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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Peter Eötvös à la Philharmonie de Paris.

Sacre et rituels

Succès public indéniable pour Peter Eötvös à la tête du LSO à la Philharmonie de Paris. Un beau programme réunissant des œuvres emblématiques de Pierre Boulez et le célébrissime Sacre du printemps de Stravinski a permis à la formation britannique de se couvrir de gloire. Un passionnant voyage en forme de triptyque d'un bout à l'autre du XXe siècle musical.
 

Philharmonie, Paris
Le 20/04/2015
David VERDIER
 



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  • Le public est venu nombreux écouter Peter Eötvös diriger le London Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris. À lire la liste des œuvres, on peut imaginer sans difficulté que les programmateurs avaient pensé à la présence de Pierre Boulez au pupitre… L'absence du maître planait déjà sur le très beau concert Pli selon Pli donné en février, elle devient réellement troublante pour celui qui parcourt les couloirs de la belle exposition qui lui est consacrée à la Philharmonie 2 (ex-Cité de la musique).

    Pour l'heure, c'est le Livre pour cordes qui sert d'introduction (de luxe) à une soirée construite autour du Sacre du printemps. Extrait et réécriture de deux sections (Ia et Ib) du Livre pour quatuor, une des premières œuvres de Boulez composée en 1948-1949, cette partition de 1968 résonne comme un catalogue de gestes et de timbres. On entend clairement ici l'idée d'une rupture radicale qui utilise des chemins de traverse au lieu de verser dans l'habituel langage structuraliste de ces années-là.

    La découverte du Livre de Mallarmé à travers la lecture de Jacques Scherer a permis à Boulez de réaliser le formidable potentiel de ce projet (à l'origine littéraire) de constituer progressivement une œuvre d'art totale. La conduite harmonique entre les pupitres de cordes puise dans une palette explicitement lyrique et libérée. La sonorité y est d'une exceptionnelle richesse, avec cependant la volonté de détacher en ligne continue les différents éléments du discours. Les cordes du LSO trouvent dans le geste affirmé de Peter Eötvös un repère efficace pour ne pas se perdre dans les enchevêtrements polyphoniques et les chausses trappes des départs à contretemps.

    Pièce majeure (et éminemment liée au parcours de chef d'orchestre de Boulez), le Sacre du printemps d'Igor Stravinski trouve dans le LSO une phalange de premier choix. L'orchestre est en effet le dernier en date que Pierre Boulez a dirigé dans cette œuvre (au Théâtre du Châtelet en 2004). L'œuvre doit à l'élément chorégraphique qui lui sert de motif, sa forme et son écriture dynamique. Diriger ce grand rite sacral et païen est une expérience redoutable et ambitieuse.

    Peter Eötvös n'en est certes pas à son baptême du feu, mais la battue trahit une relative prudence à apprivoiser la résonance généreuse de la Philharmonie – résonance qui a pour corollaire de brouiller les accents et les lignes (Jeux des cités rivales ou Danse de la terre notamment). Dans la seconde partie, la spirale ascendante est limitée par des cuivres littéralement magmatiques, qui recouvrent systématiquement des cordes timorées et peu précises. L'impact de la puissance sonore fait ici sensation mais l'ensemble se laisse admirer comme un joyau sous verre.

    L'entracte permet aux irréductibles ennemis de la modernité de fuir le magnifique chef-d'œuvre que constitue Rituel. Écrite en 1974, après la disparition du compositeur et chef d’orchestre Bruno Maderna l’année précédente, la partition s’inscrit dans la lignée des tombeaux que dresse Boulez à des personnalités ayant marqué son parcours : Pli selon pli, …explosante/fixe…

    À la différence (majeure) des interprétations habituelles de Rituel, l'effectif instrumental n'est pas réparti en cercle autour du chef. Les huit groupes séparés se chevauchent ici dans une disposition qui ne permet pas d'en saisir la puissance d'expression. À chacun des groupes est associé un percussionniste, sans compter l'impressionnant assemblage de gongs situés ici à l'arrière de la scène et manipulé par deux percussionnistes.

    L'alternance entre parties dirigées et séquences improvisées ne dégage pas la sensualité à fleur de notes qu'on est accoutumé d'y trouver. Plus séduisante sera ici la façon magistrale avec laquelle Eötvös maîtrise les impacts initiaux et les notes tenues, transformant au passage les percussions en instruments à vent. Davantage lecture que rite initiatique, l'œuvre gagne par la précision des interprètes ce qu'elle perd en spontanéité et en mystère.




    Philharmonie, Paris
    Le 20/04/2015
    David VERDIER

    Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Peter Eötvös à la Philharmonie de Paris.
    Pierre Boulez (*1925)
    Livre pour cordes (1968)
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Le Sacre du printemps
    Pierre Boulez (*1925)
    Rituel in memoriam Bruno Maderna (1974)
    London Symphony Orchestra
    direction : Peter Eötvös

     


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