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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, avec la participation du violoniste Renaud Capuçon à la Philharmonie de Paris.

Mahler à la schlague
© Matthias Bothor

Après un concerto de Bruch sous l’archet caressant de Renaud Capuçon, plus rayonnant dans le cantabile que dans la fougue rythmique, l’Orchestre de Paris et Paavo Järvi livrent une Cinquième Symphonie de Mahler supersonique, avançant à coups de cravache et d’accelerandi furieux, au détriment de la structure de l’œuvre et de sa respiration.
 

Philharmonie, Paris
Le 28/05/2015
Yannick MILLON
 



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  • Programme riche pour cette soirée symphonique de l’Orchestre de Paris, s’ouvrant sur le Premier Concerto pour violon de Bruch sous l’archet de Renaud Capuçon. L’occasion de confirmer à quel point le jeune quadra réussit toujours à déployer un magnifique cantabile à travers un son plutôt petit mais bien timbré, et à phraser avec élégance et un joli vibrato les états d’âme de ce concerto romantique par excellence.

    L’accompagnement de Paavo Järvi jouerait presque trop volontiers des coups de boutoir après une entrée en matière tâtonnante, jusqu’à un premier tutti des cordes empoigné sans ménagement et avec un coup d’accélérateur inattendu. Comme l’y prédispose sa sonorité très fine, Capuçon apparaît moins à son aise dans le Finale et ses emballements, moins souverain dans une endurance qui n’est pas son point fort.

    Le violoniste ressort en bis la Danse des esprits bienheureux de Gluck qu’il avait déjà donnée avec Radio France en novembre 2013 à la salle Pleyel. Qu’importe, quand une ligne de chant vibrante au propre comme au figuré s’approprie le solo de flûte de l’Orphée de Gluck avec une réelle poésie s’achevant aux frontières du silence.

    Le plat de résistance, la Cinquième Symphonie de Mahler, séduira dans l’ensemble beaucoup moins, en raison de la tendance du chef estonien à ériger en système un effet d’accélérés ralentis tenant lieu de rhétorique. Se jetant à corps perdu et avec une énergie frénétique dans les deux premiers mouvements, Järvi fait sauter toutes les coutures de la structure mahlérienne, délivrant autant de coups de fouets que la partition comporte d’accents forte ou d’interventions solistes surmontées de la moindre indication d’appui.

    Le Scherzo et le Finale se sortent le mieux de cette battue à la schlague, qui s’offrent par endroits des plages de détente permettant enfin de respirer, comme ces petits épisodes à trois temps, façon Ländler, au centre du troisième mouvement, très rubato, assumant parfaitement leur origine viennoise, ou ce traitement chirurgical de la circulation de courtes cellules dans les dédales du dernier mouvement, terminé sur une foucade ahurissante de virtuosité.

    Mais la Marche funèbre initiale et le Stürmisch bewegt qui suit, désordonnés à force d’électricité, lassent vite par leur yo-yo agogique constant. L’Adagietto, cœur même de la symphonie, pourtant débuté dans un calme d’apparence olympienne, résume lui aussi l’interprétation de la partition entière, beaux moments en apesanteur dans la nuance piano, accélérations systématiques dès lors que la dynamique s’élève, ruinant les deux moments de tension, pics émotionnels des cordes tellement bousculés qu’ils en perdent tout sens. À fuir le sentimentalisme, Järvi finit par assécher le discours, par annihiler toute expressivité et enterre son mouvement lent sans fleurs ni couronnes.

    En dehors d’un tuba vraiment peu porté sur la discrétion dans la première partie, presque caricatural d’une présence claire trop typiquement française pour sonner mahlérienne, l’Orchestre de Paris suit son directeur musical dans ses retranchements, avec un pupitre de violons, seconds comme premiers, engagé, très à la corde, jouant avec beaucoup de ce grain qui manque ce soir aux altos.

    Si Paavo Järvi est un dompteur d’orchestres comme il en est peu, qui a fini de hisser l’Orchestre de Paris à un niveau international, son affinité avec le compositeur viennois reste à prouver, surtout après les années Eschenbach dont Mahler était le cœur de répertoire, valant à son mandat à la tête de la formation parisienne quelques-uns de ses plus beaux concerts.




    Philharmonie, Paris
    Le 28/05/2015
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, avec la participation du violoniste Renaud Capuçon à la Philharmonie de Paris.
    Max Bruch (1838-1920)
    Concerto pour violon n° 1 en sol mineur op. 26 (1866)
    Renaud Capuçon, violon
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 5 en ut# mineur (1902)
    Orchestre de Paris
    direction : Paavo Järvi

     


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