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CRITIQUES DE CONCERTS 06 avril 2020

Nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy dans une mise en scène de Christophe Honoré et sous la direction de Kazushi Ono à l’Opéra de Lyon.

Pelléas s'égare
© Jean-Louis Fernandez

Pour clore sa saison, l’Opéra de Lyon interroge la dramaturgie de Pelléas et Mélisande en tentant une approche sociale, psychologique et sexuelle du livret de Maeterlinck, qui s’avère vite bousculé par un tel traitement. En revanche, la direction de Kazushi Ono ainsi qu’un plateau au français impeccable raflent la mise au niveau musical.
 

Opéra national, Lyon
Le 08/06/2015
Yannick MILLON
 



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  • Pour ses premiers pas dans le monde lyrique, Christophe HonorĂ© avait rĂ©ussi de très beaux Dialogues des carmĂ©lites dans le mĂŞme OpĂ©ra de Lyon oĂą il tente cette fois de plaquer son univers sur le PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy. Et si son interrogation sur la promiscuitĂ©, l’absence d’intimitĂ© accouchaient de très beaux moments chez Bernanos, l’univers symboliste de Maeterlinck rĂ©siste beaucoup plus opiniâtrement aux obsessions du cinĂ©aste français.

    Dès le lever de rideau, la Jaguar stationnée à l’orée du bois donne le la d’une conception très triviale de la dramaturgie de l’unique opéra debussyste, qui évacue la notion fondamentale de mystère sans laquelle l’œuvre boite, purgée de forêt et d’ambiguïtés. Et à trop vouloir interpréter les situations, à inventer une psyché à chaque personnage là où le non-dit est omniprésent dans le livret, le visuel finit par bloquer la musique.

    Par un savant petit jeu de provocation, Honoré prend systématiquement l’exact contre-pied de l’intrigue, la scène caniculaire de la fontaine située devant un sinistre hangar où tombent des flocons de neige, le royaume d’Allemonde devenu une misérabiliste cité ouvrière de l’Yonne, si l’on en croit l’immatriculation du piège à putes de Golaud, infâme maquereau s’amourachant d’une Mélisande aux mœurs douteuses.

    Quant aux obsessions sexuelles, présentes jusque dans une vidéo souvent pléonastique, Pelléas pleurant la mort de son amant Marcellus aux poses lascives, atteint par le VIH, Golaud besognant sans ménagement Mélisande mourante sur le capot de sa voiture, Geneviève en mère abusive, peut-être incestueuse, ou mieux encore Arkel presque aveugle pelotant par erreur Yniold qui jouait avec la perruque de belle-maman, elles finissent d’anéantir un travail théâtral d’une certaine immédiateté.

    L’incompréhension s’installe enfin face à la manière dont le réalisateur filme sous toutes les coutures un Yniold préado qu’on croirait sorti d’un Larry Clark, insistance bien inutile quand le rôle est en fait chanté par son double en petit garçon, et dont les paroles frôlent le ridicule dans la bouche d’un adolescent traînant son vague à l’âme pendant quatre actes, avant de disparaître purement et simplement dans un V hautement improbable – Arkel chloroformant Mélisande pour on ne sait quelle raison avant qu’elle ne se suicide non sans avoir tenté d’emmener dans sa noyade sa petite fille âgée ici de cinq ou six ans.

    © Jean-Louis Fernandez

    Il fallait peut-être en arriver là pour admettre qu’hors symbolisme, Pelléas ne peut sans doute guère connaître de salut. Mais ce ratage est d’autant plus regrettable que l’équipe musicale est de premier plan, et avant toute autre la direction inquiète, sourde et aux teintes pâles d’un Kazushi Ono très inspiré, refusant le fondu orchestral pour mieux mettre en valeur par superposition des timbres la géniale instrumentation de Debussy.

    Une direction s’échauffant progressivement, jusqu’à un IV d’une trajectoire tragique fulgurante, et ménageant toute la soirée une parfaite souplesse au débit de la prosodie de référence de Debussy. Bernard Richter frôle l’idéal avec son Pelléas ténor tellement évident de tessiture, rongé et intérieur autant que capable d’élans lyriques irrésistibles, et d’une attention aux mots constante.

    Presque aussi idiomatique, la Mélisande fine et rayonnante d’Hélène Guilmette manquerait parfois de l’ombre, de la pointe de mystère des mezzos, et multiplie les effets d’accentuation des débuts de mots et les petits appuis aguicheurs contrecarrant le naturel du débit mais très adaptés au personnage voulu par le metteur en scène.

    Toujours éloquent, le Golaud de Vincent Le Texier, qui ne s’économise guère pour imposer un personnage brisé et odieux, souvent pathétique, souffre d’une voix très engorgée, usée jusqu’à la corde, surtout face à l’Arkel de Jérôme Varnier, émission ouverte comme on n’en ose plus, grave tendu comme un fil et diction irréprochable, et à la Geneviève si musicale de Sylvie Brunet, dont le phrasé a toujours été plus ensorceleur que l’élocution à proprement parler. Un très bel ensemble pour servir la galerie d’égarés présentée par Christophe Honoré.




    Opéra national, Lyon
    Le 08/06/2015
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy dans une mise en scène de Christophe Honoré et sous la direction de Kazushi Ono à l’Opéra de Lyon.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, opéra en cinq actes (1902)
    Livret de Maurice Maeterlinck

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Kazushi Ono
    mise en scène : Christophe Honoré
    décors : Alban Ho Van
    costumes : Thibault Vancraenenbroeck
    éclairages : Dominique Bruguière & François Menou
    vidéo : Michael Salerno

    Avec :
    Bernard Richter (Pelléas), Hélène Guilmette (Mélisande), Vincent Le Texier (Golaud), Jérôme Varnier (Arkel), Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Yniold (Cléobule Perrot / Léo Caniard), Jean Vendassi (le Berger / le Médecin).

     



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