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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Nouvelle production d’Otello de Verdi dans une mise en scène de Paso Azorín et sous la direction de Riccardo Frizza au festival de Peralada 2015.

Peralada 2015 (2) :
Le vieux lion rugit encore

© Toti Ferrer

Trio d'étoiles dans le parc du Château de Peralada : Le Maure de Venise vient en Catalogne écumer sa rage en la personne du vétéran Gregory Kunde, éperonné par l'excellent Iago de Carlos Álvarez et la sensualité d'Eva-Maria Westbroeck. Sous la baguette de Riccardo Frizza, l'orchestre du Liceu fait souffler le feu et la glace sur le théâtre de Shakespeare-Verdi.
 

Auditorium du Château, Perelada
Le 02/08/2015
David VERDIER
 



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  • Dans le parc du Château de Peralada, l'auditorium à ciel ouvert accueille l'unique production lyrique de cette édition 2015. Unique dans tous les sens du terme, à commencer par une scénographie et des décors créés pour l'occasion avec tous les aléas qui incombent à une pareille entreprise. Unique enfin par le trio Kunde-Westbroeck-Álvarez, ce qui en dit long sur le niveau affiché par les organisateurs.

    Le metteur en scène catalan Paso Azorín a imaginé un décor sous la forme d'un agencement de cloisons pivotantes. Simple et efficace, ce dispositif léger permet des changements à vue, comme autant de variations de volumes et d'espaces en fonction des scènes. L'utilisation de projections anime l'action, comme cette impressionnante mer déchaînée sur fond d'orage ou le célèbre saule du IV dont la mort annonce celle de Desdemona. Mis à part l'impressionnant lion de Venise qui trône en fond de scène, on s'en tient à des éléments abstraits qui contrastent avec la puissance du théâtre shakespearien et la musique de Verdi.

    Dans cette scénographie, difficile d'oublier que c'est Iago qui tire les ficelles, surtout quand on le voit débarquer sur scène avec son escouade interlope avant que ne débute l'opéra. Après avoir remplacé le nom d'Otello par le sien (comme pour rappeler l'intention première de Verdi), il n'hésite pas à essayer la tenue de cérémonie de sa future victime. Si l'idée d'un entouré d'une meute de malfrats n'est en soi guère originale, on notera la symbolique du miroir portatif que le traître tire de sa poche, tantôt pour y admirer sa noirceur, tantôt pour le tendre à Cassio ou bien au public pour révéler cette part d'ombre qui gît en nous.

    Peu de gestes en définitive, plutôt des situations où la lisibilité de l'action tient à une économie visuelle sur le fil du drame. On peut regretter dans ce point de vue externe un certain manque d'ambition dans la manière d'exposer le vertige meurtrier qui dévore Otello, malgré les nostalgiques sonnets de Shakespeare, projetés entre deux changements de décors. Face à cette absence d'arrière-plans psychologiques, le personnage de Desdemona semble plus déséquilibré que jamais. Azorín peine à lui donner une épaisseur qui dépasse la simple présence en scène, y compris dans la dangereuse exposition de Piangea cantando nell'erma landa au IV.

    Un plateau de haute volée ne démentit en rien les espoirs de l'affiche. Gregory Kunde s'impose toujours comme l’un des plus grands interprètes d'Otello. Capable d'un lyrisme éperdu dans le duo Già nella notte densa du I, il crée une tension délirante dans la façon de rendre Ah! mille vite gli donasse Iddio ! comme le cri d'angoisse d'une conscience qui chavire sous les coups de boutoir de la jalousie. Certes, les aigus ne sont pas toujours aussi fluides, mais l'ensemble reste du meilleur métal. Le Iago de Carlos Álvarez sait ménager par le jeu d'acteur l'impact amoindri de ses premières interventions pour mieux faire ressortir un Credo triomphant de cruauté et d'abattage.

    Pari gagné également pour la Desdemona d'Eva-Maria Westbroeck : on y trouvera certainement davantage de référence à une Sieglinde qu'à la frêle épouse du maure de Venise, mais la plasticité et l'élan incantatoire signent une performance de premier plan. Le Cassio de Francisco Vas domine enfin un ensemble de seconds rôles assez moyens, plombés par le timbre sec et atone de Miguel Ángel Zapater (Lodovico).

    La battue très anguleuse de Riccardo Frizza donne à l'Orquestra Simfònica del Gran teatre del Liceu des allures tantôt guerrières tantôt attendries. Le chœur du Liceu n'est pas en reste non plus, donnant à l'orchestre une impulsion vigoureuse par sa présence remarquable. Le programme de Peralada 2016 est encore en cours d'élaboration ; gageons au regard de cette édition que le trentième anniversaire sera pour les organisateurs l'occasion de prouver une fois de plus la qualité et l'engagement de ce beau festival.




    Auditorium du Château, Perelada
    Le 02/08/2015
    David VERDIER

    Nouvelle production d’Otello de Verdi dans une mise en scène de Paso Azorín et sous la direction de Riccardo Frizza au festival de Peralada 2015.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Otello, opéra en quatre actes (1887)
    Livret d'Arrigo Boito d'après le drame de Shakespeare

    Chœurs et Orchestre du Gran Teatre del Liceu
    direction : Riccardo Frizza
    mise en scène : Paco Azorín
    décors et costumes : Ana Garay
    éclairages : Carlos Martos
    projections : Pedro Chamizo
    préparation des chœurs : Conchita Garcia

    Avec :
    Gregory Kunde (Otello), Carlos Álvarez (Iago), Eva-Maria Westbroeck (Desdemona), Francisco Vas (Cassio), Vicenç Esteve Madrid (Roderigo), Mireia Pintó (Emilia), Miguel Ángel Zapater (Lodovico).

     



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