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CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

Nouvelle production de Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo dans une mise en scène de Philip Stölzl et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Pâques de Salzbourg 2015.

Pâques Salzburg 2015 (4) :
Le clown triste

© Andreas Hirsch

Événement principal du festival de Pâques de Salzbourg 2015, le doublé des opéras véristes italiens Cavalleria Rusticana et Pagliacci attirait en nombre curieux et passionnés grâce au simple nom de Jonas Kaufmann. Pourtant, si la qualité d’acteur du ténor est indéniable, c’est ailleurs qu’il faut chercher le véritable intérêt musical.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 06/04/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Seules quelques stars dans le monde peuvent remplir une salle avec leur seul nom sur un programme, et laisser sur le parvis de nombreux malheureux en recherche de billets. C’est le cas de Jonas Kaufmann, dont la popularitĂ© a explosĂ© ces dernières annĂ©es, bien qu’il ne soit pas toujours dĂ©cisif dans une production, et qu’il soit apparu fatiguĂ© il y a trois jours dans le Requiem de Verdi.

    Dans Cavalleria Rusticana, premier opéra donné ce soir, Kaufmann débute dos à la scène son premier air, O Lola ch’ai…, avec une voix très maîtrisée mais relativement serrée. Il faut attendre son duo avec Santuzza pour que le timbre se réchauffe, sans jamais complètement s’affranchir de quelques difficultés dans l’aigu. Liudmila Monastyrska a plus de facilités et plus de puissance, mais sa diction manque de clarté, gâchant parfois la beauté du timbre. L’Alfio d’Ambrogio Maestri est excellemment tenu, surtout juste avant l’Intermezzo, dans un Infami loro très marqué par l’action. Lucia (Stefania Toczyska) affiche une couleur et un souffle abîmés par le temps, et Lola (Annalisa Stroppa) est finalement celle qui convainc le plus, tant par son jeu d’actrice que par sa voix souple.

    La mise en scène de Philip Stölzl, dont on connaît les Wagner de Berlin (Rienzi, Fliegende Holländer et Parsifal), ne recherche pas la transposition et s’adapte de façon très conventionnelle et imagée à l’histoire, grâce à un cadre de scène séparé par six rectangles de taille identiques, dans lesquelles sont intervertis des blocs, ou des écrans projetant en gros plan ce que l’on voit dans les blocs.

    Les décors (Heike Vollmer) et les lumières (Heinz Ilsanker) reproduisent un graphisme noir et blanc renvoyant aux traits d’images de Bandes dessinées sombres, tandis que les costumes eux aussi noirs et blancs donnent à la scène un style années 1920, renforcé par la qualité d’image des films projetés, dans le grain du cinéma muet. À l’écran, Annalisa Stroppa accroit le personnage de Lola grâce à un visage complètement en accord avec celui des héroïnes cinématographiques de l’époque, et Jonas Kaufmann celui de Turiddu par son jeu et ses expressions du faciès parfaites.

    Il faut pourtant chercher ailleurs le véritable intérêt de cet opéra vériste à Salzbourg, dans la direction très fouillée et très luxueuse de Christian Thielemann. Chaque note et chaque solo instrumental y sont mis en avant, et le traitement des timbres y est magnifique, tout particulièrement dans les harpes du début. Le contour très personnel rappelle le souci du détail d’Herbert von Karajan, tandis que le rendu global s’en écarte pour trouver plus de droiture, sans empêcher de grandes envolées lyriques.

    Après l’entracte, Pagliacci ne conserve du premier opéra que le ténor, le chef et l’équipe scénique. Le cadre reste découpé en six, avec cette fois des blocs de couleurs aux tons verts-bleutés des tableaux de l’École de Vienne – surtout Kirchner – décrivant une scène de foire et une roulotte à la ressemblance frappante avec le film Freaks. Des gros plans viennent toujours renforcer les scènes grâce à l’assistance vidéo, cette fois colorisée, toujours dans un type de pellicule vieilli. À l’écran, Kaufmann devient tout simplement génial en Canio et transcende la scène du maquillage avant ses assassinats avec une impressionnante crédibilité du sentiment de tristesse et de préméditation.

    Malheureusement, la voix est cette fois clairement fatiguée, sauf dans l’air médian Recitar ! Mentre preso où elle retrouve toute sa vitalité. Son finale peu audible est en partie à mettre sur le compte du décor et du placement en haut de scène, mais reste anormalement faible par rapport au volume sonore de sa compagne Maria Agresta, dont l’émission est bien plus claire dans les mêmes conditions scéniques. L’autre ténor, le jeune Tansel Akzeynek (Beppe), réussit superbement sa prestation et notamment son aria finale, tandis que des deux barytons, l’amoureux Silvio (Alessio Arduini) tient une ligne de chant plus fiable que le Tonio de Dimitri Platanias, surtout solide dans son monologue initial.

    Après un Cavalleria Rusticana passionnant, Thielemann déçoit dans Paggliacci en ne proposant rien de plus qu’une belle interprétation de répertoire, et c’est surtout grâce au Sächsischer Staatsopernchor Dresden magnifiquement préparé par Jörn Hinnerk Andresen que l’on trouve un réel plaisir. Sans être anthologique, la soirée méritait d’être vécue, et aura procuré un plaisir incontestable au public ne s’arrêtant plus d’applaudir le ténor, le chef, et enfin tout l’orchestre monté sur scène pour un adieu… jusqu’à l’année prochaine !




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 06/04/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo dans une mise en scène de Philip Stölzl et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Pâques de Salzbourg 2015.
    Pietro Mascagni (1863-1945)
    Cavaleria Rusticana, mélodrame en un acte
    Ruggero Leoncavallo (1857-1919)
    Pagliacci, opéra en un prologue et deux actes

    Salzburger Bachchor
    Sächsischer Staatsopernchor Dresden
    Sächsische Staatskapelle Dresden
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Philipp Stölzl
    assistant : Heike Vollmer
    lumière : Ursula Kurdna
    Dramaturgie : Jan Dvorak

    Avec :
    Jonas Kaufmann (Turiddu & Canio), Liudmila Monastyrska (Santuzza), Ambrogio Maestri (Alfio), Stefania Toczyska (Lucia), Annalisa Stroppa(Lola), Maria Agresta (Nedda), Tansel Akzeynek (Beppe), Alessio Arduini (Silvio), Dimitri Platanias (Tonio).

     



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