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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Première au festival d’Aix-en-Provence 2015 du diptyque Iolanta-Perséphone dans la mise en scène de Peter Sellars et sous la direction de Teodor Currentzis.

Aix 2015 (5) :
Poupées russes

© Pascal Victor

Créée il y a trois ans au Teatro Real de Madrid, cette production de Peter Sellars réunit la Iolanta de Tchaïkovski et la Perséphone de Stravinski. Ces deux œuvres à la logique et à l'intérêt très disparates valent surtout pour la direction de Teodor Currentzis, qui parvient à faire oublier des esthétiques dissonantes.
 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 14/07/2015
David VERDIER
 



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  • L'événement de cette édition 2015 du festival d'Aix, c'est ce diptyque insolite Iolanta-Perséphone imaginé par Peter Sellars pour le Teatro Real de Madrid en 2012 et placé sous la direction de Teodor Currentzis. Présenté comme une découverte, ce dernier opéra de Tchaïkovski n'a rien d'une nouveauté pour la plupart des salles européennes, même s'il reste moins programmé qu’Eugène Onéguine ou la Dame de pique.

    Ce naïf petit livret ramène étrangement à l'histoire locale, avec ce Roi René de Provence dont la fille aveugle est l'objet de tous ses soins et toutes ses inquiétudes, au point qu'il ordonne à quiconque entre en contact avec elle de ne jamais lui révéler sa cécité. Avec l'aide conjointe d'un médecin arabe et d'un beau chevalier, elle finira par recouvrer la vue et offrira son cœur en retour.

    Les ficelles de la mise en scène de Peter Sellars n'ont rien d'original mais on lui sait gré de ne pas avoir abusé d'artifices pour les dissimuler sous un vernis conceptuel. On est frappé d'emblée par cet étrange décor fait de trois cadres de portes surmontés d'énigmatiques sculptures évoquant vaguement des totems avec crânes d'oiseaux ou, à défaut de s'en convaincre, de formes abstraites et tactiles dont on aimerait trouver la signification en imaginant pouvoir les parcourir avec les mains, les yeux fermés. Ce point d'intérêt fait oublier une direction d'acteurs des plus conventionnelles, avec des déplacements au ralenti qui ne demanderaient qu'à se figer davantage pour ressembler à du Bob Wilson.

    En guise de commentaire gestuel, les acteurs de cette fable sont invités à manipuler les projecteurs alignés sur le proscenium, afin de les braquer violemment sur tel ou tel personnage. Ce jeu métaphorique décline à tous les degrés le thème de l'éblouissement lumineux et sentimental, avec pour corollaire esthétique ces ombres immenses et effrayantes qui s'agitent comme des scènes inversées sur le mur de fond.

    Interrompant l'action juste avant qu’Iolanta ne recouvre la vue, le chœur de l'Opéra de Lyon (auquel viennent se mêler des membres de MusicAeterna) se place tout autour de la scène pour chanter un extrait de la liturgie de la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome. L'effet de surprise s'ajoute à une interprétation désincarnée et aérienne qui s'inscrit parfaitement dans le continuum mélodique.

    La direction de Teodor Currentzis transcende l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Lyon sans jamais épaissir le discours musical. La Iolanta d’Ekaterina Shcherbachenko est peut-être un peu diaphane pour celui qui aurait Anna Netrebko à l'oreille. Elle offre une palette vocale contrastée avec l'abyssal Dmitry Ulyanov en Roi René et le brillant ténor polonais Arnold Rutkowski qui chante Vaudémont. Déception en revanche pour la ligne brouillonne de Willard White, peu crédible en médecin arabe russophone. Le Robert de Maxim Aniskin est tout aussi anecdotique sans pour autant déséquilibrer l'ensemble.

    En seconde partie, la figure de Perséphone-Proserpine (illustration mythologique de la périodicité des saisons), répond symétriquement au retour à la lumière d’Iolanta. On aura toutes les difficultés du monde à pénétrer l'univers désuet de cette Perséphone de Stravinski – hybride falot d'une musique néoclassique et d'un livret inexistant. La prosodie nasale et amidonnée d'André Gide retourne aux oubliettes sitôt que prononcée par une Dominique Blanc à la voix maladroitement amplifiée et réverbérée. L'inutile et comique agitation de danseurs cambodgiens envoie par le fond une œuvre déjà mise en danger par un Paul Groves en Eumolpe raide et hurleur. Étrange conclusion pour une entreprise qui semblait prometteuse sur le papier.




    Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
    Le 14/07/2015
    David VERDIER

    Première au festival d’Aix-en-Provence 2015 du diptyque Iolanta-Perséphone dans la mise en scène de Peter Sellars et sous la direction de Teodor Currentzis.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Iolanta, opéra en un acte (1892)
    Livret de Modeste Tchaïkovski d’après la Fille du roi René de Henrik Hertz
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Perséphone, mélodrame en trois tableaux (1934)
    Poème d’André Gide

    Maîtrise, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Teodor Currentzis
    mise en scène : Peter Sellars
    Décors : George Tsypin & Peter Sellars
    costumes : Martin Pakledinaz & Helene Siebrits
    éclairages : James F. Ingalls
    préparation des chœurs : Bodhan Shved

    Avec :
    Iolanta : Dmitry Ulianov (le Roi René), Maxim Aniskin (Robert), Arnold Rutkowsky (Vaudémont), Willard White (Ibn-Hakia), Vasily Efimov (Alméric), Pavel Kudinov (Bertrand), Ekaterina Scherbachenko (Iolanta), Diana Montague (Marta), Maria Bochmanova (Brigitta), Karina Demurova (Laura).
    Perséphone : Paul Groves (Eumolpe), Dominique Blanc (Perséphone), danseurs de l’Amrita Performing Arts, Cambodge : Sam Sathya (Perséphone), Chumvan Sodhachivy (Déméter), Khon Chan Sithyka (Pluton), Nam Narim (Mercure / Démophoon / Triptolème).

     



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