. Son engagement pénètre, soulève, transcende, exalte les difficultés diaboliques et réputées uniques dans la littérature pour piano. L’orchestre l’y rejoint, cuivres à la puissance maximale. Diminuendo, l’orage retombe, la nostalgie sourit.

    Que dire des doubles croches hallucinantes piquées à l’unisson des deux mains parallèles dans un Scherzo possédé par leur tempo ultra rapide et inaltérable ? L’orchestre en demeure l’accompagnateur attentif et discret avant de reprendre sa place dans l’Intermezzo à la verve sarcastique. Embrasement des tempêtes du Finale, lyrisme de ses tourments, les violoncelles et altos à l’honneur, le chant des bois entourant le piano contemplatif. Les cuivres mettent fin à cette complicité. Maintenant seul, le piano s’émancipe dans un univers dont seul Boris Berezovsky détient les clefs. L’y rejoint un orchestre tout autant habité de puissance, le public chauffé à blanc pour jouir du Poème de l’extase.




    Philharmonie, Paris
    Le 09/04/2015
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Alexander Vedernikov, avec la participation du pianiste Boris Berezovsky à la Philharmonie de Paris.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Hamlet, ouverture-fantaisie d’après Shakespeare op. 67
    Serge Prokofiev (1891-1953)
    Concerto pour piano n° 1 en réb majeur op. 10
    Concerto pour piano n° 2 en sol mineur op. 16
    Boris Berezovsky, piano
    Alexandre Scriabine (1872-1915)
    Poème de l’extase, op. 54
    Orchestre de Paris
    direction : Alexander Vedernikov

     


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