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CRITIQUES DE CONCERTS 01 octobre 2020

Nouvelle production de Wozzeck de Berg dans une mise en scène de Sandrine Anglade et sous la direction d’Emilio Pomarico à l’Opéra de Dijon.

Wozzeck dans l’abîme
© Gilles Abegg

Heureux Dijonnais, qui ne savent pas la chance qu’ils ont d’entendre, dans le Wozzeck de Berg, un orchestre de la trempe du SWR Baden-Baden und Freiburg, sous la direction enténébrée d’Emilio Pomarico. Relayée par une excellente distribution, la production relègue la mise en scène de Sandrine Anglade au second plan.
 

Auditorium, Dijon
Le 10/05/2015
Yannick MILLON
 



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  • On ne le dira jamais assez, la prĂ©sence d’un orchestre de choc fait immĂ©diatement la diffĂ©rence dans les grands chefs-d’œuvre lyriques programmĂ©s en rĂ©gions. Ainsi, alors qu’il faut souvent dĂ©plorer une trame orchestrale branlante dès lors qu’on s’éloigne des grands centres culturels, saluons l’initiative de Laurent Joyeux, directeur de l’OpĂ©ra de Dijon, d’avoir assurĂ© la rĂ©ussite de son Wozzeck par la prĂ©sence en fosse de l’Orchestre de la SWR de Baden-Baden und Freiburg, l’un des bijoux du genre, apte comme peu d’autres Ă  maĂ®triser une partition aussi complexe.

    Dès lors, Emilio Pomarico n’a qu’à modeler à loisir cet instrument de prestige, qui n’avale aucun des traits de cordes insensés ni ne rate aucune entrée enfouie dans une polyphonie à la richesse inouïe, et sait constamment trouver la bonne couleur, les bonnes mixtures dans l’acoustique généreuse de l’auditorium. Partant, choix sera fait d’un Wozzeck beaucoup plus allemand que viennois, lent mais aux accélérations foudroyantes (ultime interlude), sans zones de lumières, auxquelles on a préféré ici les terrifiants tréfonds de l’abîme, dans une lecture enténébrée, semblant constamment sourdre des profondeurs.

    Secousses telluriques des tutti, ronflements des médiums et des graves, interventions jamais acérées de cuivres insufflant la peur plutôt par le remplissage suffocant de l’harmonie, on se situe dans une esthétique des raclements de contrebasses, d’une manière d’aborder la dramaturgie dans une progression inéluctable de la tension, constante et régulière.

    Pour mieux culminer dans un III aux cordes solo murmurées, émergeant du silence pour mieux y retourner, et une scène du meurtre insoutenable d’attente, atmosphère entre chien et loup, glaçante, jusqu’à ce coup de gong imperceptible lançant un empilement de sonorités cuivrées à faire froid dans le dos, et cet impitoyable martèlement de timbale qui tord les tripes. Quand on pense que la bêtise des politiques a choisi de sacrifier cette phalange qui a tant servi le répertoire moderne et contemporain en la fusionnant avec l’Orchestre de la radio de Stuttgart…

    Sur cette base royale s’épanouit une distribution jeune, homogène, aux individualités attentives à l’équilibre de l’ensemble, généralisant le chant plutôt que de recourir à un authentique Sprechgesang aux endroits indiqués. Un équilibre que la vastitude de la salle, idéale pour les instruments, ne rend pourtant pas évident a priori.

    Le Wozzeck de Boris Grappe paraîtra donc souvent léger, au bénéfice d’une incarnation tout en humanité, d’une musicalité de la ligne rare, victime jamais méprisable qui clame sa douleur avec une maîtrise de l’allemand contaminant l’ensemble du plateau, et sans la moindre vocifération. Peu projetés également, l’Andrès de Gijs Van der Linden et le Docteur de Damien Pass offrent tous deux une déclamation naturelle et une absence totale de relâchement rythmique, qualités assez peu répandues pour être soulignées.

    Émissions plus percutantes, la Marie d’Allison Oakes, jamais en rade d’aigu déchirant les ténèbres, qui peut s’appuyer sur un médium charnu, chant sostenuto et sur de vraies hauteurs, toujours dans une troublante paranoïa entre absence de culpabilité et insupportable remords, le Tambour-major de l’inoxydable Albert Bonnema, au formant de Heldentenor, et l’impayable Capitaine de Michael Gniffke, piaillant, éructant avec une technique impeccable, complètent une distribution d’un niveau inespéré.

    On en oublierait presque la mise en scène sage, souvent distante et neutre de Sandrine Anglade, niant tout expressionnisme pour creuser dans la dimension sociale, présentant un Wozzeck détritus au milieu d’un champ de sacs poubelle, et poursuivi tout du long par trois figures de harcèlement : un Capitaine à casque de mobylette, un Docteur traînant un cadavre de mouton qu’il finira par arborer, une fois vidé, comme un chapeau, et un Tambour-major façon majorette, symboles d’oppression que reproduiront les costumes du chœur.

    Et même si la mise en scène, plus habile à traiter les séquences ramassées que les moments où les gestes se posent, s’efface constamment derrière la musique, on aime assez la manière dont Wozzeck tue Marie avec un morceau du miroir dans lequel elle s’admirait parée des boucles d’oreille de son amant, et le choix de faire enlever son cadavre par un convoi de majorettes, clones de ce dernier.




    Auditorium, Dijon
    Le 10/05/2015
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Wozzeck de Berg dans une mise en scène de Sandrine Anglade et sous la direction d’Emilio Pomarico à l’Opéra de Dijon.
    Alban Berg (1885-1935)
    Wozzeck, opéra en trois actes (1925)
    Livret du compositeur d’après le Woyzeck de Büchner

    Maîtrise de Dijon
    Chœur de l’Opéra de Dijon
    SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
    direction : Emilio Pomarico
    mise en scène : Sandrine Anglade
    décors : Claude Chestier
    costumes : Pauline Kieffer
    Ă©clairages : Caty Olive
    préparation du chœur : Mihály Menelaos Zeke

    Avec :
    Boris Grappe (Wozzeck), Allison Oakes (Marie), Albert Bonnema (Der Tambourmajor), Gijs Van der Linden (Andres), Michael Gniffke (Der Hauptmann / Der Narr), Damien Pass (Der Doktor), Manuela Bress (Margret), Arnaud Richard (Erster Handwerksbursch), Thibault Daquin (Zweiter Handwerksbursch).

     



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