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CRITIQUES DE CONCERTS 16 août 2018

Création de l’opéra Notorious de Hans Gefors dans une mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Patrik Ringborg à l’Opéra de Göteborg.

Hitchcock à Göteborg
© Mats Bäcker

Issu d’une idée en 2009 de composer un opéra sur le film Notorious d’Alfred Hitchcock, Hans Gefors a su s’entourer à Göteborg d’une équipe idéale pour la réalisation de ce projet, à commencer par une librettiste dont il faudra rapidement réutiliser le talent, d’un cast suédois porté par Nina Stemme et d’un excellent ensemble orchestral.
 

Opéra, Göteborg
Le 19/09/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Notorious (Les Enchaînés dans sa traduction française), premier film d’après-guerre d’Alfred Hitchcock, mêle une histoire d’amour à un conte d’espionnage, où d’ex-nazis exilés à Rio de Janeiro tentent de fabriquer une bombe atomique pour repartir au combat. Propice à une adaptation théâtrale par la concentration de son action et le grand nombre de scènes centrées sur quelques personnages, le livret est superbement adapté au style opératique grâce au travail conjoint du compositeur Hans Gefors et de la dramaturge Kerstin Perski. Le but assumé de concentrer l’action sur l’histoire d’amour de l’agent secret Devlin et Alicia, en besoin de repentance suite à la mort de son père nazi, donne une base idéale de travail.

    La composition d’Hans Gefors fournit de nombreuses arias à la chanteuse principale, tout en cherchant sensibilité et sensualité dans la trame du livret. En résulte un matériau mélodique de plus de deux heures trente, dont les couleurs vont chercher leurs influences chez Janáček (Jenůfa, Kat’a), Bartók (Barbe-Bleue) ou Chostakovitch (Lady Macbeth) et aux dernières scènes Britten (Peter Grimes, Billy Budd), tout en gardant une réelle identité par la répétition de cellules musicales utilisées comme leitmotive, et une modernité assumée, sans expérimenter pour autant de concepts révolutionnaires. Au matériau orchestral s’ajoute un traitements des percussions et des cuivres habile à nous emmener dans les sonorités d’Amérique du Sud, et assez parallèle à l’univers du film.

    L’ouvrage maintient la tension pendant ses vingt-deux scènes et livre de superbes moments, comme la scène 8 à l’Opéra, où la paraphrase du chœur des Furies de Gluck deviendrait presque un Salve regina diabolisé. La scène finale jusqu’au duo d’amour passionné tient en haleine près de vingt minutes ; et c’est tout juste si l’on ne regrette que la fin du film ait été modifiée pour laisser mourir l’héroïne, comme Tchaïkovski avait su exécuter le héros de la Dame de Pique de Pouchkine.

    La partition est superbement mise en valeur par le Göteborgsoperans Orkester dirigé par Patrik Ringborg, tant lorsqu’il s’agit d’exalter la sensibilité que lorsqu’il faut reconcentrer les forces pour plus de tension. Au rendu rythmique impeccable, on ne peut que regretter un léger défaut de couleurs des bois et de chaleurs des violons.

    De la distribution de wagnériens suédois confirmés ressort d’abord Nina Stemme, impressionnante sur toute la palette vocale et définitivement prête pour les héroïnes de Janáček. Omniprésente (vingt scènes sur vingt-deux), elle ne perd jamais en souffle ni en volume, et sa fin trouve une force émotionnelle dont seules les plus grandes sont capables. John Lundgren campe un Devlin charismatique avec de superbes graves clairs. Sa diction semble à son habitude un peu pâteuse, mais ne dérange pas beaucoup lorsqu’on ne comprend pas le suédois… Le ténor Michael Weinius (Alex Sebastian) et la mezzo-soprano Katarina Karnéus (Madame Sebastian) complètent idéalement les rôles de premier plan.

    Moins probant par sa ligne tendue et sa difficulté en fin de phrase, Jonas Olofsson (Emil Hupka) se rattrape en tant qu’acteur, tandis que Jón Ketilsson (Prescott) et Anders Lorentzson (Le père d’Alicia/Hitchcock) tiennent parfaitement leur rôle, tant scéniquement que vocalement. Les petits rôles sont tous très bien tenus par des artistes maison, et le chœur convainc à chaque intervention.

    Keith Warner a été appelé pour la mise en scène, d’où ressort un travail de scénographie et de dramaturgie bien fait, recherchant l’univers du film à travers les tons noirs-blancs-gris du décor et des costumes (David Fielding). Le résultat toutefois beaucoup trop cinématographique ne s’attèle qu’à retranscrire la pellicule sur scène à l’aide d’extraits vidéo et d’un personnage Alfred Hitchcock bien réel, clairement trop présent du début à la fin. Espérons qu’une prochaine production laissera derrière elle la référence et donnera une pleine autonomie à l’ouvrage et au livret nouvellement créés !




    Opéra, Göteborg
    Le 19/09/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Création de l’opéra Notorious de Hans Gefors dans une mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Patrik Ringborg à l’Opéra de Göteborg.
    Hans Gefors (*1952)
    Notorious, opéra d’espionnage en vingt-deux scènes
    Livret de Kerstin Perski, d’après le film d’Alfred Hitchcock

    Göteborgsoperans Orkester och kör
    direction : Patrik Ringborg
    mise en scène : Keith Warner
    décors & costumes : David Fielding

    Avec : Nina Stemme (Alicia), John Lundgren (Devlin), Michael Weinius (Alex Sebastian), Katarina Karnéus (Madame Sebastian), Jón Ketilsson (Prescott), Anders Lorentzson (Père d’Alicia), Jonas Olofsson (Emil Hupka), Ingemar Anderson, Mattias Ermedahl, Mats Persson, Mats Almgren (Agents).
     



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