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CRITIQUES DE CONCERTS 18 août 2018

Première à l’Opéra Comique, Paris, des Contes de la lune vague après la pluie de Xavier Dayer dans une mise en scène de Vincent Huguet et sous la direction de Jean-Philippe Wurtz.

Une lune incertaine
© Vincent Pontet

Fasciné par la poésie et le message du film de Kenji Mizoguchi, Xavier Dayer adapte son scénario avec la complicité d’Alain Perroux pour une œuvre éponyme sous la forme d’un opéra de chambre. Captation ou hommage du jeune compositeur au vieux maître, les Contes de la lune vague après la pluie deviennent un spectacle vivant dont on peut discuter le bien fondé.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 18/05/2015
Claude HELLEU
 



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  • Créée le 20 mars 2015 à l’Opéra de Rouen, en coproduction avec l’Opéra Comique Fondation Royaumont, l’opéra de chambre de Xavier Dayer bénéficie du titre d’un film culte de Mizoguchi. Les Contes de la lune vague après la pluie en appellent à un monde onirique dont le scénario adapté du cinéma à la scène par le compositeur et son librettiste Alain Perroux suit le parcours de l’original pas à pas pourrait-on dire.

    Les nouveaux auteurs s’efforcent de retrouver l’épure de la poésie japonaise et l’atmosphère parfois fantastique d’une histoire initiatique. Deux couples pauvres, deux hommes aux ambitions d’argent et de gloire, deux épouses livrées à elles-mêmes, deux réussites qui ne sont que mirages, des existences dévastées mais enrichies d’amour dans le retour à la misère et la vie simple et vraie : du rêve à la réalité, à travers les épreuves l’homme se cherche et se trouve.

    Inspiration ? Captation ? De Mizoguchi à Alain Perroux, l’adaptation plus respectueuse qu’inspirée se discute. Seul le décor personnalise le spectacle. Richard Peduzzi en est l’artisan, magicien du parcours des personnages en tous points fidèles à leurs modèles, nous emmenant presque en glissant d’un lieu à un autre. Sous une lune mouillée, brumes et brouillards donnent leur flou aux scènes enchaînées, trouble écho du mystère irradiant le film tourné en noir et blanc en 1953.

    L’éclat d’un immense voile rouge en rompt la grisaille quand nous pénétrons l’univers d’une princesse hors du temps, l’irrésistible Wakasa. Luanda Siquiera, elle aussi vêtue de ce rouge luxuriant, a toute la sensualité voulue pour séduire le simple Genjuro venu vendre ses poteries et ainsi faire fortune. Taeill Kim l’incarne avec une justesse émouvante. Sa découverte de la luxure puis l’écroulement de son illusion n’en rendra que plus touchant son retour à la femme qu’il aime, tuée en son absence et devenue le fantôme qui ne le quittera plus dans la paix retrouvée.

    Le ténor Carlos Natale n’est pas moins excellent en Tobe, le beau-frère du précédent mu par son obsession de devenir samouraï, souvent drôle dans une lâcheté vulgaire à l’égal de sa vanité grotesque. Le troisième homme de la distribution, David Tricou, se métamorphose aussi bien en Homme sur le bateau, Armurier, Marchand d’étoffes sur le marché où les désirs vont se réaliser, du moins le croient les deux héros, Nourrice de la princesse, Commandant, Prêtre.

    Les qualités de jeu soutiennent le texte parlé, chanté syllabique ou mélismatique de ces interprètes masculins. Convaincantes et convaincues dans leurs sentiments infiniment plus solides que ceux de leurs hommes, Miagy, l’épouse de Genjuro et Ohama, celle de Tobé, sont moins compréhensibles. Majdoulie Zerari et Judith Fa affrontent irrégulièrement des espaces disjoints dont l’évidence musicale ne s’impose pas plus que le reste de la partition.

    Car si la qualité de la scénographie et des interprètes crédibilise ce spectacle, la musique l’alourdit. Sous la direction de Jean-Philippe Wurtz, les neuf musiciens de l’Ensemble Linea servent au mieux une musique qui progresse par à-coups, souvent très bruyants, mais sans trajectoire. L’uniformité d’effets répétitifs, trop semblables, manque d’un souffle porteur, créant une sorte d‘immobilisme. Sous sa forme concise et sans rupture, l’opéra de chambre de Xavier Dayer et Alain Perroux manque des silences où se prolongeraient les vertiges du désir et la sérénité gagnée. Ni trahis ni transcendés, les Contes de la lune vague après la pluie demeurent ceux de Mizoguchi.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 18/05/2015
    Claude HELLEU

    Première à l’Opéra Comique, Paris, des Contes de la lune vague après la pluie de Xavier Dayer dans une mise en scène de Vincent Huguet et sous la direction de Jean-Philippe Wurtz.
    Xavier Dayer (*1972)
    Contes de la lune vague après la pluie, opéra de chambre en un prologue, deux parties et un épilogue (2015)
    Livret d’Alain Perroux d’après le scénario du film de Kenji Mizoguchi

    Ensemble Linea
    direction : Jean-Philippe Wurtz
    mise en scène : Vincent Huguet
    décors : Richard Peduzzi
    costumes : Caroline de Vivaise
    éclairages : Bertrand Couderc

    Avec :
    Taeill Kim (Genjuro), Mzjdouline Zerari (Miyagi), Carlos Natale (Tobe), Judith Fa (Ohama), Luanda Siqueira (Princesse Wakasa), David Tricou (l’Homme sur le bateau/ l’Armurier / le Marchand d’étoffes / la Nourrice / le Commandant / le Prêtre), Louis ou Lucas Bischoff en alternance (l’Enfant).

     



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