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CRITIQUES DE CONCERTS 18 décembre 2018

Cycle Brahms de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christoph Eschenbach, avec la participation du violoniste Leonidas Kavakos au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Brahms à plein archet
© Eric Brissaud

Le temps de deux concerts de tournée au Théâtre des Champs-Élysées, les Wiener Philharmoniker et Christoph Eschenbach proposent un retour dans le passé de la grande tradition allemande avec des exécutions brahmsiennes phrasées à plein archet et débordantes de son. Une esthétique d’antan remise au goût du jour avec des bonheurs divers.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 15/04/2015
Yannick MILLON
 



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  • Première surprise, et pas des moindres, c’est une dame qui vient s’asseoir au fauteuil du premier violon, dans un orchestre conservateur presque encore exclusivement masculin jusqu’à il y a une décennie. Pas étonnant, dans ces conditions, qu’il fasse des températures estivales pour ce cycle Brahms des Wiener dans la mi-avril parisienne !

    Les concerts de tournée étant l’occasion de tester de nouvelles personnalités aux avant-postes, on se réjouira de la présence ô combien convaincante de la jeune Albena Danailova au pupitre suprême, qui brillera deux soirées durant par son engagement physique, sa manière d’assumer le leadership incombant à la fonction, et, cerise sur le gâteau, par un magnifique solo dans le mouvement lent de la Première Symphonie.

    De l’énergie, il en fallait pourtant à revendre au sein des Wiener Philharmoniker face à la direction à l’ancienne, burinée et admirablement creusée dans la masse, de Christoph Eschenbach, l’un des derniers représentants d’une tradition brahmsienne éminemment germanique, cordes très en avant, brassées à plein archet, assise grave phénoménale et densité sonore parfois proche de l’irrespirable.

    On a en effet perdu l’habitude de ces lectures touffues, démesurément sonores. L’entrée en matière de la Deuxième Symphonie donnait d’ailleurs le ton : dépassement sans vergogne de la nuance indiquée et absence totale d’intériorité, auxquels le maestro a toujours préféré une dynamique prête à tout instant à sortir de ses gonds – un Christian Thielemann, autre tenant de la tradition, y propose infiniment plus de modulation de la dynamique et donne moins l’impression de parler en permanence dans un mégaphone.

    C’est dans la même Deuxième que l’on souffrira le plus de cette impression de mur sonore qu’on associe plus volontiers aux Berliner Philharmoniker qu’à leurs homologues viennois, ici employés presque à contre-courant, bois noyés dans la masse, jeu en acier trempé, cuivres vite saturés, dont un jeune premier corniste multipliant les accrocs.

    Reste bien entendu un Finale cravaché, d’un engagement irrépressible qu’on ne saurait que louer à une époque de consensus mou. Eschenbach, lui, assume l’héroïsme presque outrancier de son Brahms, porté à incandescence dans une Quatrième Symphonie brûlante d’un bout à l’autre, après une entrée des violons tel un soupir déchirant.

    Battue souvent chaotique, transmission à l’orchestre d’une nervosité irriguant jusqu’aux ambiances les plus bucoliques, le chef allemand, cible de tant de critiques lors de son mandat à l’Orchestre de Paris, est pourtant ici en terrain d’élection, insufflant au compositeur de Hambourg une grandeur épique d’un autre temps.

    La Première Symphonie ne connaît guère de détente dans sa filiation beethovénienne, sonorités compactes et trapues, coulée de lave des cordes et sentiment tragique permanent, par delà quelques points d’arrêt suspects. Et même si de vraies plages d’apaisement et un discours plus nuancé et subtil seraient préférables, on rend les armes face à cette déferlante de passion, de poigne et d’énergie, portée par un Philharmonique de Vienne chauffé à blanc.

    D’autant qu’Eschenbach opte pour des tempi raisonnables, jamais démesurément lents comme il lui est régulièrement reproché, à l’exception d’un Adagio de Concerto pour violon débuté presque à l’arrêt, mais qui retrouvera au fil des minutes son rythme de croisière, attentif finalement à ne pas se laisser engluer par l’imposant legato des cordes. Dans un tel bain sonore, le violon presque nonchalant de Leonidas Kavakos apparaîtra plus d’une fois sur la réserve, sonorité plutôt ténue.

    Et si la Vingtième Danse hongroise donnée en bis le premier soir laissait une drôle d’impression de maladresse et d’épaisseur, la Première, électrisée par un tsunami de cordes et des contretemps ravageurs, emportait le lendemain tout sur son passage pour clore un cycle Brahms aux bonheurs divers mais incroyablement assumé.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 15/04/2015
    Yannick MILLON

    Cycle Brahms de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christoph Eschenbach, avec la participation du violoniste Leonidas Kavakos au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Symphonie n° 2 en ré majeur op. 73
    Symphonie n° 4 en mi mineur op. 98
    Concerto pour violon en ré majeur op. 77
    Leonidas Kavakos, violon
    Symphonie n° 1 en ut mineur op. 68
    Wiener Philharmoniker
    direction : Christoph Eschenbach

     


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