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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Nouvelle production de Macbeth de Verdi dans une mise en scène de Mario Martone sous la direction de Daniele Gatti au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Macbeth en deuil
© Vincent Pontet

Avalanche de crimes dont le sang ne rougit jamais la noirceur. La monstruosité de la tragédie écossaise découvre ici les recoins cachés des âmes, l’ivresse du pouvoir mais surtout sa puissance amoureuse. Une analyse qui met un certain temps à nous intéresser, plus ou moins selon les moments. Mais provoque l’inépuisable questionnement de l’œuvre de Shakespeare et Verdi.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 04/05/2015
Claude HELLEU
 



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  • Noir : Mario Martone revendique la couleur de sa mise en scène. L’obscurité est décor, un noir uniforme, étale pendant les deux premiers actes. L’ouverture de l’opéra de Verdi annonçait pourtant la violence du drame à venir. Daniele Gatti faisait feu de tous les pupitres de l’Orchestre national de France, précis, percutant, créant l’atmosphère qu’aurait dû alourdir d’entrée sous les éclairs le Sabbat de sorcières maléfiques.

    Noir du vide, des vêtements, des murs du palais où Macbeth stupéfié, perturbé, ébloui par les prédictions de sa future royauté retrouve son épouse moulée d’un rouge symbolique de tout le sang qui sera versé dans ce noir sans que nous en soyons le moins du monde épouvantés. Le parti pris de privilégier la psychologie du couple maudit élimine tout élément descriptif comme si seule comptait leur vie intérieure.

    Sa vie intérieure, Lady Macbeth nous en vocifère la hardiesse dès sa première cavatine. À l’annonce d’une couronne sur sa tête, Susanna Branchini ne recule devant aucun excès. Foin de toute joliesse dans la voix dure, perçante, chaotique, au vibrato surexcité d’ambition et de haine, aux éclats coupants par trop semblables qui tranchent plus qu’ils n’effraient.

    Pauvre Macbeth. Déchiré entre la tentation et la culpabilité du meurtre à perpétrer, il se présente plus veule que torturé. Roberto Frontali se réserve en conséquence. Manié par cette épouse qui le domine, la mollesse de ses attitudes, le trouble de ses incertitudes imprègnent une expressivité en retrait. Le baryton nous frustre comme il frustre sa machiavélique épouse. Une sorte de monotonie visuelle s’instaure à leur écoute. Qu’afflige le petit tour sur scène de deux chevaux totalement incongrus dans ce minimalisme.

    Macbeth a tué le roi Duncan et se montre incapable de retourner occire sa suite. Lady Macbeth lui prend le poignard ensanglanté et agit. L’anonyme tuerie est découverte. La foule face au public, Chœur de Radio France à pleins poumons, appelle la colère divine sur l’infâme assassin. Devant elle, le couple complice et stérile s’enlace et danse amoureusement. On constate, sans émotion.

    Banquet à la Cour. Place à la fête en noir. Devenus roi et reine, les Macbeth font tuer Banquo, l’ami dont la descendance régnera, ont prédit les sorcières. Nous n’entendrons plus la basse profonde d’Andrea Mastroni. Apparaît son spectre. Épouvanté, Macbeth fait front et Roberto Frontali s’affirme. La plénitude du timbre, l’expressivité de plus en plus déterminée ne cesseront de s’épanouir comme grandissent terreurs mais lucidité et autorité. Il retournera voir les sorcières avec l’exigence de connaître sa destinée.

    Autour de leur chaudron elles ne sont guère convaincantes. En réponse à Macbeth les apparitions défilent, vidéos de Macduff, Malcolm, Banquo un miroir à la main avec sa descendance, cependant qu’un miroir immense reflète Daniele Gatti à la tête de l’orchestre. Images dont l’intelligence prime sur le drame, plus présent dans la musique. Tuer, encore tuer, tel est l’impératif.

    Macbeth n’a plus peur. La voix concise et rassemblée, le baryton devient ce personnage dont rien n’arrêtera la spirale de crimes et qu’indiffère dorénavant la folie puis la mort de sa femme. Somnambule hallucinée, terrifiée de remords, Susanna Branchini s’impose alors, hachant les mots, l’articulation maîtresse des escarpements exigés par un chant proche du parlando, notes pointées et silences creusant les phrases.

    Cependant la révolte gronde, le peuple crie famine, en bordure de la toujours noire forêt de Birman la vengeance s’organise sous la conduite de Malcolm et Macduff. Moment de bonheur avec le ténor Jean-François Borras dont le timbre clair apporte une lumière acclamée. Le combat final, la victoire des rebelles, le chœur euphorique retombent dans la grisaille d’une aube incertaine.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 04/05/2015
    Claude HELLEU

    Nouvelle production de Macbeth de Verdi dans une mise en scène de Mario Martone sous la direction de Daniele Gatti au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Macbeth, opéra en quatre actes
    Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei d’après la tragédie de Shakespeare
    Version de 1865

    Chœur de Radio France
    Orchestre national de France
    direction : Daniele Gatti
    mise en scène, scénographie : Mario Martone
    costumes : Ursula Patzak
    éclairages : Pasquale Mari

    Avec :
    Roberto Frontali (Macbeth), Susanna Branchini (Lady Macbeth), Andrea Mastroni (Banquo), Jean-François Borras (Macduff), Sophie Pondjiclis (la dame d’honneur de Lady Macbeth), Jérémy Duffau (Malcolm), Patrick Ivorra (le médecin), Philippe Equeym (un sicaire), Patrice Verdelet (une apparition), Grégoire Guérin (un héros, un appariteur).

     



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