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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Nouvelle production du Trouvère de Verdi dans une mise en scène de Charles Roubaud et sous la direction de Bertrand de Billy aux Chorégies d’Orange 2015.

Orange 2015 (2) :
La mariée était en noir

© Bruno Abadie

Après huit ans d'absence, le Trouvère est de retour à Orange, dans la mise en scène très conventionnelle de Charles Roubaud. Cette production réunit une distribution de premier plan, à commencer par le Manrico de Roberto Alagna qui fait sa dernière apparition au Théâtre antique. La direction en demi-teintes de Bertrand de Billy tient la bride haute à un ONF en grande forme.
 

Théâtre antique, Orange
Le 04/08/2015
David VERDIER
 



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  • Le succès public du Trouvère de Verdi fait partie des mystères lyriques sans doute les mieux gardés et les plus inexplicables. L'imbitable livret de Salvatore Cammarano a beau résister à toutes les entreprises herméneutiques, cela ne l'a pas empêché de passer à la postérité et de s'imposer comme un modèle du genre. Impossible pourtant de démêler les fils de cette histoire à tiroirs, combinaison de vengeance rancie, d'honneur trompé et d'amour romantique.

    L'option retenue par Charles Roubaud ne s'embarrasse pas de ce genre de détails. Le metteur en scène transpose le contexte du conflit de succession pour la couronne d'Aragon à la guerre civile de 1936. Difficile de dire si le fait de voir le Comte di Luna en officier franquiste et Manrico en gitan facilite la lecture de l'intrigue, sauf à ne pas trop intellectualiser et se contenter d'imaginer (sans savoir qui est qui) une vague opposition entre partisans de l'infant de Castille et du comte d'Urgel…

    Après la relative déception d'une Carmen prisonnière d'un décor statique en forme de jeu de cartes géant, on ne pourra qu'apprécier l'astuce des projections de Camille Lebourges, transformant le mur antique tantôt en jardins nocturnes, en salle voûtée médiévale ou en prison… Une relative abstraction contraste avec l'épaisseur d'une imagerie très premier degré, comme ces poncifs zingaresques dont rien ne nous est épargné, ni sequins, roulotte, grosses bagues et chaînes en or qui brillent…

    Tant pis si la direction d'acteurs laisse George Petean rouler des yeux, bras ballants ou abandonne Hui He à des poses de reine mère ; les plus aguerris tireront leur épingle du jeu, à commencer par le toujours bondissant Roberto Alagna ou l'étonnante Marie-Nicole Lemieux. Les ensembles fonctionnent correctement, malgré des éclairages réduits à quelques poursuites mal ajustées. On ne pourra pas être aussi enthousiaste pour les duos où, sans impulsion ni originalité, l’on sombre rapidement dans l'ennui – cette vision de Manrico tiraillé entre sa fausse mère et sa presque fiancée.

    Le chant quant à lui se porte plutôt bien, à commencer par l'excellent Comte de Luna de George Petean, invité pour la première fois aux Chorégies. Le baryton roumain n'a pas besoin de grossir le trait pour imposer son personnage de vrai-faux méchant. Il sait sublimer son Il balen del suo sorriso d'un Comprimari final qui emporte l'adhésion du public.

    Premiers pas moins convaincants pour la soprano chinoise Hui He dans le rôle de Leonora. Des trois voix principales, elle est celle qui apprivoise le moins bien l'acoustique du mur antique. Courant après l'orchestre au moment de danser son Di Tale amor, elle trébuche dans les amorces de duos et vise souvent trop bas dans les fins de phrases. Son Amor sull'ali rosee est riche en nuances et en couleurs mais sans consonnes et comme dénervé.

    Véritable âme damnée de cet opéra, l'Azucena de Marie-Nicole Lemieux signe à l'encre noire un Condotta ell'era in ceppi où passent les tourments du meurtre et du mensonge. Triomphe attendu enfin pour la dernière apparition de Roberto Alagna à Orange. Son Manrico a encore fière allure, certes plus exposé au III avec le redoutable enchaînement du langoureux Ah si, ben mio avec le contre-ut (écorné) de Di quella pira. Seconds rôles de luxe, l'Ines de Ludivine Gombert et le Ferrando de Nicolas Testé affichent une belle santé et font bien mieux que les traditionnels passe-plats qu'on y entend d'ordinaire.

    L'Orchestre national de France réalise sous la battue de Bertrand de Billy une performance au cordeau, dont la perfection a pour corollaire une relative froideur timorée quand il s'agit de rendre les gerbes de feu ou les pâmoisons amoureuses. Ce Verdi sonne clair et juste mais sans l'engagement et la prise de risques qui ferait basculer les enjeux dans l'exigence du plus pur théâtre musical romantique.




    Théâtre antique, Orange
    Le 04/08/2015
    David VERDIER

    Nouvelle production du Trouvère de Verdi dans une mise en scène de Charles Roubaud et sous la direction de Bertrand de Billy aux Chorégies d’Orange 2015.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Il Trovatore, dramma lirico en quatre parties (1853)
    Livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d’après El Trovador d’Antonio García Gutiérrez

    Chœurs des Opéras Grand Avignon, de Nice et de Toulon Provence-Méditerranée
    Orchestre national de France
    direction : Bertrand de Billy
    mise en scène : Charles Roubaud
    scénographie : Dominique Lebourges
    costumes : Katia Duflot
    éclairages : Jacques Rouveyrollis
    vidéos : Camille Lebourges

    Avec :
    Roberto Alagna (Manrico), Hui He (Leonora), George Petean (Il Conte di Luna), Marie-Nicole Lemieux (Azucena), Nicolas Testé (Ferrando), Ludivine Gombert(Ines), Julien Dran (Ruiz / un messo), Bernard Imbert (un vecchio zingaro).

     



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