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CRITIQUES DE CONCERTS 28 juillet 2017

Nouvelle production de Turandot de Puccini dans une mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Stefan Solyom au Théâtre du Capitole, Toulouse.

Turandot chez les fascistes
© Patrice Nin

Il aura fallu attendre presque vingt ans pour voir dans une salle d’opéra française une mise en scène de Calixto Bieito, et c’est le Capitole Toulouse qui ouvre le bal avec une Turandot sous tension, façon Salò de Pasolini, coproduite avec l’Opéra de Nuremberg. Si la production n’est pas du goût de tous, le niveau musical réjouit.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 28/06/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Lorsqu’elles ne sont pas injustement lancées vers un chanteur, mais plutôt contre une mise en scène dont on ne peut que reconnaître l’intelligence, les huées ont toujours une saveur particulière, presque agréable. Turandot subit aujourd’hui cet opprobre à Toulouse, dans une salle mélangée entre pour et contre, mais avant tout passionnée par les voix, comme le montrent les applaudissements nourris à la fin de Nessun dorma et de la mort de Liù.

    Il faudrait donc encore monter le chef-d’œuvre de Puccini comme Zeffirelli, et laisser au musée, loin de notre monde actuel, la violence et le caractère oppressif du livret. À son habitude, Calixto Bieito propose exactement l’inverse et exalte une tension qu’il maintient pendant deux heures et trois actes sans coupure, au risque de déplaire, malgré une transposition très lisible.

    Ainsi sommes-nous plongés dans une usine de poupées baigneurs, dans une Chine communo-fasciste, où déjà une forme de capitalisme fait sa loi, ici par l’intermédiaire d’une Turandot occidentale, au milieu du peuple et du trio Liù-Calàf-Timur en bleu de travail. Ping-Pang-Pong deviennent trois hauts gradés de l’Armée rouge, et l’on reconnaît en filigrane l’ultime chef-d’œuvre de Pasolini, Salò ou les 120 journées de Sodome, et sa logique totalitaire.

    Le parallèle est renforcé lorsqu’une femme-statue à la culotte ensanglantée apporte les robes de mariées aux gradés ; ou encore dans les filles à moitié nues tenues en laisse. Mais pas plus que dans la mise en scène du Tannhaüser de Kominski à Düsseldorf en 2012 – qui n’aura eu que deux programmations avant d’être censuré – l’idée n’est gratuite ni douteuse.

    Le livret d’Adami d’après Carlo Gozzi prend au contraire une ampleur rare dans ce système de contrainte, qui justifie ou propose des explications à ses faiblesses. Ici, lorsque Calaf donne l’énigme alors qu’il vient de remporter son droit d’épouser Turandot, il est conscient de l’amour que lui porte Liù, et lorsqu’il propose de mourir si l’on apprend son nom avant l’aube, c’est Liù qu’il regarde et non Turandot, car il laisse le choix à celle qui l’aime de sa mort, plutôt que de son bonheur avec une autre.

    L’insoutenable corps torturé de Timur au dernier acte prend autant de valeur dans le fait qu’il a dû lui aussi être supplicié pour parler, et non pas simplement bousculé comme on le voit habituellement ; de même des panneaux « Traître » portés autour du cou des condamnés à mort, rapportant à la Chine totalitaire de Mao. Seul frustre le final, où tous finissent en bleu de travail dans un communisme égalitaire triomphant, car il semble surtout montrer de la part du metteur en scène espagnol un exutoire à la musique alourdie de la version Alfano, en créant une absence de pathos et un hiératisme peut-être trop appuyé.

    En Turandot, l’efficace Elisabeth Matos dépasse l’orchestre en toute occasion, malgré un volume sonore toujours très élevé. Elle déçoit plus au I lorsqu’elle doit alterner entre deux tessitures pour tenir sa partition, et par une stridence de l’aigu ensuite. Eri Nakamura convainc plus en Liù, malgré une certaine fatigue vocale, mais n’a ni la sensibilité ni la diction d’Agresta à Milan en mai.

    Le cast masculin est quasi irréprochable, à commencer par le Calaf impressionnant d’Alfred Kim, dont l’impeccable technique s’ajuste à son beau timbre. La basse In Sung Sim propose un Timur vibrant aux graves posés, tandis que l’Empereur Altoum sénile de Luca Lombardo et le Mandarin de Dong-Hwan Lee n’appellent aucun défaut. Du trio de ministres, le baryton Gezim Myshketa (Ping) est le plus remarquable, d’autant qu’il ressemble à l’un des acteurs principaux du film de Pasolini.

    L’Orchestre national du Capitole porte sa part de responsabilité dans cette superbe représentation. En plus d’être presque toujours irréprochable, il est dirigé avec force et dynamique par le chef suédois Stefan Solyom, sans jamais tomber dans la vulgarité ou la facilité, même au final. Le premier violon ne transperce peut-être pas tant le cœur qu’à la Scala sous Chailly, mais reste ardent à chaque intervention, tout comme son équivalent au violoncelle.

    Des cuivres et des percussions très distincts assurent avec autant de brio et prouvent le haut niveau de la maison du Languedoc sur la scène nationale. Comparables voire supérieurs, le Chœur et la Maîtrise du Capitole dirigés par Alfonso Caiani, précis, puissants et détaillés, achèvent de nous convaincre.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 28/06/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de Turandot de Puccini dans une mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Stefan Solyom au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Turandot, drame lyrique en trois actes (1926)
    Livret de Giuseppe Adami et Renatto Imoni d’après la fable de Carlo Gozzi

    Maîtrise et Chœur du Capitole
    Orchestre national du Capitole
    direction : Stefan Solyom
    mise en scène : Calixto Bieito
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Ingo Krügler
    vidéo : Sarah Derendinger
    éclairages : Olaf Lundt, adaptées par Olivier Oudiou
    préparation du chœur : Alfonso Caiani

    Avec :
    Elisabete Matos (Turandot), Alfred Kim (Calaf), Eri Nakamura (Liù), Luca Lombardo (l’Empereur Altoum), In Sung Sim (Timur), Gezim Myshketa (Ping), Gregory Bonfatti (Pang), Paul Kaufmann (Pong), Dong-Hwan Lee (un Mandarin).

     



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