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CRITIQUES DE CONCERTS 16 décembre 2018

Première à l’Opéra du Rhin, Strasbourg, de Penthesilea de Pascal Dusapin dans la mise en scène de Pierre Audi et sous la direction de Franck Ollu, dans le cadre du festival Musica.

Dans l’ombre d’Elektra
© A. Forster

Commandé par le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles et repris à l’Opéra du Rhin dans le cadre de Musica, le septième opéra de Pascal Dusapin cherche dans la pièce d’Heinrich von Kleist une brutalité que Strauss et Hofmannsthal avaient trouvée chez Oreste, sans toutefois parvenir à convaincre ni par le matériau musical ni par l’adaptation du livret.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 26/09/2015
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Quelle que soit l’époque, l’humanité a ses fantômes et les modernes reviennent un jour ou l’autre à la Grèce pour y puiser ce qu’ils ne trouvent plus exprimé autour d’eux. Tel est cas de l’Allemand Heinrich von Kleist en 1805, lorsqu’il tisse à partir de trois lignes de l’Illiade le drame d’une Amazone et inverse son histoire avec Achille ; ou celui d’Hugo Wolf et d’Otmar Schoeck, lorsqu’ils se penchent à leur tour sur la pièce de Kleist.

    Aujourd’hui de Pascal Dusapin, qui s’était déjà intéressé à Medea revisité par Heiner Müller en 1990, et semble trouver comme source de modernité les relectures contemporaines des mythes antiques, là où d’autres cherchent maintenant leur inspiration dans le cinéma, à l’instar d’un Hans Gefors (Notorious) ou d’un Xavier Dayer (Contes de la lune vague).

    L’attente est donc grande (trop grande peut-être ?) lorsqu’on arrive à Strasbourg pour la première de la reprise d’un opéra encensé à sa création quelques mois auparavant à Bruxelles. Car si la simplification de la pièce en un livret raccourci de 24 à 11 scènes (plus prologue et épilogue) devient facilement lisible, on ne peut que regretter le manque de personnalité de l’œuvre, qui rappelle bien trop souvent Strauss ou Berg, sans atteindre ce niveau ni la même atrocité, d’autant que la brutalité recherchée ici est nettement plus controversée chez Kleist que chez Büchner ou Hofmannsthal.

    Musicalement, le matériau semble avoir perdu en personnalité par rapport aux compositions des dernières décennies. La contraction de l’ouvrage en une heure trente minutes sans coupure, à la manière de Salomé, Elektra ou Wozzeck, devrait contribuer à maintenir une tension qu’on peine à trouver et dont la sensation reste souvent lointaine. Peut-être est-ce en partie dû au manque d’effectif de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, qu’on sait limité dans la fosse de l’Opéra, et qu’un ajout d’une vingtaine de cordes auraient soutenu, surtout sous la direction sans reproche de Franck Ollu.

    Peut-être aussi l’approche si complexe d’un ouvrage réputé injouable au théâtre méritait-elle un travail sur le corps que Pierre Audi ne parvient pas à trouver. Marqué par sa vision de la pièce au TNS en 1981 par Engel, il semble plus chercher à imiter ici le dernier travail de Chéreau qu’à recentrer l’action sur les personnages principaux, comme l’aurait fait un Sebastian Schug ou un Michael Talheimer. Peut-être encore que l’artiste Berlinde de Bruyckere, novice de la mise en scène d’opéra, et dont on connait l’excellence des travaux plastiques, n’arrive pas à transcender la scène dans un décor noir où les peaux de bêtes amassées n’apportent qu’une force limitée au propos, sans être aidée par les vidéos répétitives de Mirjam Devriendt, centrées sur le travail des peaux.

    Peut-être enfin que le texte allemand perd en force lorsqu’il est difficilement compréhensible dans les gorges d’une distribution internationale, par ailleurs de qualité. Natasha Petrinsky, Penthesilea charismatique, tient de superbes médiums mais souffre d’un timbre métallique dans l’aigu en jouant sur une seconde tessiture. Superbe dans le rôle de Lulu chez Berg, Marisol Montalvo n’est pas aussi marquante en Prothoe, et sa petite émission se perd lorsqu’elle chante à l’arrière du plateau.

    Georg Nigl (Achilles), baryton de caractère franchement engagé sur scène, est plus limité dans le haut de la tessiture. Plus clair et mieux projeté, le baryton-basse Werner van Mechelen tient superbement la partie grave d’Ulysse, tandis qu’Eve-Maud Hubeaux (Grande Prêtresse) convainc totalement par la beauté du timbre et la qualité de la voix.

    Les courtes interventions du Héraut (Jaesun Ko) et des deux Amazones (Patricia Kaehny et Oguljan Karryeva) sont sans reproche, tandis que celles du chœur – ajouté au livret par le compositeur – manquent de mystique et de nervosité, sans démériter dans leur mise en place. On ne peut que louer le projet de création d’un nouvel opéra et remercier l’Opéra du Rhin et Musica pour ce précieux travail chaque saison, mais malgré la qualité individuelle des intervenants et l’implication de chacun, quelque chose ici n’a pas fonctionné.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 26/09/2015
    Vincent GUILLEMIN

    Première à l’Opéra du Rhin, Strasbourg, de Penthesilea de Pascal Dusapin dans la mise en scène de Pierre Audi et sous la direction de Franck Ollu, dans le cadre du festival Musica.
    Pascal Dusapin (*1955)
    Penthesilea, opéra en un prologue, 11 scènes et un épilogue
    Livret du compositeur et de Beate Haeckl d'après la pièce de Kleist

    Chœurs de l'Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Franck Ollu
    mise en scène : Pierre Audi
    décors : Berlinde de Bruyckere
    costumes : Wojciech Dziedzic
    éclairages : Jean Kalman
    vidéo : Mirjam Devriendt
    électro-acoustique : Thierry Coduys

    Avec :
    Natascha Petrinsky (Penthesilea), Marisol Montalvo (Prothoe), Georg Nigl (Achilles), Werner Van Mechelen (Ulysse), Eve-Maud Hubeaux (Oberpriesterin).

     



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