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CRITIQUES DE CONCERTS 18 août 2018

Reprise de Falstaff de Verdi dans la mise en scène de Jean-Louis Grinda, sous la direction de Lawrence Foster à l’Opéra de Marseille.

Un Falstaff de basse-cour
© Christian Dresse

Cherchant à faire ressortir la fable de Falstaff, Jean-Louis Grinda emmène Shakespeare chez La Fontaine et transpose l’histoire dans une basse-cour, au risque de passer à côté de la finesse de l’ouvrage, heureusement porté par la musique du plateau et d’une fosse où Lawrence Foster semble diriger parfois la partition de Tosca.
 

Opéra, Marseille
Le 14/06/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Rongé par la maladie mais attiré par le fait de finir son œuvre sur un grand éclat de rire plutôt que sur la violence d’Otello, Verdi compose pour la comédie l’une de ses partitions les plus complexes et réussit à faire rire là où le monde finira par pleurer. Falstaff, dernier livret d’Arrigo Boïto pour le compositeur milanais, d’après deux ouvrages de William Shakespeare, nécessite pour être compris d’avoir vieilli et de savoir prendre du recul.

    Jean-Louis Grinda ne retient de cette histoire que la fable, qu’il avoue lui-même prendre pour prisme, en posant chaque personnage comme un animal de basse-cour, dans les costumes de Jorge Jara Guarda. Le Pancione devient un coq au milieu de ses poules, tandis que ses deux serviteurs sont des chats vicieux et le Dr Caïus un bouc. Non dénuée d’intérêt, la transposition semble pourtant trop simple, et au lieu de nous emmener complètement dans l’univers animal, le metteur en scène montre qu’il a travaillé le sujet en proposant un décor de livres géants, où l’imaginaire Richard Duck côtoie la partition de Verdi, le tome II de la Pleïade des œuvres de Shakespeare ou le DVD du film d’Orson Welles, avant Sleepy Hollow au plus noir acte III.

    Le décor de Rudy Sabounghi dans la forêt du dernier acte fait également penser au Songe d’une nuit d’été et au Freischütz, déjà utilisé dans d’autres mises en scène, ici principalement bien traité par les lumières de Laurent Castaingt, malgré un chœur d’insectes phosphorescents quelque peu ridicule mais excellemment préparé pour le chant. Ce travail évident, trop conventionnel pour proposer une analyse plus poussée, souffre d’une direction d’acteur simpliste, heureusement rattrapée par la ferveur et la qualité du plateau.

    En fosse, Lawrence Foster propose un Verdi tourné vers Wagner et Puccini, ce dernier ayant d’ailleurs assisté à la création à la Scala, tout juste auréolé du succès de sa Manon Lescaut. Le lyrisme recherché par le chef américain ramène parfois aux sonorités de Tosca. Son sens évident de la pulsation rend passionnantes les scènes de groupes et presque tout le I, notamment le quatuor féminin, mais perd quelque peu de force lorsqu’il faut plus de subtilité, comme lors du duo entre Ford et Falstaff. Malgré tout, on ne peut que louer le travail et les sons sans complexes d’un Orchestre de l’Opéra de Marseille à l’aise dans la musique italienne, à même d’en remontrer à nombre de théâtres plus au Sud de la Méditerranée.

    Le plateau est porté chez les hommes par Nicolai Alaimo, bientôt Falstaff à la Scala et digne successeur d’Ambrogio Maestri, bien qu’encore un peu jeune pour totalement maîtriser le personnage. Chez les femmes, la qualité du chant démarque Patrizia Ciofi, en difficulté dans quelques phrases trop rapides, mais au-dessus dans de nombreux ensembles – dont Tutto nel mondo – et aussi la prestation de Sabine Devieilhe, en costume de poule-soie blanche, trop falsetto lorsqu’il s’agit de minauder, mais impressionnante par la tenue et la stabilité des notes dans ses deux principales arias.

    Le reste du plateau montre une légère supériorité des femmes, bien que l’intelligence de Nadine Weissmann en Mrs Quickly manque d’italianità et la Meg Page d’Annunziata Vestri d’un peu de projection. Des deux compères, on retient le jeu de Rodolphe Briand (Bardolfo) et le bas-médium de Patrick Bolleire (Pistola), tandis que Jean-François Lapointe (Ford) peine à convaincre en première partie pour s’émanciper par la suite. Enea Scala (Fenton) a du timbre et du style, il lui manque juste le souffle en fin de phrase et de vrais aigus pour convaincre totalement.

    Créé il y a 131 ans par un chanteur marseillais, Falstaff trouve dans la superbe salle de la rue Molière une interprétation de haut niveau, où il semble qu’avec Lawrence Foster et un orchestre de qualité, la cité phocéenne a repris une place dans la cour des grands pour interpréter Verdi.




    Opéra, Marseille
    Le 14/06/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Reprise de Falstaff de Verdi dans la mise en scène de Jean-Louis Grinda, sous la direction de Lawrence Foster à l’Opéra de Marseille.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Falstaff, opéra en trois actes (1893)
    Livret d’Arrigo Boïto d’après les Joyeuses Commères de Windsor et Henry V de Shakespeare
    Chœur et Orchestre de l’Opéra de Marseille
    direction : Lawrence Foster
    mise en scène : Jean-Louis Grinda
    décors : Rudy Sabounghi
    costumes : Jorge Jara Guarda
    éclairages : Laurent Castaingt
    préparation des chœurs : Pierre Iodice

    Avec :
    Nicola Alaimo (Falstaff), Jean-François Lapointe (Ford), Patrizia Ciofi (Alice Ford), Sabine Devieilhe (Nanneta), Annunziata Vestri (Meg Page), Nadine Weissmann (Mrs Quickly), Enea Scala (Fenton), Carl Ghazarossian (Docteur Caïus), Rodolphe Briand (Bardolfo), Patrick Bolleire (Pistola).

     



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