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CRITIQUES DE CONCERTS 28 juillet 2017

Reprise des Fiançailles au couvent de Prokofiev dans la mise en scène de Martin Duncan, sous la direction de Tugan Sokhiev au Théâtre du Capitole, Toulouse.

Des Fiançailles en première classe
© Patrice Nin

Cette reprise des Fiançailles au couvent de Prokofiev au Théâtre du Capitole confirme le succès de 2011. Tugan Sokhiev enlève d'un geste clair et vigoureux une équipe vocale de tout premier plan. C'est ici le règne d'un théâtre burlesque et comique, n'hésitant pas à faire apparaître en filigrane le douloureux contexte politique dans lequel l'œuvre a vu le jour.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 15/05/2015
David VERDIER
 



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  • On ne change pas une équipe qui gagne. Ces Fiançailles au couvent reviennent à Toulouse quatre ans après les représentations données au Théâtre du Capitole puis à la salle Favart. L'humour décapant et décalé de la mise en scène de Martin Duncan sert à la perfection cette œuvre relativement méconnue de Prokofiev. À l'origine de cette lyrico-comédie se trouve The Duenna, pièce burlesque du dramaturge irlandais Sheridan, dans la traduction de la poétesse et compagne de Prokofiev, Mira Mendelson.

    Victime de la politique culturelle instaurée par Jdanov, le compositeur trouve dans ce sujet une matière idéale pour saisir au second degré une réalité oppressante. La trame semble relativement compatible avec la ligne idéologique du pouvoir politique, quitte à forcer le trait et extraire aux forceps des portraits-charges : des bourgeois saisis dans leur cupidité et leur dépravation morale, des moines imbibés d'alcool et de luxure. Ce joyeux tableau à la mode Goldoni sur fond de Révolution d'Octobre s'amuse à brouiller les pistes et se joue avec délectation des grilles de lecture traditionnelles. L'œuvre est composée durant l'été 1940, mais la création devra être annulée en 1941, au moment de l'attaque de l'URSS par l'Allemagne nazie.

    Les décors d’Alison Chitty puisent dans l'imaginaire visuel du ciné-train d'Alexandre Medvedkine ou les kaléidoscopes d'un Dziga Vertov pour convertir la fausse Séville de l'intrigue en décor constructiviste soviétique. Les chorégraphies réglées par Ben Wright complètent le tableau en soulignant les angles vifs et les gestes mécaniques – la danse du poisson géant et les ouvriers de la conserverie. Les nombreux changements à vue apportent une touche dynamique et une fluidité vaguement improvisée à un spectacle par ailleurs remarquablement mis en scène.

    Sans parler de chef-d'œuvre injustement oublié, on ne pourra cependant qu'applaudir à cet enchaînement de saynètes qui vont en s'accélérant. Les ensembles chantés apportent cohérence et équilibre au fil narratif : le quatuor dans l'appartement de Mendoza, la désopilante scène des répétitions du mariage, le mirage éphémère et génial de la Cène de Vinci durant l'épisode des moines dépravés.

    Le plateau sonne de manière très homogène, en particulier grâce à un russe quasi parfait. Le déploiement très souple de la soprano Anastasia Kalagina campe une Louisa très agréable à écouter. La Clara d'Almanza est chantée, comme en 2011, par Anna Kiknadze, mezzo à la voix ambrée et profonde. Elena Sommer illumine le rôle de la Duègne, parfaitement en phase avec les exigences d'un théâtre qui ne sacrifie rien des exigences techniques du chant. Le Mendoza de Mikhail Kolelishvili est puissamment incarné par une ligne de basse qui jamais ne charbonne et dont on admire l'étonnante projection.

    Face à lui, John Graham-Hall est un Don Jérôme de grande qualité, aussi à l'aise quand il s'agit de maîtriser le périlleux numéro de métallophone dans la dernière scène que dans l'expression de la jalousie paternelle. Le couple de prétendants n'a pas l'aura attendue, que ce soit du côté du pâle Don Ferdinand de Garry Magee ou du rugueux Don Antonio de Daniil Shtoda. On admire le numéro de haute voltige des moines Vasily Efimov, Marek Kalbus et Thomas Dear, respectivement Frère Elustaphe, Frère Chartreuse et Frère Bénédictine.

    L'Orchestre et les chœurs du Capitole sont, avec les solistes, le second élément-clé de la réussite de cette soirée. Les sonorités puissantes et charnues sont brillamment millimétrées par un Tugan Sokhiev très attentif à varier effets dynamiques et équilibres des plans. Le jeune chef russe a compris que cette œuvre exigeait de prendre des risques pour pouvoir faire exploser toute sa charge comique et dérisoire.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 15/05/2015
    David VERDIER

    Reprise des Fiançailles au couvent de Prokofiev dans la mise en scène de Martin Duncan, sous la direction de Tugan Sokhiev au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    Les Fiançailles au couvent, opéra lyrico-comique en quatre actes (1940)
    Livret de Mira Mendelson d'après la Duègne de Sheridan

    Chœur et Orchestre national du Capitole
    direction : Tugan Sokhiev
    mise en scène : Martin Duncan
    décors & costumes : Alison Chitty
    éclairages : Paul Pyant
    préparation des chœurs : Alfonso Caiani

    Avec :
    Alexandra Deshorties (Medea), Andrea Carè (Giasone), Daniel Okulitch (Creonte), Grazia Doronzio (Glauce), Sara Mingardo (Neris), Johanna Rudström (Première Servante), Magdalena Risberg (Deuxième Servante), Alexander Milev (un Capitaine de la garde), John Graham-Hall (Don Jérôme), Garry Magee (Don Ferdinand), Anastasia Kalagina (Louisa), Elena Sommer (La duègne), Daniil Shtoda (Don Antonio), Anna Kiknadze (Clara d’Almanza), Mikhail Kolelishvili (Isaac Mendoza), Vladimir Kapshuk (Don Carlos), Alexander Teliga (Père Augustin), Vasily Efimov (Frère Elustaphe / Premier masque), Marek Kalbus (Frère Chartreuse / Deuxième masque), Thomas Dear (Frère Bénédictine / Troisième masque), Chloé Chaume (Lauretta), Catherine Alcoverro (Rosina), Claude Minich (Premier novice / Pablo), Emmanuel Parraga (Deuxième novice / Pedro), Alfredo Poesina (Lopez), Carlos Rodriguez (Miguel).

     



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