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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Nouvelle production d’Alcina de Haendel dans une mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Andrea Marcon au festival d’Aix-en-Provence 2015.

Aix 2015 (1) :
La traversée des apparences

© Patrick Berger

Quatrième mise en scène de Katie Mitchell à Aix, cette Alcina recycle ce qui avait fait le succès de Written on skin il y a trois ans. Au-delà d'une vision féministe et trop systématique, on saluera la prise de rôle d'une Patricia Petibon moyennement entourée malgré l'écrin de luxe dessiné par l'excellent Andrea Marcon à la tête du Freiburger Barockorchester.
 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 10/07/2015
David VERDIER
 



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  • Après Ariodante l'an dernier, Haendel est de retour au festival d'Aix-en-Provence avec Alcina. Cette baroque et délirante histoire de magiciennes est confiée pour l'occasion à l'Anglaise Katie Mitchell, qui signe là sa quatrième collaboration avec le festival après Written on Skin (2012), The House Taken Over (2013) et Trauernacht (2014). Difficile de ne pas repérer d'emblée des éléments qui s'apparentent à un style Mitchell, à commencer par le décor de Chloe Lamford, sur deux étages avec un espace central et pièces latérales où les gestes et les déplacements semblent au ralenti.

    Un salon art-déco figure cette île mystérieuse où Alcina et sa sœur Morgana attirent les héros pour les séduire et sitôt après, les transformer en animaux ou en pierre. L'imaginaire de Katie Mitchell n'hésite pas à puiser dans H.G.Wells décrivant les expérimentations du docteur Moreau, avec un brin d'humour assez Grand-Guignol quand il s'agit de faire passer ces dignes représentants de la gent masculine dans une machine qui les change en animaux empaillés.

    Assez différentes l'une de l'autre, ces deux croqueuses d'hommes alternent entre nymphomanie chic (Morgana) et courroux vengeur (Alcina). Ainsi, la fidélité trompée de l'une contraste avec cet appétit de liens et cravaches chez l'autre. D'un espace à un autre, les magiciennes changent d'apparence, au gré d'un étrange sortilège qui les fait paraître tantôt âgées ou rayonnantes de fraîcheur selon qu'elles franchissent les portes qui les mènent dans les espaces latéraux.

    Les éclairages de James Farncombe soulignent à la perfection un procédé très virtuose dont le réglage impeccable finit pourtant par lasser car trop systématique. Alicia et Morgana sont doublées par des actrices dont les mouvements sont coordonnés à la seconde près, tandis qu'une cohorte de servantes s'affairent tout autour. Cet incessant ballet de domestiques au flegme impassible nous transporte chez Pauline Réage et Luis Buñuel, faisant paraître plus torrides encore des scènes déjà explicitement érotiques. Mais à trop charger le trait du côté de la domination féministe, c'est une relative froideur qui finit par dominer le plateau, quitte à concentrer l'intérêt sur la belle prestation de Patricia Petibon, à la fois bonne actrice et haendélienne accomplie.

    © Patrick Berger

    L'irruption, en tenue d'opérations spéciales, de Bradamante et Melisso, déplace du côté de la série TV ce qui aurait pu servir plus astucieusement de référence littéraire à l'Orlando furioso de l'Arioste. Seules les allusions (discrètes) à la psychologie des personnages à travers leur apparence animale, tantôt félin, tantôt oiseau, peuvent encore susciter de l'intérêt. Une belle idée cependant : les mains d'Alcina caressant un ventre que l'on devine gravide – geste qui dessine un trouble profond parmi l'assistance (Bradamante la première, venue arracher son héros de mari des bras de la magicienne). La vision finale des deux sœurs prenant la place de leurs victimes dans les vitrines n'atteint pas à ce même degré d'ingéniosité.

    Prise de rôle et coup de maître pour l'Alcina de Patricia Petibon. On l'avait adorée en Ginevra, fiancée d'Ariodante, on la retrouve dans un rôle-titre qu'elle éclaire d'une pâte vocale très élancée et très énergique, malgré quelques signes de fatigue évidente au III. Évitant l'écueil que lui tend la scénographie, elle domine de la tête et des épaules l'économie du souffle qu'il faut pour imposer Ah, mio cor ou Ah Ruggiero, ombre pallide.

    Anna Prohaska minaude sa Morgana au point d'amollir les contours de la ligne et se risquer à des aigus approximatifs (Tornami a vagheggiar). Le Ruggiero de Philippe Jaroussky trouve dans l'élégance du timbre adamantin ce qui manque encore à sa présence en scène. A-t-on entendu des Verdi prati taillés dans un albâtre d'une beauté aussi froide ? Le mezzo incandescent de Katarina Bradić va comme un gant à cette Bradamante mi-Fidelio mi-brune fatale. La voix un peu droite dans É gelosia se déplie et explose brillamment dans Vorrei vendicarmi. Le Melisso de Krzysztof Baczyk éclipse le pâle Oronte d’Anthony Gregory, tandis que le jeune sopraniste Elias Mädler réussit ses courtes et périlleuses interventions en Oberto.

    Les Freiburger Barockorchester et le Chœur MusicAeterna déploient des trésors de souplesse et de couleurs sous la direction d'Andrea Marcon. On en oublierait presque les généreuses longueurs d'une partition à la fois somptueuse et bavarde. Le chef italien joue ici la carte d'un Haendel moins soucieux des effets que de la justesse des équilibres entre les pupitres, et ce n'est pas pour nous déplaire.




    Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
    Le 10/07/2015
    David VERDIER

    Nouvelle production d’Alcina de Haendel dans une mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Andrea Marcon au festival d’Aix-en-Provence 2015.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Alcina, dramma per musica en trois actes (1735)
    Livret anonyme adapté de l'Isola di Alcina de Riccardo Broschi d'après l'Orlando furioso de l'Arioste

    Chœur MusicAeterna
    Freiburger Barockorchester
    direction : Andrea Marcon
    mise en scène : Katie Mitchell
    costumes : Laura Hopkins
    décors : Chloe Lamford
    éclairages : James Farncombe

    Avec :
    Patricia Petibon (Alcina), Philippe Jaroussky (Ruggiero), Anna Prohaska (Morgana), Katarina Bradić (Bradamante), Anthony Gregory (Oronte), Krzysztof Baczyk (Melisso), Elias Mädler (Oberto).

     



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